Sécurité routière, allocation optimale des ressources

Radars : le grand mensonge (Crédits : Editions Tatamis, tous droits réservés)

On peut claquer un maximum d’argent pour un résultat très marginalement moins mauvais

Sécurité routière, allocation optimale des ressources

Si DSK n’était pas tombé pour ses histoires de #bistougate, peut-être se serait-il fait prendre à 200 km/h, au volant d’une Porsche (911, comme dans «call 911!»), par un de ces radars qui poussent en France comme des champignons et qui ne seront bientôt plus annoncés par de pimpants panneaux : pour « renforcer » la sécurité routière, le gouvernement a décidé de passer à l’action. Et ça dépote.

Encore une fois, on ne peut être qu’abasourdi par la bêtise de nos gouvernants.

L’année dernière on s’en souvient, le gouvernement avait décidé de réduire le nombre de points retirés lors de certaines infractions et de permettre aux automobilistes de retrouver plus rapidement les points perdus.

Conséquence ou non, le nombre de morts sur les routes constaté ce mois d’avril aura montré une hausse alarmante et déclenché un réflexe pavlovien chez les décideurs : plutôt que revenir sur la décision initiale et voir ainsi si c’était bien elle qui avait pu déclencher une telle hausse, ils se sont empressés de courir un peu partout les bras en l’air et … de prendre de nouvelles décisions sans lien avec les précédentes.

Ils ont donc choisi de retirer les panneaux avertissant les radars. C’est très malin, puisque l’objectif initial des radars, rapporter des taxes, sera plus facile à remplir ainsi. C’est en revanche très bête pour la sécurité puisque ceux qui verront les radars de loin risquent d’utiliser le frein de façon intempestive.

Ils ont aussi choisi d’interdire l’utilisation des avertisseurs de radars, dispositifs travaillant sur la base de la position géographique de la voiture et celle des équipements policiers (et non sur leur émission électromagnétique, dispositif qui est lui déjà interdit depuis des années). C’est aussi très malin, puisque cela va encore accroître le ratissage d’amendes. Pour la sécurité, c’est toujours aussi nul.

Et sur le plan constitutionnel, on est en droit de se demander si cette lubie est parfaitement en règle : n’importe qui peut, en effet, relever les positions des radars fixes, et en faire mention sur une carte (qu’elle fut électronique ou papier, peu importe). C’est la base de la liberté d’expression et on voit mal quelle règle on peut enfreindre ce faisant. On attend donc le vote au parlement pour expérimenter les aléas du Conseil Constitutionnel que Sarkozy et son gouvernement connaissent maintenant bien (HADOPI, anyone ?).

Maintenant, on est aussi en droit de se demander pourquoi tant d’efforts sont faits pour lutter contre les morts sur la route, alors que le résultat ne semble pas si probant.

En effet, si l’on regarde quelques statistiques, on peut facilement mettre en rapport ces morts-là avec ceux, aussi ballots, des accidents domestiques, des maladies nosocomiales ou des suicides, toutes ces autres causes que de bonnes campagnes de prévention permettraient sans doute de combattre.

Pour rire, j’ai fait un petit graphique, ci-dessous. Afin de bien mettre en rapport le nombre de mort et la médiatisation des campagnes de prévention afférentes, j’ai inclus la mortalité par SIDA.

Mortalite sur les accidents en France

Diable.

Comme on le note, un paquet de fric est largement et gloutonnement dépensé dans la prévention des accidents routiers (ou dans la lutte contre le SIDA) alors qu’en regard, les accidents domestiques, les suicides et les maladies nosocomiales provoquent bien plus de morts et — paradoxalement — bien moins de spots navrants à la télévision.

D’ailleurs, si on veut vraiment être complet, et si l’on additionne toutes ces causes de mortalités les unes aux autres, on peut les comparer aux deux principales : le cancer et les maladies cardio-vasculaires. Le résultat (graphique) est sans appel : c’est la déroute.

Mortalité en France, maladies incluses

Eh oui : en réalité, lutter contre ceux qui clabotent d’une crise cardiaque ou qui se sont malencontreusement passés la tondeuse à gazon sur la nuque, c’est ni glamour ni politiquement bénéfique.

Impossible, en effet, de coller des détecteurs de comportements idiots dans les maisonnées, avec une belle amende à la clef (sinon, croyez-moi, ce serait déjà fait). Trop compliqué et surtout, beaucoup trop impopulaire de limiter certaines consommations et certains régimes, trop peu glamour et médiatique de lancer de grandes études médicales pointues sur la nutrition pour éviter les crises cardiaques.

On préférera toujours les bonnes taxes juteuses d’un radar ! Même s’il y a 40 morts par crises cardiaques et par accidents vasculaires divers pour chaque mort sur les routes, on s’occupera du dernier, visible, plutôt que des quarante autres, disséminés dans la société française.

Si l’on additionne les morts des deux premières causes, cela revient à dire que pour chaque personne qui se tue connement sur une route, près de 80 personnes, soit un car de tourisme plein, passe l’arme à gauche.

En réalité, c’est, pour ces deux dernières causes, aussi bien ainsi : il est déjà difficile d’encaisser les niaiseries mangibougiques du gouvernement que lui donner encore plus de moyens pour nous taper sur les nerfs et réguler notre existence jusque dans ses détails culinaires serait insupportablement frustrant.

En revanche, il n’en va pas de même pour les maladies nosocomiales ou des suicides : l’une et l’autre font partie de cette santé dont l’État prétend s’occuper, à grand frais. L’une et l’autre sont donc, qu’on le veuille ou non (magie de l’impôt citoyen et coercitif) de sa responsabilité. Dès lors, chaque euro dépensé dans la prévention routière et qui a permis de sauver une personne aurait très bien pu, avec un peu de logique, en sauver plusieurs dans ces autres causes. On frémit à l’idée du nombre de personnes qui seront mortes sur l’autel d’une prévention routière bien juteuse pour un État cynique cruellement en manque de fonds.

Comme on peut le voir, l’allocation des ressources est vraiment optimale : non seulement, les gens de l’État savent mieux que vous ce qui est bon pour vous, mais quand ils dépensent sans compter l’argent qu’ils vous prennent dans vos poches, c’est pour les causes qui sont les plus utiles à leur propre intérêt, et les plus néfastes aux vôtres.

Si vous avez cette petite impression de vous faire avoir sur toute la ligne, c’est normal : c’est aussi ça, la magie du dirigisme.
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