La « présomption fatale » de l’Euro

Les malheurs de la zone euro reposent sur les bases politiquement viciées d’une zone monétaire non optimale et de la présomption fatale des technocrates.

Par Philippe Robert

La Commission européenne

Remarque préalable: nous recommandons aux lecteurs intéressés de lire une synthèse de ce que Hayek écrit sur la présomption fatale, avec la critique faite par Catallaxia.

S’agissant des malheurs de la zone euro, dont tout démontre qu’ils reposent aujourd’hui sur les bases politiquement viciées d’une zone monétaire non optimale, il existe peut-être une chance de sauver les meubles grâce à une vision plus libérale des choses.

Mais, hélas, une chance que ni la France ni l’Allemagne ne sont à même de saisir puisqu’elle obligerait les élites responsables du désastre en cours de développement accéléré à reconnaître la faute politique fondamentale que représente l’actuelle configuration de la la zone euro.

Une faute politique qui, selon Friedrich Hayek, porte le doux nom empoisonné de « présomption fatale », une maladie honteuse qui frappe une majorité de ceux qui nous gouvernent et qui, par le fait, les encourage à créer toujours plus de technobureaucratie partout où ils sévissent !

Souvenons-nous. En 1992, les Français ont ratifié du bout des lèvres le traité de Maastricht instituant en majesté, entre autres avancées constructivistes d’ordre bancal, la monnaie unique européenne : le divin euro fossoyeur des monnaies nationales…

À l’époque de la bataille de Maastricht pour ou contre la perte du droit souverain de battre monnaie, un autre modus vivendi, plus près de l’âme des peuples, avait aussi été envisagé pour l’euro agissant alors comme monnaie commune sans perte des monnaies nationales.

Dans la zone de turbulences que traverse aujourd’hui l’Union, c’est encore la solution la plus intelligente à laquelle se rallie l’économiste Philippe Herlin qui écrit sous le titre  « Ce n’est pas l’euro qu’il faut sauver, mais l’économie européenne » :

Une monnaie commune plutôt qu’une monnaie unique. Pour notre part, nous proposons de revenir à la proposition des Anglais lors de la mise en place de l’euro : faire une monnaie commune plutôt qu’une monnaie unique. Une monnaie unique est un projet technocratique, faisons confiance au pragmatisme anglais ! La Grèce, le Portugal et l’Irlande reviendraient à leurs monnaies nationales pour retrouver des marges de manœuvres, tandis que leur dette – toujours libellée en euros – serait restructurée, c’est de toute façon inévitable (…).

Pour mémoire, dans le droit-fil du traité de Maastricht, Pierre Bérégovoy s’adressant le 5 mai 1992 à l’Assemblée nationale avait cité, en conclusion de son discours, la célèbre envolée de Victor Hugo sur les États-Unis d’Europe :

Un jour viendra où l’on verra ces deux groupes immenses, les États-Unis d’Amérique et les États-Unis d’Europe, placés en face l’un de l’autre, se tendant les mains par-dessus les mers, échangeant leurs produits, leur commerce, leur industrie, leurs arts, leurs génies (…).

Puis, reprenant la parole après Victor Hugo, Pierre Bérégovoy avait émis le vœu suivant : « Je suis persuadé qu’en 1992, la France ne manquera pas son rendez-vous avec l’Europe, son rendez-vous avec l’histoire ».

Les tribulations des pseudo-États-Unis d’Europe dans les limbes prennent aujourd’hui un tour qui, ironie de l’histoire, annoncent au contraire de terribles lendemains qui déchantent tant les peuples tenus à l’écart de leur destin vont bientôt, à l’instar des malheureux Grecs, souffrir mille morts. À qui la faute ? La présomption fatale, vous dis-je…

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