Qui veut faire la révolution ?

3% de la population payent à eux seuls le tiers de tous les impôts

Dans mes écrits, j’ai souvent le réflexe de défendre les contribuables contre le gaspillage de leurs impôts. Et contre le détournement de ceux-ci vers des groupes organisés. En faisant cela, j’ai l’impression naïve de parler à l’ensemble de la population. Mais quand je regarde les statistiques fiscales de plus près… Oh boy ! Je parle à peu de monde, finalement.

Combien de Québécois payent des impôts, vous pensez ? Réponse : moins d’un sur deux. Sur une population de presque 8 millions, 3,6 millions ont payé de l’impôt au net en 2008 (les données les plus récentes du gouvernement). C’est un peu plus de 45% de la population. En incluant tous les Québécois, retraités et enfants compris.

Quand on dit que le payeur de taxe de la classe moyenne se fait presser comme un citron, on comprend pourquoi.

Faisons payer les riches… encore plus !

Ces chiffres devraient faire réfléchir ceux qui croient que la solution à tous nos problèmes est de « faire payer les riches ».

Ratissons large et définissons les « riches » comme étant ceux qui gagnent $100.000 et plus. Ils représentent seulement 3% de la population. Ils gagnent 22% des revenus totaux, et payent 32% des impôts.

En d’autres mots, 3% de la population payent à eux seuls le tiers de tous les impôts. Et certains trouvent que ce n’est pas assez ! Supposons qu’on leur en demande deux fois plus. Ça donnerait quoi ? On irait chercher environ $6 milliards de plus pour les coffres de l’État. Cela demeurerait insuffisant pour boucler le budget dans les années qui viennent, vu la hausse prévue des coûts de santé.

Mais c’est bien sûr un scénario fantaisiste. Car pour doubler l’imposition des riches, il faudrait leur imposer des taux marginaux d’imposition (fédéral-provincial) de près de 75%. Qui irait travailler dans ces conditions ? Qui ferait des heures supplémentaires ? La réalité, c’est que nos riches fuiraient. Et l’État se retrouverait avec encore moins de revenus.

(Dessin de presse : René Le Honzec)

Réduire les dépenses ? Non merci !

Ces chiffres font aussi réfléchir sur le débat gauche-droite qui fait rage au Québec. Entre ceux qui veulent un État plus petit, et ceux qui veulent un État plus gros encore. Un débat divertissant, mais qui risque peu de changer les choses.

Je rappelle que moins d’un Québécois sur deux paye des impôts à la fin de l’année. Aussi, quelque 500.000 contribuables font partie de la fonction publique et des réseaux de la santé et de l’éducation. Si ces gens veulent des emplois ou une augmentation de salaire, ils doivent souhaiter que l’État dépense plus, pas moins. C’est aussi vrai pour tous ceux — artistes, agriculteurs, plusieurs entreprises — qui vivent des subventions de l’État.

Ça laisse bien peu de gens qui souhaitent voir l’État se serrer la ceinture !

Bien sûr, les gens ne sont pas simplement des froids calculateurs qui additionnent des plus et des moins. Et plusieurs fonctionnaires aimeraient sûrement avoir un État plus efficace et moins gros. Aussi, les gens qui ne payent pas d’impôts payent quand même des taxes quand ils achètent des biens et services.

Mais quand même. Pour une bonne partie des électeurs québécois, le message de la droite, ou des « défenseurs des contribuables », passe dans le beurre.