La face cachée de l’affaire Chirac

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La face cachée de l’affaire Chirac

Publié le 22 décembre 2011
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Impunité des politiciens ou financement des partis ?

Un article de l’aleps

On a beaucoup parlé de cette exception française : chez nous les politiciens sont hors de portée de la justice. C’est évidemment vrai pour le Président de la République, qui est protégé par un statut sur mesure, mais c’est également prouvé pour quantité d’hommes politiques de premier rang qui ont pu enfreindre la loi sans être sérieusement punis, ou sans être exclus de la vie publique. La Reine d’Angleterre elle-même est passible de poursuites pénales et civiles devant les tribunaux de droit commun, Nixon a dû démissionner, Clinton a dû s’excuser. Berlusconi a bravé les juges, mais a été démis, et Andréotti a fait de la prison.

Mais l’affaire Chirac est peut-être l’occasion d’évoquer un problème à notre sens encore plus dangereux pour la démocratie : celui du financement des partis politiques. Nul n’ignore en effet que les « emplois fictifs » de la Ville de Paris avaient pour raisons d’être le soutien et le développement du RPR, fondé en 1976 par Jacques Chirac. Nous y voici : en France il est considéré comme immoral de mêler la politique et l’argent. C’est évidemment une tartufferie, puisqu’il est impossible de faire de la politique sans argent. Dans les pays démocrates, il est admis que les citoyens ont le droit de mettre la main à la poche pour soutenir le parti ou le candidat qui a leur préférence. Aux États-Unis, le montant des sommes collectées pour une campagne est un argument électoral : celui qui récolte beaucoup est un bon candidat, et il a les moyens de faire sa publicité. Méchants Américains, pouah !

En France rien de tel : les mœurs politiques interdisent cet asservissement honteux à l’argent et à la finance. Reste alors à se procurer de l’argent sans faire savoir qu’on en a reçu. Heureusement la corruption résout le problème : marchés publics, permis de construire, grandes surfaces, ventes d’armes, voire même rackett, permettent de remplir les caisses.

Fort heureusement, Monsieur Balladur, expert en morale publique, fait voter en 1993 une loi qui élimine définitivement ces déviances : le seul argent que recevront désormais les partis politiques viendra de l’État. Chaque formation aura un pécule calculé sur le nombre d’élus qu’elle peut revendiquer. L’argent public est propre, l’argent privé est sale : tout le monde le sait. Les conséquences de cette géniale innovation sont remarquables. D’abord, au passage, cela blanchit les corruptions passées : en 1993 la classe politique retrouve sa virginité. Ensuite, désormais il sera impossible de lancer un nouveau parti, faute d’élus et de subventions de l’État. Enfin, la France sera longtemps le seul pays à vocation démocratique où les partis seront sous la coupe de l’État – Vladimir Poutine vient d’adopter le système en Russie. Cerise sur le gâteau : il y a autant de corruption qu’auparavant.

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