Austérité ou croissance ?

Aux socialistes de tous les partis

Austérité ou croissance ?

Un des apports les plus cités de la pensée libérale ne se trouve pas inscrit dans le texte même d’un ouvrage, mais dans une dédicace. En ouvrant La route de la servitude de Hayek, le lecteur est frappé par un avertissement qui prévient la solitude qui attend tout libéral : « Aux socialistes de tous les partis ». Pour comprendre l’économie, il est nécessaire de comprendre les mécanismes de la politique, et Hayek écrivit sa meilleure thèse en six mots. Bien que les faits donnent raison au libéral, la puissance des émotions continuera d’alimenter le collectivisme subconscient dans tous les coins de la société, créant la sensation de la domination d’une pensée unique au sein de l’opinion publique.

Cette voix dominante se manifeste sous forme d’éditoriaux ou de texte d’opinions qui tentent aujourd’hui de vêtir de raison l’incohérent voyage entrepris par nombre de décideurs politiques. On publie ainsi que les pays européens se trouveraient confrontés à un choix difficile, un dilemme cornélien entre l’austérité et la croissance économique. On nous assure que si l’on applique de trop sévères mesures contre le déficit public, l’économie se contractera. Cependant, ce débat est mal posé. Il est certain que l’économie souffrira à court terme des réductions de salaires et de pensions. Mais il est faux de croire que l’augmentation du déficit public relancera l’économie. Au contraire. Si l’on ne réalise pas les coupes budgétaires nécessaires pour réduire ce déficit, l’économie pourrait bien s’effondrer.

La pensée qui domine adopte cette fausse alternative par inertie. Cela fait trop longtemps que l’on soutient que l’on peut et doit sortir d’une crise économique par la chemin du keynésianisme, guidé par la lumière de Paul Krugman, qui nous assure sans rire qu’il faut augmenter les dépenses publiques sans nous préoccuper du déficit. On suppose qu’il a dû oublier de se poser la question de savoir d’où sortirait ce bel argent. Donc, les gouvernements dépensèrent des milliards d’euros, et maintenant nous nous trouvons au bout de la voie sans issue. Injectant de l’air dans une ballon percé. Dépensant de l’argent imaginaire, qui n’existe pas. Sachant parfaitement que l’addition se paiera à partir de prélèvements futurs sur les pensions, les salaires, les aides sociales et l’épargne des gens – bref, avec l’argent de tout le monde.

La situation actuelle, comme à l’époque de la stagflation des années ’70, démontre le ridicule dangereux de la théorie keynésienne qui n’a su qu’appauvrir la population et placer l’économie au bord de la faillite. Ce qui n’empêche pas ses thuriféraires, complètement confus pas la réalité, d’en appeler encore à l’édification d’un pouvoir politique qui dominerait l’économie. Dans ce désert intellectuel, nombreux sont ceux qui ne doutent pas un seul instant que doubler la dose d’un remède inefficace ne manquera pas de guérir le malade.

Le marché ne consiste pas en un obscur et conspirateur pouvoir, il est le résultat de millions de décisions décentralisées qui manifestent les priorités de chacun au moment de consommer ou d’investir. Ce n’est pas une entité susceptible d’être dominée. Tant qu’ils seront trop nombreux les gens qui ne comprendront pas cela, il faudra supporter ce faux débat entre l’austérité ou la croissance, adopté par des politiques erronées qui ne feront jamais que rebuter les investisseurs et plomberont toute possible relance de la croissance.