2012: début de l’État policier aux États-Unis?

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Que penser de la la nouvelle loi de défense nationale qu’Obama vient de signer?

En signant une nouvelle loi, la National Defense Authorization Act, Obama n’est-il pas en train de préparer le terrain à un futur État policier?

Par Nathalie Elgrably-Levy, depuis Montréal, Québec

Alors que tout le monde étaient occupés avec les célébrations de fin d’année, le président Obama (en vacances à Hawaï, encore!), en a profité pour signer une nouvelle loi :  la NDAA, National Defense Authorization Act.  Entre autres, cette loi stipule que:

L’État américain a le pouvoir de détenir quelqu’un indéfiniment, sans l’accuser formellement, et sans lui donner droit à un procès, si cette personne est soupçonnée de terrorisme, ou de supporter le terrorisme. Cette disposition est valable même pour les citoyens américains en territoire US.

Oui. Oui. Vous avez bien lu! En d’autres termes, il suffit qu’on vous soupçonne pour qu’on vous jette en prison et qu’on jette la clé.

On se souviendra de 2012 comme étant le début de l’État policier aux États-Unis.

Le plus amusant, c’est qu’au moment de la signature, le président a déclaré qu’il avait de « sérieuses réserves » avec certaines dispositions. En particulier, il a stipulé:

Je tiens à préciser que mon administration n’autorisera pas la détention militaire illimitée des citoyens américains sans procès. En effet, je crois que cela romprait avec nos traditions les plus importantes et les valeurs de notre nation.

Donc, il signe une loi lui donnant un pouvoir dont il promet ne pas se servir. N’aurait-il pas été plus simple de ne pas signer cette loi? En supposant qu’il est de bonne foi et qu’il n’appliquera pas cette section de la loi, qu’en sera-t-il pour les prochains présidents? Est-il vraiment nécessaire qu’il leur lègue un pareil pouvoir?

Cette disposition de la loi est TRÈS grave:  (1) on bafoue les libertés les plus fondamentales des êtres humains; (2) on ne précise pas en quoi consiste une « activité terroriste » ou le fait de supporter ce genre d’activité. Il y a donc place à l’interprétation … et aux dérapages. Rien ne garantit qu’un jour le simple fait de manifester contre une mesure étatique quelconque ne sera pas considérer comme du terrorisme. J’avais déjà écrit à plusieurs occasions que les États-Unis sont sur la « Route de la servitude ». Cette loi est une preuve supplémentaire.

Je ne peux m’empêcher de penser au régime soviétique. À l’époque, quiconque avait l’audace (ou l’inconscience) de parler contre le parti se retrouvait au goulag pour une durée indéterminée.

Il est également difficile de ne pas voir de similitudes avec le Reichstagsbrandverordnung (décret de l’incendie du Reichstag), adopté le 28 février 1933.  Suite à l’incendie du Reichstag, le président de la République de Weimar a voté une loi qui annulait la plupart des libertés civiles et politiques établies par la Constitution. Grâce à ce décret, le président était libre de prendre toute mesure appropriée pour « sauvegarder la sécurité publique ». On dit que cette loi a ouvert la porte à l’établissement du pouvoir Nazi.

Comprenons-nous bien, je ne compare absolument pas Obama à Hitler, et je ne fais aucune prédiction. Peut-être même que cette loi sera sans conséquences, ce que je souhaite sincèrement. Mais personne ne peut nier qu’elle prépare le terrain et qu’elle facilitera la tâche à celui qui voudra imposer ses vues. Il ne reste plus qu’à souhaiter qu’aucun futur président ne s’en serve!

Dans le livre « The Life of Reason », George Santayana écrivait:

Ceux qui ne connaissent pas les erreurs de l’histoire sont condamnés à les répéter.

Il faut donc tirer des leçons de l’histoire et se demander si, comme ce fut le cas en 1933, la nouvelle loi signée par Obama ne pave pas la route à un régime que personne ne souhaite.

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