Areva ou les dégâts du capitalisme de connivence

Que va faire l’état, actionnaire majoritaire d’Areva, devant ses difficultés ?

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Areva ou les dégâts du capitalisme de connivence

Publié le 23 novembre 2011
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Areva ou les dégâts du capitalisme de connivence

Et c’est avec un dépit mal contenu que nous découvrons une nouvelle tare du libéralisme triomphant : le nucléaire, fleuron français de l’énergie, subit de lourdes déconvenues et Areva, cet exemple sublime du capitalisme apatride ultra-libéral se retrouve dans les premières pages de l’actualité économique…

Décidément, le libéralisme, le capitalisme, la libre-entreprise et le marché libre ne se portent pas bien actuellement. Ce n’est vraiment pas cool pour les entreprises qui luttent avec leurs petits poings sur des marchés tous les jours plus concurrentiels et parfois, elles rencontrent des difficultés et doivent licencier.

C’est donc le cas d’Areva dont une fuite interne (plus ou moins orchestrée par la direction, une bande de patrons capitalistes âpres au gain et aux babines pleines de sang de bébés prolétaires fraîchement sacrifiés sur l’autel des bénéfices boursiers) nous indique qu’elle va devoir se séparer de 2700 emplois dans un plan de restructuration dont le volet français aura été violemment démenti par ces hyènes patronales assoiffées de pognon.

Immédiatement, l’Etat, ce dernier rempart contre le monde méchant et l’adversité agressive, est monté au créneau pour bien remettre les choses au clair, en la personne du Ministre de l’Economie. Comme il ne pouvait pas venir, c’est un stagiaire, un certain François Baroin, qui a expliqué la position officielle du Ministre en déclarant :

« Nous tenons à ce qu’Areva, au même titre que toutes les entreprises publiques, soit mobilisée sur le maintien de l’emploi en France. Celui-ci ne doit être en aucun cas une variable d’ajustement. »

Heu. Comment ça, au même titre que toutes les entreprises publiques ?

On m’aurait menti ? Les patrons de la grosse entreprise qui fourgue des EPR comme des petits pains à travers toute la planète ne sont pas des libéraux apatrides gorgés de stock-options juteuses ?

Coôôômment ? Areva serait donc une entreprise publique, avec 87% du capital détenu par l’Etat français ?

Mais alors, la convocation d’un responsable de cette entité auprès du Ministre lui-même, comme un élève fautif auprès d’un principal sourcilleux, ne serait pas réellement l’illustration d’un turbo-libéralisme débridé ? Ne dirait-on pas, là encore, un gentil capitalisme de connivence ?

Roooh.

Moi qui croyais que la France était un enfer libéral !

Mais si l’Etat est actionnaire à 87% de ces bricoleurs d’atomes, force est alors de constater qu’il est directement responsable des erreurs stratégiques du groupe qui ont provoqué ce plan social et ces pertes d’emploi, non ?

Si l’Etat est le premier actionnaire, très majoritaire, d’Areva, c’est lui qui est finalement responsable de la façon dont ce plan sera mis en place, non ?

Si l’Etat a 87% des ronds qui font tourner la boutique atomique, c’est donc lui qui est responsable des patrons qui ont été nommés à sa tête, et notamment de leurs rémunérations (qui ne les placent furieusement pas dans les 99%, comme les députés et les sénateurs, du reste), n’est-ce-pas ?

La conclusion s’impose donc d’elle-même : le capitalisme de libre entreprise, dans lequel l’état n’intervient pas, et le libéralisme tout nu et tout bronzé sont donc totalement responsables de ce qui arrive ! C’est une évidence !

Maintenant que cette certitude, parfaitement limpide et destructrice pour les turbo-libéraux, est établie, examinons ce que le stagiaire porte parole du Ministre a déclaré à ce sujet.

Le petit Baroin, un peu impressionné de parler devant tant de monde, a déclaré, je cite :

« L’Etat est attentif à l’impact sur l’économie réel du ralentissement économique, de ce qui se passe dans la zone euro. L’Etat n’acceptera pas que les ajustements économiques des plans stratégiques d’une entreprise où l’Etat se trouve en position d’actionnaire se fassent au détriment de l’emploi. Il n’y aura pas de suppressions d’emplois à Areva. »

(Ami lecteur : souligne et compte le mot "Etat" dans la citation précédente - tu en déduiras comme il se doit que les libéraux se sont vraiment infiltrés partout, les salauds)

François BaroinAvec une telle sortie, on est tout de suite rassuré : Areva ne va pas mal, il n’y aura pas de suppressions d’emploi, et l’Etat veille au grain. Musique maestro.

Ouf. Tout ce libéralisme finissait par faire des dégâts, heureusement que l’Etat intervient avec ses gros sabots ses fines stratégies.

Ceci posé, on peut être en droit de s’interroger parce que dernièrement, le même stagiaire, parlant des émissions de dette française, a déclaré, toujours aussi ému par le nombre de journalistes qui notaient ses paroles, que, je cite encore :

« Le niveau des taux français était parmi les meilleurs malgré les tensions sur le marché de la dette qui ont poussé à des niveaux record ces derniers temps l’écart de taux entre la France et de l’Allemagne. Mais ce n’est pas l’écart de taux qui augmente avec l’Allemagne qui est important pour la gestion de la dette, c’est le niveau de taux. Or les niveaux de taux aujourd’hui, que ce soit à court terme ou à 10 ans, sont des niveaux de taux qui sont parmi les meilleurs au cours de la décennie qui vient de s’écouler. »

On découvre même, dans d’autres articles, que la situation, telle que relatée par lui, est même franchement bonne.

«La France sur sa partie budgétaire, fiscale, sur sa stratégie en matière de finances publiques est un pays sérieux; elle s’est adaptée, elle a présenté les plans nécessaires»

Voilà, la France est un pays sérieux de chez Sérieux. Par exemple, on fera tout, demain, promis, pour éviter de placer des violeurs psychopathes au milieu d’un cheptel de victimes. Tout y est géré au cordeau, les budgets bénéficiaires se succèdent comme les secondes sur une montre suisse, et les emprunts que l’Etat fait pour investir dans un avenir qu’on devine déjà riant sont remboursés rubis sur l’ongle dans des conditions de marché à la limite de l’euphorie bienveillante.

Je résume : ce sont donc ces mêmes clowns tristes qui gèrent l’Etat français, qui accumulent de la dette depuis 40 ans, qui sont en mode Panique Totale devant des taux d’emprunts que tout indique qu’ils ne maîtrisent absolument plus, ce sont ces mêmes rigolos à roulettes platinées qui dirigent des entreprises où on manipule de l’atome, ce sont ces pignoufs improvisateurs brouillons qui gèrent toutes ces boutiques et tout cet état et qui, ensuite, essayent de nous faire croire qu’ils vont sauver le pays et Areva alors qu’ils sont les premiers à les avoir mis dans le bourbier dans lequel ils sont.

Et donc, vous le trouvez crédible, le Baroin, lorsqu’il dit que tout va bien ?
—-
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