Cette autre délinquance impunie

L’égalité pour les socialistes, c’est quand tout le monde échoue pareillement.

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Cette autre délinquance impunie

Publié le 22 août 2011
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Cette autre délinquance impunie

En France, le plus difficile, lorsque vous avez un problème, n’est pas de trouver une solution. C’est de supporter sans broncher que d’autres s’en sortent mieux que vous. Heureusement, pour égaliser les têtes qui dépassent, on a un truc génial : les syndicats. Moyennant quelques vigoureuses distributions de baffes, ils s’empresseront de rabattre rapidement le caquet des gens qui s’en sortent. L’égalité pour eux, c’est quand tout le monde échoue pareillement.

Vendredi, j’avais évoqué une forme particulière de corporatisme : celui de certains éditeurs qui, à l’instar des mammouths laineux du multimédias, préfèrent enfoncer tout le monde dans la boue collante dans laquelle ils s’enlisent eux-mêmes plutôt que trouver une solution à leur bévue.

Cette compulsion pénible de certaines personnes se traduit par un appel à l’État, en deux modes possibles, pour que ce dernier frappe d’un bras séculier et d’un glaive vengeur les petits cons qui réussissent mieux qu’eux.

Le premier mode, c’est l’option lacrymogène : on l’a vu vendredi et il consiste à s’épancher longuement devant de gros micros mous tendus complaisamment par des journalistes dont l’esprit critique n’ira jamais jusqu’à l’impudence de demander pourquoi les plaignants ne se remettraient pas un peu en cause…

Le second mode, c’est l’option colérique. Il nécessite de façon impérative l’encadrement par un syndicat qui apportera la force (et la bêtise) du groupe à la revendication, toujours identique, d’une intervention musclée de l’État. Intervention que les syndicalistes-plaignants devanceront d’ailleurs bruyamment, en détruisant l’objet du courroux.

En gros, il s’agit de montrer comment faire pour qu’un concurrent ferme sa grande g. Et c’est relativement simple : il suffit d’être plus nombreux que lui et de cogner plus fort ou de ruiner méthodiquement son travail.

Pour illustrer, regardons ensemble cette photo.

Émeutes en Banlieue

Oh. Pardon. Il s’agit d’une photo d’une émeute en banlieue, ça n’a aucun rapport.

Je disais donc, pour illustrer, regardons ensemble cette photo.

Le feu au Parlement de Bretagne

C’est le Parlement de Bretagne, à Rennes. Il a brûlé à la suite d’une pacifique confrontation de marins pêcheurs et des forces de polices locales. On se rappellera aussi les aventures des ouvriers de Continental.

Saccages des Contis

L’air de ressemblance de ces photos est purement fortuit. Il y a des vidéos disponibles aussi, mais ce serait abuser.

Bref, glissons.

L’idée générale à retenir est qu’à partir du moment où, en France, des concurrents sont meilleurs que vous, ou que votre situation est périlleuse, la bonne méthode pour alerter l’opinion publique consiste à faire appel à un ou plusieurs syndicats, puis à saccager consciencieusement quelques édifices ou à ruiner la production des méchants rivaux.

Notez l’importance du syndicat, ici. Sans lui, vous n’aurez pas le sésame de la Juste Lutte et de la Saine Colère (qu’une Ségolhaine ne renierait pas). Tout comme les Saccageurs Volontaires d’Études Scientifiques, vous ne vous en sortirez qu’avec l’adoubement d’un syndicat ou d’une association un minimum médiatique.

Exemple concret : vous êtes producteur de fruits français. Vos charges, que l’État vous impose, sont de plus en plus élevées. Vous croulez sous les impôts auquel l’État vous assujettit. Vous vous noyez dans une paperasse dense, complexe et inutile que l’État vous contraint à remplir tous les jours pour bien vérifier que vous n’êtes pas en train de le truander. Bref : votre marge de manœuvre est extrêmement restreinte.

Et là, quand vous essayez de vendre votre production, vous voyez arriver des fruits pas français moitié moins chers que les vôtres. Une seule solution : courir dans les jupons de l’État pour lui demander de l’aide ! Après tout, il s’occupe déjà tant et si bien de vous !

Et comme ça ne va pas assez vite, vous allez bousiller les fruits pas français d’abord. Si ces producteurs étrangers ont des cotisations salariales plus basses, s’ils ont moins de soucis, s’ils s’en sortent mieux, c’est leur faute et ils doivent donc payer !

Mieux : puisqu’après tout, l’État Français doit vous aider, autant que ça en vaille la peine ! Le mieux pour se faire entendre est de saccager ce qui est autour des produits litigieux. Un supermarché fera bien l’affaire.

Eh oui ! Salaud de propriétaire du supermarché qui tente, petit bourgeois lamentable qu’il est, de vendre les produits les moins chers au lieu des vôtres ! Après tout, si votre pouvoir d’achat se prend une claque, il faut que celui des autres Français dégringole aussi, non ?

Les choses sont claires :

On ne peut plus accepter les distorsions de concurrence en Europe qui font que le travailleur espagnol est payé 4 euros contre 11 euros chez nous ».

Et la solution est simple :
1. – détruire les produits moins chers. Le peuple français doit payer. Salauds de pauvres qui n’ont pas les moyens.

2. – demander de l’aide à l’État. L’État français doit aider. Il le fait si bien partout ailleurs.

3. – tout faire pour que les coûts de production des concurrents atteignent, eux aussi, ceux des Français. Non au nivellement des prix par le bas !

Mais je le rappelle : si vous désirez obtenir quelque chose, vous ne pourrez pas vous passer d’un syndicat. La destruction de biens privés, ça ne s’improvise pas.

Sinon, ce serait du hooliganisme, enfin, voyons.
—-
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  • Ce qui m’a le plus interpelé dans la destruction, pardon le démontage, de cargaisons de produits en provenance d’Espagne c’est le fait qu’ils n’étaient peut être même pas à destination du marché Français. Mais là je suis en train de montrer du respect de l’autre, valeur! morale! ringarde! et réactionnaire, le collectif de citoyens en lutte solidaire risque de me passer à l’échafaud.

  • Ces actions de violences sont effectivement inacceptables.

    Par contre, l’approche qui tend à dire que c’est uniquement une question de salaires est réductrice: les fruits espagnols sont aussi beaucoup moins chers car les conditions sanitaires, notamment en termes de traitements, sont beaucoup plus laxistes en Espagne.

    Mais dans le supermarché, le consommateur n’est pas informé de la différence de produit entre la pêche française et la pêche espagnole bien plus traitées. Dans un marché idéal avec des acteurs rationnels et parfaitement informés, ce serait légitime que d’avoir une offre chère et peu traitée, et une offre peu chère et très traitée.

    Dans un marché réel, il faut que quelqu’un prenne en charge le travail d’évaluation de la dangerosité des produits et édicte des normes, puis vérifie la bonne application de ces normes, pour que chaque consommateur n’ait pas à le faire individuellement (sinon les couts de transaction exploseraient), et par conséquent, la libre circulation des produits agricoles devrait se doubler d’une règlementation commune sur les conditions sanitaires de production.

    Mais c’est vrai, j’oubliais, nous sommes ici pour cracher sur les syndicats.

    • Les gens meurent de manger des pêches espagnoles ?
      Non.
      En revanche, elles sont moins chères.

      Là où les gens meurent, c’est quand ils bouffent du bio, beaucoup plus cher (88% en moyenne), venant d’Allemagne (dont le laxisme en terme de traitements industriels est reconnu sur toute la planète).

      En somme, les gens préfèrent payer moins cher, quoi que vous en pensiez. Et sans être un critère unique, c’est largement le principal.

  • Les commentaires sont fermés.

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