L’activisme de Sarkozy

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Il y a deux façons pour un homme politique d’être activiste, qui ne se valent pas. Sarkozy a choisi la mauvaise

Nicolas Sarkozy a choisi la mauvaise façon d’être activiste à la Présidence.

Par Olivier Braun

Il y a deux façons pour un homme politique d’être activiste, qui ne se valent pas. Nicolas Sarkozy embrasse chacune d’elles, avec une préférence pour la mauvaise.

En effet, le diagnostic de la crise indique qu’elle résulte de dépenses publiques bien trop importantes, permises par un système monétaire conçu pour cela. On doit donc se féliciter d’avoir entendu ces mots dans la bouche de notre président lors du discours de Toulon :

Pour réduire nos déficits nous devons éliminer nos mauvaises dépenses, celles qui sont inutiles, celles que l’on peut supprimer sans diminuer la qualité du service public, celles que l’on peut compenser par un effort raisonnable de productivité, celles qui sont le fruit d’une mauvaise gestion, d’un mauvais contrôle, celles que l’on a laissé dériver par manque de courage pour réformer ou par défaut d’anticipation.

Depuis des décennies, nous dépensons trop et souvent mal. Cela ne peut plus durer. L’habitude qu’avait prise l’État d’être un guichet où l’on répondait oui, non pas à ceux qui en avaient le plus besoin mais à ceux qui pouvaient protester le plus et bloquer le plus. Cela ne peut plus durer.

Nous devons diminuer nos dépenses courantes, en étant plus attentifs à l’utilité de la dépense publique. Nous devons continuer à réduire les effectifs de la fonction publique en maintenant la règle du non renouvellement de un départ sur deux à la retraite. Nous devons le faire avec détermination. Mais aussi avec sang-froid, raisonnablement, sans nous laisser gagner par la fébrilité et les emballements des marchés.

Cet « activisme » ne consiste pas tant à faire de nouvelles bêtises, mais à défaire ce qui doit l’être, c’est-à-dire en réduisant l’emprise de l’État sur la vie des gens.

Ce n’est hélas pas la politique suivie jusque-là. Les 15 milliards d’euros qui auraient été économisés par la revue générale des politiques publiques n’ont pas réduit le déficit et les dépenses d’autant, et les prétentions à des politiques industrielles, à la création d’une économie dite verte n’ont pas peu contribué à de nouvelles dépenses. M. Sarkozy y voit plutôt un aspect positif de son activisme, sans voir que les politiques industrielles sont presque toujours un échec et un gaspillage de ressources rares. Elles ne servent qu’à la satisfaction de ses promoteurs et des industriels engagés dans les domaines choisis par le gouvernement. Et c’est ce qu’il veut promouvoir à l’échelle européenne.

Sans doute a-t-il raison de fustiger certaines réformes populaires des différents gouvernements socialistes, et non financées, telle la retraite à soixante ans, la semaine de trente-cinq heures de travail, mais au fond, ces réformes sont inscrites dans la tendance habituelle qui ne s’est pas démentie, pour les gouvernements, de masquer le coût réel aux citoyens-électeurs qui, s’ils en avaient conscience, n’en voudraient peut-être pas. Il a également raison de refuser apparemment le protectionnisme, mais dans ses propositions sur l’Europe, ce protectionnisme revient discrètement, lorsqu’il nous explique que « l’Europe ouverte à tous les vents, l’Europe qui ne se protège par contre les dumpings, l’Europe qui ouvre ses marchés sans exiger la réciprocité de la part de ses concurrents, l’Europe qui laisse entrer des produits de pays qui ne respectent pas les règles sociales ou environnementales, ça ne peut plus durer. L’Europe doit négocier pieds à pieds la défense de ses intérêts commerciaux. »

M. Sarkozy se vante également de son activisme international lorsqu’il évoque son leadership lors des sommets internationaux tel le G 20. Or, dans son bilan, ce qu’il nous dit (« On peut toujours déplorer qu’il ne soit pas allé assez vite ou assez loin. Mais si nous regardons d’où nous venons et ce qui a été accompli depuis 3 ans, c’est une véritable révolution qui a commencé : pour les rémunérations des traders, pour les paradis fiscaux, pour les banques, pour les marchés de matières premières, rien ne sera plus comme avant ») n’était pas du tout le problème. Par conséquent, la « perspective » qu’il a tracée en septembre 2008 à Toulon, « au cœur de la tourmente », n’était en rien la solution :  le projet d’ »une mondialisation régulée, d’une finance encadrée, d’un développement durable, d’un nouveau rôle pour l’État dans l’économie, d’une nouvelle gouvernance européenne et mondiale. »

Peut-être le reconnaît-il puisqu’il nous dit deux phrases plus tard que « aujourd’hui, la peur est revenue ».

Face à cette peur, M. Sarkozy préfère les expédients à court terme au travail d’assainissement budgétaire et financier. Il souligne lui-même qu’il « nous faut d’abord de nouveau parer à l’urgence », c’est-à-dire tout simplement aux conséquences d’un endettement irresponsable que personne n’a imposé aux gouvernements, et non, comme il l’affirme, parce que les États seraient « la cible de la spéculation », bouc émissaire commode depuis que le gouvernement est gouvernement.

Mais pour faire face à cette urgence, nous voyons bien, avec les pressions exercées par le gouvernement français, entre autres, sur les autorités allemandes et la Banque centrale européenne, que c’est un expédient qui est préféré, celui-là qui est même à l’origine de nos maux : la monétisation des dettes, c’est-à-dire l’achat par la planche à billets de la BCE de titres de dette des États les plus irresponsables et dont personne ne veut plus sinon à un taux à la mesure du risque.

C’est ainsi qu’il faut comprendre les appels de M. Sarkozy à des réformes des traités européens, car pour permettre « plus de politique » pour pouvoir avoir accès à la planche à billets et donc détruire à petits feux notre monnaie, sous prétexte de « plus de solidarité », il faut donner à l’Europe, mais entre les mains des gouvernements, « davantage de capacité d’agir » en étendant les possibilité de prendre des « responsabilités croissantes » avec des décisions à la majorité qualifiée. Et ceci doit être permis par l’Allemagne en contrepartie d’une plus grande discipline.