L’US Postal au bord du gouffre : quelles réformes envisager ?

Alors que la situation financière de l’US Postal est jugée « extrêmement grave » par son PDG, n’est-il pas temps de réfléchir à dérégulation ou à une privatisation du service

L’US Postal Service, autrement dit la Poste américaine, n’est plus en mesure d’honorer ce mois-ci une échéance financière de 5,5 Mds$. Alors que Patrick R. Donahoe, le PDG du service postal national, juge la situation « extrêmement grave », n’est-il pas temps de réfléchir à des réformes radicales telles qu’une dérégulation ou une privatisation du service?

Par Tad DeHaven (*) depuis Tallahassee, Floride, États-Unis
Article publié en collaboration avec le Cato Institute

Courier, Express, and Postal Observer, le blog d’Alan Robinson, l’expert en services postaux, est toujours une lecture intéressante, mais ses deux dernières publications valent particulièrement la peine d’être lues.

Les problèmes financiers d’USPS (United States Postal Service) ont commencé à attirer l’attention de penseurs éminents. Dans un premier billet, Alan Robinson s’est intéressé aux articles de Felix Salmon, Gary Becker et Richard Posner et en a conclu que bien qu’incomplètes, leurs analyses et observations méritaient néanmoins d’être considérées. Les trois articles partagent un thème en commun : un service postal gouvernemental géré par le Congrès et les régulateurs n’est plus viable. D’où la nécessité de réfléchir à des réformes telles une dérégulation et une privatisation du service.

Comme Alan Robinson l’observe au début, « toute mesure visant à réformer le service postal doit aller au-delà des obligations en matière de retraite ou d’une restructuration dans le but de réduire ses coûts ». Alan Robinson estime qu’un échec des politiciens à traiter des trois problèmes suivants forcerait le Congrès à devoir réexaminer le modèle d’USPS dans les années à venir.

1. Le profit doit devenir un but explicite pour l’entreprise et doit être le reflet d’une marge d’opération suffisante pour garantir que l’argent sera utilisé pour effectuer des investissements visant à améliorer le service, une fois que les difficultés financières seront résolues. Il n’y a pas d’excuses pour qu’USPS soit le seul réseau national de services postaux à souffrir de pertes majeures à la fois en zone Euro, en Amérique du Nord, en Océanie et en Australie.

2. Au service postal doit être accordé un soulagement significatif de la part du Congrès et de la Commission de supervision de la régulation postale. Étant donnés les obstacles réglementaires et législatifs qui ont figé le service dans un statu quo et empêcher la mise en œuvre  d’une qualité de service au prix de marché, ces règles et ces lois doivent être levées. En particulier, les restrictions tarifaires fondées sur les distances ainsi que les tarifs pratiqués pour les courriers commerciaux doivent être révisés de façon à calculer des prix fondés sur une logique de marché et non sur une logique de coûts.

3. Le changement qui amènera le service postal à agir en tant qu’entreprise privée, en vertu du droit des affaires, en matière d’emplois et de contrats, doit avoir lieu dans un délai raisonnable. Durant cette période, la privatisation du service postal comme un fournisseur de services d’utilité publique devra être sérieusement examinée.

Le second billet est lié au premier problème qu’Alan Robinson aborde : la demande de capitaux d’investissements pour améliorer et accroître la qualité de service et réduire les coûts d’opération. Selon Alan Robinson, le plan proposé par USPS pour restructurer ses procédés et son réseau de transport est une option de « second choix » car « les contraintes de coûts, les contraintes financières et les contraintes liées aux contrats de travail ne lui permettent pas de faire des propositions qui pourraient permettre de fournir un meilleur service, ou de réduire, à long terme, les coûts d’opération. »

L’analyse d’Alan Robinson concernant ces contraintes est très instructive, mais c’est sa conclusion qui est à souligner :

La contrainte de capital illustre que des investissements significatifs dans l’équipement pourraient réduire les coûts et faire augmenter les profits. La contrainte de capital illustre également que le maintien de l’actuel plan concernant le versement des retraites et le fait d’ajouter de la dette pour couvrir celles-ci ne sont d’aucune aide à USPS pour lui permettre de développer un réseau qui optimiserait les coûts et qui valoriserait le ratio capital/travail. Enfin, cette contrainte indique que le service postal, débarrassé de cette obligation vis-à-vis des retraites, rendrait l’entreprise plus attractive aux capitaux des investisseurs privés qui pourraient être utilisés dans des améliorations du réseau que le service postal ne peut pas effectuer tant qu’il restera une entreprise gouvernementale.

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(*) Tad DeHaven est analyste au Cato Institute, expert des questions budgétaires. Il est depuis 2010 conseiller économique auprès de Rick Scott, le gouverneur de la Floride.

L’article original titré « Interesting Thoughts on Postal Reform » a été publié sur Cato@Liberty le 16.09.2011, reproduit avec l’aimable autorisation du Cato Institute.
Traduction : Florian H. pour Contrepoints.