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Hegel et la dialectique

Publié le 22 janvier 2012
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Paradoxalement Hegel fait de la liberté l’une des composantes de l’idée qui englobe et soutient l’histoire. Cela explique que certains libéraux s’en réclameront.

Un article de l’aleps

Contrairement à beaucoup de philosophes qui s’appliquent à découvrir la nature de l’être humain et l’essence de la société par la raison, l’expérience ou les sentiments, Hegel estime que la philosophie est une science. Elle est connaissance parfaite de toutes choses.

Certes, cette connaissance n’est pas évidente, on ne peut y accéder par le sens commun. Pour nous en persuader, Hegel utilise un vocabulaire très hermétique, auquel des esprits germaniques accèdent sans doute plus facilement. « Hegel met les mots, le lecteur doit trouver le sens », ironise Schopenhauer. Pourtant, l’influence de Hegel sera sans égale : « Hegel est à l’origine de tout ce qui s’est fait de grand en philosophie depuis un siècle », écrit Merleau-Ponty en 1946.

La dialectique et le sens de l’histoire

Avant tout Hegel apportera à la philosophie la dialectique. Ce n’est pas un concept, ce n’est pas une méthode, ce n’est pas le triptyque thèse/antithèse/synthèse, c’est une réalité. Elle traverse l’histoire, mieux, elle est l’histoire. Le premier moment de l’esprit humain est celui de l’entendement : nous saisissons la réalité à travers des apparences. Mais un deuxième moment est celui de la raison : ce qui nous apparaît ne peut être compris que par référence à un ensemble, ce qu’il y a de non raisonnable dans les apparences se dissout dans le tout, de sorte que peut se découvrir l’idée, le lien qui inexorablement, détermine le progrès de l’esprit. Ainsi ce qui est réel est rationnel, l’être émerge du néant. Ce mouvement dialectique est permanent : l’idée se régénère sans cesse. C’est ce que Hegel entendra par « phénoménologie » : le processus de renaissance qui va dans le sens de l’histoire.

Idéalisme contre matérialisme

Ainsi l’idée occupe-t-elle tout le mouvement dialectique, toute l’histoire. C’est sans doute ce qui a séduit tant de philosophes : Hegel invite à penser dans l’absolu, à raisonner en « être pur ». « Être et pensée sont identiques ». L’art, la religion, la philosophie nous rapprochent de l’être pur. L’idéalisme absolu de Hegel tranche avec le matérialisme historique de Marx, qui pourtant reprend fidèlement le thème du sens de l’histoire et du mouvement dialectique permanent. Mais chez Marx, c’est l’économisme qui dans l’évolution historique tient le rôle que Hegel assigne à l’idée: ce sont les rapports de production qui déterminent le sens de l’histoire et expliquent l’évolution des sociétés. Chez Marx la matière précède l’idée, sous-produit du système économique.

L’État et la liberté

Paradoxalement Hegel fait de la liberté l’une des composantes de l’idée qui englobe et soutient l’histoire. Cela explique que certains libéraux s’en réclameront, alors que la véritable lignée hégélienne est celle des marxistes, de Lacan, Foucault et Derrida !

Car l’avancée historique vers la liberté est cahotante. Elle se concrétise à partir d’un certain moment par l’apparition et le développement de l’État. Les individus eux-mêmes passent par la dialectique de la liberté : d’abord dépendants de la famille, ils accèdent ensuite à l’âge adulte et pensent à leurs affaires, avant de se fondre dans le bien commun et de devenir des citoyens.

Les hommes se sublimant dans la citoyenneté, l’État est le garant des libertés : voilà qui évoque Hobbes et Rousseau, et qui vaudra à Hegel les critiques de Karl Popper, voyant dans le philosophe allemand l’un des pères du totalitarisme. Le libéralisme de Hegel est donc très incertain. C’est d’autant plus frappant que Hegel assimile l’État à tout ce qu’il y a de grand, d’absolu, et naturellement il a une admiration sans borne pour Napoléon.

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