Le cancer de la société française

Il semble que Laurent Wauquiez se soit proposé de modifier un système auquel il ne comprend absolument rien

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Le cancer de la société française

Publié le 13 mai 2011
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Lors d’une interview durant laquelle il dénonçait les « dérives de l’assistanat », Laurent Wauquiez plaidait entre autres choses pour que le cumul des minima sociaux soit plafonné à 75% du Smic au motif que, selon lui, « un couple qui est au RSA, en cumulant les différents systèmes de minima sociaux, peut gagner plus qu’un couple dans lequel il y a une personne qui travaille au Smic ». Cette déclaration tonitruante a valu à monsieur Wauquiez une volée de bois vert d’autant plus cinglante qu’au-delà d’une remise en cause de nos précieux « acquis sociaux », ce ministre de la République a manifestement dit n’importe quoi.

En effet, le mécanisme du RSA a été précisément conçu afin de tenir compte des autres aides perçues par les allocataires – ou du moins d’un certain nombre d’entre elles comme les allocations familiales ou l’aide personnalisée au logement (APL). Par exemple, si un couple de chômeurs avec trois enfants peuvent prétendre à €1.167,48 de RSA dit « socle » mais touche par ailleurs €286,78 d’allocations familiales et €420,93 d’APL, leur RSA effectif sera réduit de l’intégralité des allocations familiales et d’un montant forfaitaire de €138,70 au titre de l’APL – soit €742 qui amènent leurs revenus mensuels à €1.449,71. Par ailleurs, si l’un des deux membres du couple trouve un travail payé au Smic, leur aide au logement baissera d’une centaine d’euros et leur RSA passera à €334,26 ce qui portera leurs revenus totaux à €2.005,65 ou €555,94 de la situation précédente. À moins donc que monsieur Wauquiez ne nous trouve un exemple concret qui illustre son propos, il semble bien qu’un ministre de la République se soit proposé de modifier un système auquel il ne comprend absolument rien.

(Dessin de presse : René Le Honzec)

L’ingérable maquis

Qu’un politicien cherche à s’attirer les faveurs de telle ou telle fraction du corps électoral en se proposant de légiférer sur un sujet qu’il ne maîtrise pas n’a rien de nouveau ; c’est même un lieu commun d’une banalité totale. Ce que cette petite mésaventure illustre parfaitement c’est que s’il y a, dans notre pays, des « dérives de l’assistanat », une des causes principales découle du fait que notre système d’aides sociales – comme notre fiscalité – est un inextricable maquis. Cette complexité pose au moins deux problèmes.

L’opacité du système interdit tout débat rationnel sur son fonctionnement : de la même manière que nous sommes – vous et moi – parfaitement incapables de dire combien nous payons réellement d’impôts, nous sommes tout aussi incapables d’évaluer avec précision combien ceux de nos concitoyens qui bénéficient de ces systèmes touchent effectivement. Soyons honnêtes : en tant que citoyens de ce pays, nous avons totalement perdu la maîtrise de nos finances publiques. Nous ne savons pas qui paye pour quoi et pour qui et en sommes réduits à faire une confiance aveugle à des politiciens professionnels dont l’intérêt bien compris consiste précisément à ce que nous demeurions le plus ignorant possible. Nos jugements en matière fiscale comme en matière de redistribution ne reposent plus que sur les affirmations péremptoires de ceux qui nous gouvernent ou prétendent le faire et nous choisissons de croire celui qui a le mérite de conforter nos apriori.

Il est un autre principe valable pour les aides sociales comme pour les prélèvements obligatoires qui veut que plus un système est complexe, plus il est facile à contourner. De la même manière que la multiplication infinie des niches fiscales, des abattements et autres passe-droits permet à ceux qui s’en donnent la peine – et qui y ont le plus intérêt – d’éluder l’impôt, l’opacité de notre système d’aides sociales le rend parfaitement incontrôlable et favorise ceux et celles qui cherchent à en profiter indûment. La multiplicité des systèmes et des administrations à laquelle s’ajoute la nébulosité des conditions d’attribution encouragent la fraude et créent une situation ubuesque où ceux qui ont besoin d’aide ne savent pas à quoi ils ont droit alors que ceux qui trichent maîtrisent parfaitement les rouages de l’usine à gaz.

Nous ne ferons pas l’économie d’une réforme du système

Supposez un instant que monsieur Wauquiez ait eu raison et qu’en effet, il soit possible de mieux gagner sa vie en vivant d’aides sociales qu’en travaillant au Smic. Quel effet croyez-vous que cela puisse avoir ? Pouvez-vous sincèrement croire qu’un de nos concitoyens irait travailler 35 heures par semaine pour le plaisir de réduire son niveau de vie ? Imaginez maintenant qu’il soit possible de toucher exactement les mêmes revenus avec un RSA et quelques autres aides réservées aux chômeurs qu’en travaillant au Smic – même conclusion n’est-ce pas ? Au-delà de la fraude, le problème que pose tout système de minima sociaux est un problème d’incitations : à partir de quel montant de revenus supplémentaires accepteriez-vous d’aller travailler ? Si, comme dans l’exemple proposé plus haut, vous touchiez €1.449,71 par mois sans travailler, accepteriez-vous de vous lever tout les matins pour gagner €555,94 de plus ? Peut être que oui, peut être que non…

Le chômage volontaire existe. N’en déplaise aux naïfs, un nombre conséquent de nos concitoyens font le choix rationnel et conscient de refuser des offres d’emplois pour continuer à vivre des aides sociales. On peut débattre de l’ampleur du phénomène mais le nier relève de l’angélisme ou la malhonnêteté intellectuelle. Il ne s’agit pas – comme certains aimeraient le croire – de « stigmatiser les chômeurs » mais tout au contraire d’admettre que les gens ne sont pas des imbéciles et qu’un certain nombre d’entre eux exploitent le système. Refuser d’aller travailler pour rien, ce n’est pas être un fainéant ; c’est se comporter de façon parfaitement rationnelle. Nous avons fixé une règle du jeu, défini des « droits » ; comment s’étonner de ce que des êtres doués de raison exploitent cette règle dans le sens de leurs intérêts ?

Trop complexe, mal conçu, bricolé mille fois par des générations de politiciens qui, à l’instar de monsieur Wauquiez, n’ont fait qu’empiler des systèmes bancals sur des « mesurettes » contradictoires ; c’est tout notre système d’aides sociales que nous devons remettre à plat aujourd’hui. Ce modèle social que le monde est supposé nous envier ne génère plus qu’injustices, effets pervers, clientélisme et déficits publics. L’heure n’est plus aux ajustements de paramètres mais à une refonte complète. Le véritable « cancer de la société française » c’est que nous refusons cette évidence.

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  • tout à fait d’accord.
    Cependant j’ai peine à constater que les libéraux souhaiteraient remplacer ce système d’aide par une allocation universelle. Elle aurait le mérite d’être plus claire mais n’arrangerait en rien notre problème.
    Arrêtons tout système d’aide étatique, la seule aide public que les citoyens pourrait recevoir serait local (communes ou EPCI) pour être plus pertinent.
    Pour ceux qui sont handicapés pour pouvoir travailler une aide des EPCI voir de fondation privées seraient je pense la meilleure solution.

    • Je préférais une allocation aux handicapés mentaux et autres incapables (juridiques) à une allocation universelle. Je n’ai pas besoin d’allocations, comme la plupart des adultes normalement constitués.

      • Votre proposition reviendrait à établir une allocation universelle. La France c’est 65 millions d’handicapés mentaux et d’incapables.

    • Vous ne comprenez pas ? j’explique.
      Le patrimoine commun existe : terrains et bâtiments, participations dans des entreprises, capital d’entreprises comme EDF ou la SNCF etc. (en France et sauf erreur, ça pèserait aux dernières nouvelles environ 500 milliards d’euro, dettes publiques déduites), actuellement, au mieux il rapporte à l’état, plus souvent il ne rapporte rien et coute en entretien. L’état s’en fout et ne cherche pas du tout à créer de la valeur avec son patrimoine.
      Le libertarien a la solution : il privatise tout ça, et c’est marre. OK, c’est bien beau, le seul problème c’est que ça n’arrivera pas avant… avant… la prochaine révolution libertarienne. Pas demain la veille.
      L’allocation universelle est une façon de privatiser : on transfert le patrimoine à une coopérative, dont les coopérateurs sont les citoyens, on exige de la coopérative un rendement, une création de valeur, et les coopérateurs encaissent. Le patrimoine commun est géré (enfin !), chacun encaisse une (petite) somme, chacun( jusqu’au dernier des assistés) comprend que son allocation dépend d’une gestion rigoureuse, de choix intelligents (fermer les centrales nucléaires ? ça vous coutera tant…) , au lieu de simplement profiter du système.
      Et l’état n’encaisse plus. De plus, il perd toute prétention à « investir », donc toute justification à emprunter, et pour les finances publiques ça devient facile : budget équilibré, point final.
      En tirant un petit 5% annuel d’un patrimoine de 500 milliards, on obtient un pas négligeable 25 milliard, soit 300 à 500 €/habitant. Pas le Pérou, mais de quoi devenir sensible à la rigueur publique
      Évidemment ça n’a pas de sens si on finance l’allocation par l’impôt

      • On est loin d’avoir un systeme libertarien dans les pays que vous citez, tout privatiser est une chose, mais ils restent des pays majoritairement conservateurs/républicains, donc le problème n’est absolument pas résolu dans ces pays.

      • La plupart (pas que les libéraux) nient, encore aujourd’hui, qu’un HOMME LIBRE est copropriétaire du territoire qu’il partage avec les autres, qu’il a donc droit à sa part de façon inconditionnelle. Par exemple un Français est copropriétaire de la France.

        L’allocation universelle c’est une redistribution minimale qui garanti à chacun (riche, pauvre, présent et à venir) sa part (minimale mais suffisante).

        Celui qui nie cela, nie la liberté. La liberté étant d’abord la non nuisance à autrui, présent et à venir. Ne pas garantir à quiconque (présent et à venir) un accès suffisant au bien commun, c’est lui nuire.

        Par exemple, si nous étions des chasseurs cueilleurs, il faudrait garantir à chacun un accès suffisant et inconditionnel à la forêt, pour qu’il puisse chasser et cueillir pour lui même, sans avoir à passer par ceux qui se seraient appropriés cette même forêt. Dans le cas contraire, il y a travail forcé, esclavage, et cetera, non compatible avec la liberté.

  • Vous oubliez d’autres aides sociales qui s’ajoutent au RSA

    aide médical d » »etat (AME)
    -CMU
    -alloc d » »insertion( AI)
    -alloc de solidarité spécifique (ASS)
    -alloc de logement sociale (ALS)
    -allocation de soutien familial (ASF)
    -allocation jeune enfant (AJF)

    -Plus les resto du coeur
    -plus la banque alimentaire
    -plus le tarif préférentiel d »EDF,
    -Le TSS gaz permet d »obtenir une réduction sur la facture de gaz naturel.
    -Le TPN permet d’obtenir une réduction de votre facture d’électricité(EDF ou régie) concernant l’abonnement et les 100 Premiers kWh mensuels consommés.
    -A partir du 1er janvier 2012 un tarif social de l »eau sera mis en place.
    -Pas d »impôt sur le revenu
    -Aide au transport
    -Prime de noël
    -Aide paiement facture chauffage
    -Allocation de rentrée scolaire
    et surtout le travail au noir

  • les restos du coeur, les banques alimentaires et les divers fripiers charitables, c’est une aide privée qui n’entre pas en ligne de compte, et qui est accessible à tout le monde
    Ie travail, même « au noir », n’est pas non plus une aide sociale …

  • Et les subventions données a ses organismes « privés » ???

    Pour l’accessible c’est en fonction des ressources donc une personne qui gagne le SMIC n’y a pas droit une personne au RSA oui .

    Enfin le travail au noir doit être considéré comme un travail donc pas d’aides sociales pour ceux qui exerce cette activité …

  • Si on ajoute tous çà, Wauquiez a raison alors ?

  • La con-quête

    Vous pouvez vous lever, s’il vous plaît… je suis désolée… je sais que ce n’est pas facile d’attendre assis…
    mais je vais vous faire une petite confidence :
    Les gens sont souvent déçus quand ils sont bien reçus…
    Si vous êtes là c’est parce que vous prétendez au statut d’un sans-emploi…
    Je ne vous garantis rien mais je compatis avec votre envie de ne rien faire.
    La pesanteur, je sais ce que c’est… mais malheureusement… la grâce est hors de portée.

    http://www.lejournaldepersonne.com/2011/05/la-con-quete/

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