Ne copiez pas l’État. Il n’aime pas du tout la concurrence.

L’État fédéral américain n’aime pas du tout qu’on tente de se passer de son dollar

Ne copiez pas l’État. Il n’aime pas du tout la concurrence.

Ce dimanche, plutôt que s’enquiquiner à analyser les pathétiques déclarations de politiciens à bout de souffle, ou revenir en détail sur l’actualité chaude du moment, je vous propose un fait divers récent illustrant parfaitement l’état d’avancement du totalitarisme dans les sociales-démocraties.

Tout commence il y a un peu plus de 10 ans, en 1998, aux États-Unis. Bernard von NotHaus décide de lancer un commerce simple : il va produire des pièces dont la valeur intrinsèque est celle du métal précieux dont elles sont composées, et émettre des billets dont la valeur est strictement la contrepartie d’une quantité d’or ou d’argent dans des coffres.

Ébouriffant, non ?

Rapidement, la monnaie ainsi créée gagne en notoriété et en utilisation : plus de 250.000 personnes utilisent pour des transactions commerciales ses pièces d’or et d’argent, les Liberty Dollars. Cependant, deux problèmes voient le jour : le premier est que, parallèlement à l’émission de cette monnaie corrélée à un métal précieux, le dollar américain dégringole. Logiquement, l’or et l’argent commencent à monter, et les Liberty Dollars, en conséquence, voient leur valeur intrinsèque dépasser largement leur valeur faciale (de 1, 5, 10, 20 ou 50 $).

Le second problème est le positionnement ouvertement subversif choisi par Von NotHaus pour vendre ses pièces : il explique clairement, dès le début de l’opération, que la Federal Reserve est inconstitutionnelle et dangereuse, et s’emploie donc à positionner ses pièces puis ses « reçus de contreparties » (billets) comme une alternative solide et crédible au dollar américain traditionnel.

Autant le premier problème est épineux mais pas insoluble, autant le second va déclencher une avalanche d’ennuis de plus en plus importants pour le fondateur : au milieu de l’année 2009, les opérations commerciales sur le Liberty Dollar sont interrompues, et Von NotHaus est arrêté et accusé de crime fédéral.

Lundi dernier, l’État fédéral est passé à l’étape suivante : récupérer, par tous les moyens, l’équivalent — en pièces d’argent — de sept millions de dollar (US) afin d’arrêter une bonne fois pour toute les velléités de l’activiste. Pour cela, les fédéraux n’auront pas hésité à utiliser le qualificatif de « terroriste » pour son commerce : puisque le nom contient « dollar », que les morceaux métalliques ressemblent à des pièces, qu’on y trouve une devise – « Trust in God » – qui ressemble à celle des dollars américains officiels, on va accuser le bonhomme de contrefaçon monétaire.

Et il est vrai que, lorsqu’on voit les pièces et les billets émis, on ne peut pas douter que plus d’un pourrait se laisser prendre et imaginer qu’il s’agit bel et bien de dollars américains « standard » :

Comme le signalait fort justement Le Dabe, dans Le Cave Se Rebiffe, en 1961, en matière de monnaie, les États ont tous les droits et les particuliers, aucun.

Le ridicule, ici, se dispute au scandale.

On passera sur le fait que des contribuables américains ont donc payé, assez cher, pour que des équipes de fédéraux, de policiers, d’avocats, de juges, s’occupent d’un type qui, essentiellement, vend de l’or et de l’argent. Il est vrai que la traque des vrais criminels, qui tuent, qui violent, qui pillent ou qui rançonnent est un tantinet plus compliquée.

Quant au ridicule, les chefs d’accusation se suffisent à eux-même ; mis à part l’État américain, personne n’avait en effet déposé plainte contre les agissements de Von NotHaus.

En réalité, ce cas est l’illustration parfaite que l’État n’aime absolument pas la concurrence sur les services qu’il prétend offrir mais qu’en réalité il distribue parcimonieusement contre une autre denrée que la monnaie : le pouvoir.

Laisser le Liberty Dollar s’enraciner, c’est risquer d’avoir une population totalement indépendante du dollar américain officiel. Une population indépendante d’une source de pouvoir (celui de battre monnaie en est un très grand) est une population qui ne sera pas manipulable, dont, de surcroît, on aura bien du mal à tirer profit, direct ou indirect.

Cette opération policière est aussi une excellente démonstration que l’inflation qu’on observe sur le dollar officiel est parfaitement assumée, voulue et imposée à tous : les élites savent parfaitement qu’il n’y aura pas de remboursement possible d’une dette colossale autrement qu’en faisant défaut, ou en la diluant dans une inflation galopante.

Or, si une partie suffisante de sa population n’utilise plus le dollar officiel, celui-ci voit sa valeur s’effondrer plus vite que ce que les dirigeants (et de fait, ceux qui en profitent) ne peuvent contrôler : l’inflation, par principe et lorsqu’elle est relativement bornée, est un levier intéressant pour ceux qui sont proches de sa source puisqu’elle leur permet de s’enrichir à bon compte. Les bulles immobilières ou sur les actions en sont les illustrations récentes.

En revanche, lorsque cette inflation galope, plus personne n’y gagne. Et un gain de notoriété dans un dollar assis sur des métaux précieux, c’est l’assurance d’une perte de crédibilité du dollar officiel, avec tout ce qu’on peut imaginer d’enquiquinements colossaux ensuite…

À l’instar des organismes vivants qui, lorsqu’ils sont faibles ou malades, font preuve d’une agressivité renforcée, l’État américain — comme, du reste, la plupart des sociales-démocraties actuellement — a décidé de montrer les crocs très vite pour cette billevesée qui n’aurait sans doute déclenché aucune réaction il y a un siècle.

A l’échelle du monde, on remarque la même chose : au fur et à mesure que les États sociaux, nounous de plus en plus étouffantes, croulant sous des monceaux de dettes, se font plus faibles pour régler leurs problèmes internes, les tensions internationales s’accroissent avec l’apparition de conflits de plus en plus violents.

Gageons que nous verrons d’autres affaires similaires ou l’adjectif « terroriste » sera utilisé de plus en plus légèrement.
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