Faut-il craindre un retour au franc ?

Si nos politiciens veulent revenir au franc, c’est pour reprendre le contrôle de la monnaie et pouvoir mieux la dévaluer.

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Faut-il craindre un retour au franc ?

Publié le 6 juillet 2011
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Coralie Delaume critique à juste titre l’idée selon laquelle un retour au franc, en tant que tel, serait de nature à réduire notre pouvoir d’achat. Elle a, sur ce point, parfaitement raison : quelle que soit la valeur de cet hypothétique nouveau-nouveau franc en euros (1 euro = 1 franc, 1 euro = 6,55957 francs… que sais-je ?), ce sera une décision purement arbitraire qui, au-delà de quelques effets psychologiques, n’aura absolument aucun effet sur notre niveau de vie. Par exemple, si nous devions réintroduire dès demain de nouveaux-nouveaux francs en lieu et place des euros à une parité de 1 franc pour 1 euro, les seules choses qui changeraient seraient le nom de la monnaie et l’aspect physique des billets de banque. L’opération aurait bien sûr un coût mais nous n’avons aucune raison objective de penser que cela devrait avoir la moindre influence sur notre pouvoir d’achat.

Seulement voilà, la raison pour laquelle un certain nombre de nos politiciens voudraient revenir au franc, c’est précisément qu’ils souhaitent reprendre le contrôle de la monnaie pour mieux pouvoir la dévaluer. C’est l’objectif explicite et parfaitement assumé de la manœuvre : une « dévaluation compétitive » destinée à rétablir l’équilibre de notre balance commerciale et, mieux encore, l’abrogation de la fameuse loi n°73-7 du 3 janvier 1973 – dite Loi Pompidou-Giscard – qui interdit à l’État de financer la dépense publique en faisant tourner la planche à billets. En d’autres termes, si le franc est réintroduit contre un euro demain, nous avons quelques excellentes raisons de penser que sa valeur pourrait rapidement se dégrader et nous nous retrouverions avec un franc qui ne vaudrait alors plus que, par exemple, l’équivalent de 75 centimes d’euros [1]. J’ai deux objections votre honneur.

La première, c’est que le déficit de notre balance commerciale n’est pas un problème et qu’il n’y a donc pas matière à y apporter une solution. Contrairement à une idée largement répandue mais néanmoins parfaitement fausse, un pays qui importe plus qu’il n’exporte ne s’appauvrit pas le moins du monde. La raison en est très simple : lorsque nous importons pour 100 euros de matériel électronique, ce que nous faisons en pratique c’est échanger 100 euros de marchandises contre 100 euros en monnaie. Nous n’avons donc aucune raison tangible d’estimer que nous nous sommes appauvris [2]. Si ce raisonnement vous perturbe, remplacez lesdites marchandises par de l’or et expliquez moi en quoi échanger un billet de 100 euros contre son équivalent en métal précieux serait de nature à m’appauvrir. La balance commerciale n’est qu’une mesure comptable qui ne traduit en rien la santé d’une économie. Lorsque nous refourguons nos euros à des étrangers en échange de produits ou de services, ces mêmes euros nous reviennent sous forme de prêts ou d’investissements dans nos entreprises [3]. Se lamenter du déficit de notre balance commerciale tout en se félicitant de l’attractivité de notre économie pour les entreprises étrangères relève de l’analphabétisme économique.

Deuxio, permettre à un gouvernement de financer la dépense publique par la planche à billet est non seulement stupide mais aussi parfaitement dangereux. Là aussi, ça peut se résumer à une simple question de bon sens : s’il suffisait d’imprimer de la monnaie pour créer de la richesse, la faim dans le monde aurait disparu depuis longtemps. Si vous arrivez à croire qu’un gouvernement peut faire tourner la planche à billet pour financer ses dépenses sans que cela n’ait aucune conséquence sur la valeur desdits billets, vous faites preuve d’une naïveté confondante. Ce que nous proposent les politiciens évoqués plus haut c’est de créer de l’inflation – c’est-à-dire de dévaluer notre monnaie – pour financer la dépense publique. Que ce soit dit une bonne fois pour toute : ce n’est pas gratuit. En l’occurrence, et outre le fait que revenir sur cette fameuse loi de 1973 reviendrait à permettre à nos gouvernements de lever un impôt parfaitement arbitraire et en dehors de tout contrôle démocratique, cela reviendrait à organiser un gigantesque transfert de richesses des épargnants vers ceux d’entre nous qui sont endettés, et en premier lieu l’État. Dans votre vie de tous les jours, vous constateriez une hausse des prix que vous mettriez sans doute sur le dos de la rapacité des méchants commerçants mais en réalité, c’est la valeur de votre monnaie qui serait en train de s’effondrer.

La première leçon de l’économie, disait l’excellent Thomas Sowell, c’est la rareté. La première leçon de la politique, c’est d’ignorer la première règle de l’économie. Si le gouvernement dévalue la monnaie pour rétablir l’équilibre de la balance commerciale ou financer ses dépenses somptuaires, quelqu’un devra payer. Les économies des épargnants seront les premières à y passer et les salariés dont les émoluments ne seront pas ou partiellement ajustés de l’inflation complèteront. En ce bas monde, rien n’est gratuit : depuis la nuit des temps, l’homme a dû travailler, user de ses compétences et de son intelligence pour créer les conditions de son bien-être. Ça ne changera pas : il y a toujours quelqu’un qui paie et si vous ne savez pas qui ; c’est probablement que c’est vous.

Article originellement publié sous le titre « A propos de baguette magique… », reproduit avec l’aimable autorisation de l’auteur.


Notes :
[1] Je suis un garçon très optimiste.
[2] Nous devrions même considérer que nous nous sommes enrichis puisque nous avons manifestement préféré 100 de matériel électronique à 100 euros de billets de banque…
[3] Un déficit commercial est, par construction, compensé par un solde positif de nos comptes de capital et/ou de nos comptes financiers de telle sorte que la balance des paiements est toujours équilibrée.

—-
Lire aussi :
Concernant la question du déficit de la balance commerciale : Du déficit commercial au patriotisme économique

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  • Quelques considérations sur cet article intéressant mais qui me semble omettre certains fondamentaux.
    La seule différence entre le franc et l’euro est que le déficit français est libellé en une monnaie que notre gouvernement ne maîtrise pas et qu’il doit par conséquent emprunter à des banques privées à un taux d’intérêt de plusieurs pour cent. Les euros ainsi empruntés sont émis par la BCE et prêtés à ces banques privées pour moins d’un pour cent.
    Et c’est là que réside une importante hémorragie : la France – donc nous, contribuables français – devons verser chaque années des milliards d’euros qui rentrent directement dans les poches de banquiers privés qui n’ont rien fait d’autre que jouer les boîtes aux lettres. On peut rappeler, car rare sont ceux qui le savent, que ces derniers sont les mêmes que ceux qui détiennent la BCE, souvent considérée à tort comme une banque « publique » alors qu’il n’en est rien. Un pays qui maîtrise sa monnaie est capable d’émettre vers lui-même de la monnaie sans intérêt, ce qui rend une dette largement plus soutenable, (même si tout doit être mis en oeuvre pour la limiter).
    L’oeuvre de De Gaulle, qui nous avait extirpé des pattes des banquiers internationaux en nationalisant la Banque de France (qui, depuis Napoléon et jusqu’au milieu des années soixante était détenue par des banquiers internationaux), a été anéantie par l’adoption de l’euro.
    Qui se souvient qu’au début des années 1980 la dette souveraine de la France était égale à… zéro ?
    A propos de dévaluation : une dévaluation de notre monnaie – euro ou franc, peu importe – est indispensable pour relancer l’économie car pour l’instant la France – et les autres « PIGS » – contribuent, en étant saignés à blanc, à minimiser la valeur de l’euro ce qui permet à l’Allemagne de toucher des marchés qu’elle perdrait assurément si elle revenait au mark.
    Bref, une monnaie forte est une bonne chose lorsqu’elle est alliée à une industrie forte. Si c’est actuellement le cas de l’Allemagne, cela n’est pas celui de la France. Sans dévaluation notre économie n’a aucun espoir de se reconstruire.
    Par ailleurs un pays dont la balance commerciale est durablement négative ne peut que voir son niveau de vie baisser, cela fait partie des rares principes d’économie à peu près compris.
    Je finirai en critiquant l’idée répandue selon laquelle il n’y aurait pas d’issue hors de l’euro en mentionnant la Suède, qui s’en sort fort bien avec sa petite taille et sa monnaie. Ce contre-exemple suffit à démontrer que cette idée n’a pas de fondement rationnel.

    • Vous participez à un concours ? C’est un bel exploit d’aligner un maximum d’erreurs en un minimum de mots. C’est d’autant plus curieux qu’internet fournit toute l’information nécessaire pour maîtriser les fondamentaux.

    • Patrick: « en une monnaie que notre gouvernement ne maîtrise pas et qu’il doit par conséquent emprunter à des banques privées à un taux d’intérêt de plusieurs pour cent. »

      Non, si il doit emprunter c’est parce que le budget est géré n’importe comment dans une optique de démagogie électoraliste et d’arrosage corporatiste. De rappeler ici que la France a fait faillite 9 fois dans l’histoire et que chaque jour qui passe l’état emprunte 300 millions d’euro juste pour survivre.

      Pendant ce temps, le pays d’à coté avec 30% d’impôt en moins a réduit sa dette à 36% du PIB en dix ans avec 3.6% de chômage et des assurances sociales qui sont toutes dans le vert. Bien gérer un pays c’est parfaitement possible.

      Deuxième point, personne ne prête de l’argent gratuitement (Les taux sont ridicules d’ailleurs) et il serait parfaitement stupide de croire que l’état désargenté puisse se prêter à lui-même. Logique CM2 quand même ! Si on n’a plus de nourriture, se manger un bras ne résout pas le problème.

      Le reste est un mélange de mythes avec des demi-vérités et une bonne louche d’incompréhension économique.

      Restez un peu chez nous Patrick, vous allez beaucoup apprendre sur l’économie.

  • « Qui se souvient qu’au début des années 1980 la dette souveraine de la France était égale à… zéro ? »

    Faux. Elle était de 200 milliards de francs au début des 70’s, 400 en 1980 et 1200 en 1984.

    Curieusement, la fameuse loi de1973 coïncide avec la mise en place de politiques sociales clientélistes.

    • Plus précisément, 1980 fut la dernière années ou le solde financier des administrations publiques étaient légèrement positif.

      (Source : https://docs.google.com/viewer?url=http%3A%2F%2Fwww.insee.fr%2Ffr%2Findicateurs%2Fcnat_annu%2Fbase_2000%2Fdocumentation%2Fpublications%2Fecofranc_2.pdf)

    • « Curieusement, la fameuse loi de1973 coïncide avec la mise en place de politiques sociales clientélistes. »
      je ne sais pas ce que vous appelez « politiques sociales clientélistes », mais je n’ai pas l’impression qu’on a attendu 1973 pour en mener, et à grande échelle encore…

      • « vous constateriez une hausse des prix que vous mettriez sans doute sur le dos de la rapacité des méchants commerçants »

        Pourquoi présumer de l’imbécilité des citoyens ?

        Dans le cas de la Grèce par exemple il est évident que si les gouvernements successifs avaient pu imprimer de l’argent, il y a bien un moment où les gens se seraient rebellé. Le problème c’est qu’en recourant uniquement à la dette, on cache le problème aux citoyens, qui continuent d’être payés.

        L’inflation est le garde de fou du clientélisme. La dette est son masque de fer.

  • D’abord la monnaie ne s’imprime plus depuis longtemps, elle se crédite électroniquement.

    Ensuite l’échange de marchandise est loin d’être la seule chose échangée, et quand on paye 100 euros pour un service, on s’est apauvri une fois le service passé, on a bien 100 euros de moins, et personne ne fait que des échanges en vue d’amener une pseudo-richesse vers l’infini, ce qui n’existe pas.

    Enfin créer de la monnaie est une problème quand cette création du moyen d’échange universel se fait en faveur des uns et au détriment des autres.

    Que ces uns soient l’Etat ou les Banques ne change rien à ce principe de symétrie.

    Et seule la symétrie est la règle établissant les libertés.

    De sorte que ne comprenant pas la relativité de toute valeur, monnaie incluse, croyant en des valeurs absolues, ne voyant que des valeurs matérielles là où il existe des flux matériels et immatériels dans un système ouvert à entropie positive alimenté en énergie continue, et pas un système isolé à entropie négative, des pseudo-libéraux, défendant avant tout des dogmes matérialistes, ne comprennent pas que la mesure de toute chose est l’individu.

    Ne comprenant pas cela, ils ne comprennent pas que la seule monnaie en accord avec les libertés ne peut être qu’un crédit mutuel entre individus, dénué de lien avec toute définition arbitraire de valeur qui est contraire aux libertés individuelles.

    Et ce faisant ils cautionnent l’arbitraire, l’appropriation de tout et n’importe quoi au nom d’une propriété incorrectement définie, violant les libertés des individus présents et futurs en se drapant du manteau de la fausse vertu, tout en prétendant défendre les libertés de chacun.

    Voilà comment l’ignorance se perpétue, par attachement aux dogmes réactionnaires, parce qu’en ce lieu et en cette époque, les connaissances véritables n’ont pas atteint la masse critique.

    • Si seulement la monnaie ne faisait que se créditer… à un crédit correspond toujours une contrepartie de valeur égale, de sorte que l’opération est neutre pour les tiers.
      Hélas la monnaie s’imprime et se frappe toujours, et hélas encore il s’agit bien d’une « création », de monnaie sans contrepartie réelle, donc spoliatrice pour l’ensemble des utilisateurs de la monnaie en question

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