Europe : que vont faire les chinois ?

Vont-ils sauver l’Europe et l’euro, ou tirer les marrons du feu ?

Les chinois vont-ils sauver l’Europe et l’euro, ou tirer les marrons du feu ?

Un article publié en collaboration avec l’ALEPS (*)

Dai Bingguo, conseiller d'État de Chine en visite à Paris du 22 au 25 septembre

Monsieur Dai Bingguo est présenté par Le Figaro de jeudi 22 comme « le plus haut responsable de la politique étrangère » et lui ouvre ses colonnes à l’occasion de sa venue à Paris où il a été reçu vendredi par le Président de la République.

Après avoir rappelé l’importance des relations commerciales entre Chine et Europe, Chine et France, et plaidé pour une coopération « gagnant-gagnant » il a déclaré : la Chine est confiante dans l’avenir de l’économie européenne et de l’euro et soutient les mesures d’ajustement économique et financier prises par des pays européens ».

Ce Monsieur est bien courtois, d’autant plus que les « mesures d’ajustement économique et financier » prises par la France sont bien peu de choses pour ne pas dire qu’elles vont à contre-sens. Se pose précisément la question de la sincérité des professions d’amitié et des promesses de soutien des Chinois.

Certes les Chinois n’ont aucun intérêt à faire exploser la mondialisation. Ils en auraient sans doute les moyens, puisqu’ils détiennent une masse de dollars impressionnante ; s’ils vendaient le billet vert, il s’effondrerait en quelques heures. Ils ne l’ont pas fait, et pour cause : c’est le commerce mondial qui leur fournit le débouché pour leur production, le marché intérieur chinois n’est pas assez développé pour prendre le relais des exportations, et l’autarcie priverait les Chinois d’importations vitales. D’autre part, toute conversion du dollar est un risque inflationniste important, et la hausse des prix a été de 6 % sur les derniers mois.

Beaucoup de gouvernements et de financiers attendent que les Chinois viennent au secours du système bancaire européen en l’alimentant en dollars. Lundi dernier, il y a eu un communiqué du cartel des banques centrales du monde entier, comprenant en particulier la Chine, le Brésil et l’Inde, laissant entendre qu’elles ne laisseront pas tomber l’euro. De là à conclure que toutes les dettes souveraines seraient rachetées par les généreux donateurs, il n’y a qu’un pas. Il est vrai que l’on peut raisonner ici suivant le fameux théorème du jeu de billes, qui a été souvent évoqué du temps du système de Bretton Woods : dans la cour d’école, les enfants qui ont gagné toutes les billes sont obligés d’en redonner aux perdants s’ils veulent continuer à jouer.

Mais, tout en remettant quelques billes dans le jeu, les Chinois peuvent opérer de façon à gagner encore plus de billes dans le futur. On le voit dans les négociations qu’ils ont amorcées avec le gouvernement grec : pas question de payer pour les dettes souveraines, mais en revanche, offre de racheter ce qui les intéresse : les ports et quelques bateaux. En d’autres termes, ils s’installent comme les transporteurs maritimes en Méditerranée et vont y apporter la preuve de leur efficacité. Ils procèdent comme ils l’ont fait en Algérie : ils déportent des milliers de leurs compatriotes, qui peu à peu essaiment. Nul doute que les dockers chinois du Pirée seront moins souvent en grève que les syndiqués actuels.

En élargissant l’affaire, on peut imaginer que les Chinois prennent des investissements en Europe et remettent au travail les Européens, à moins qu’ils ne leur substituent leurs compatriotes. On en arrive au « camp des saints » imaginé jadis par Jean Raspail.

On n’en est pas encore là, mais il faut pour l’instant se garder de tout enthousiasme et de toute imprudence.

Il ne faut pas oublier que tôt ou tard le problème de la liberté politique se posera en Chine. Il est rare que les libertés ne soient pas contagieuses. Les Chinois ont accepté le droit de propriété, la loi du marché et la concurrence. Vont-ils en venir à la démocratie ? Pour l’instant ils ont encore à calmer les attentes de plusieurs centaines de millions de paysans qui n’ont pas encore intégré la « Nouvelle Chine », et ne font pas du dollar.

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Article repris du site de l’ALEPS, Libres.org, avec l’aimable autorisation de Jacques Garello.

(*) L’ALEPS, présidée par le Professeur Jacques Garello, est l’Association pour la Liberté Économique et le Progrès social, fondée il y a quarante ans sous l’autorité de Jacques Rueff, dans la tradition intellectuelle française de Jean Baptiste Say et Frédéric Bastiat.