L’Europe devant ses choix

Si j’ai une certitude, c’est que l’euro va aller de crises en crises

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L’Europe devant ses choix

Publié le 4 avril 2011
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Comme certains lecteurs le savent sans doute, j’ai toujours été un robuste “eurosceptique”. Dans mon premier livre, Des lions menés par des ânes, j’expliquais que l’euro était un Frankenstein financier, qui allait amener vers trop de maisons en Espagne, trop d’usines en Allemagne et trop de fonctionnaires en France (chacun se spécialisant là où il a un avantage comparatif).

La réalité a dépassé mes craintes les plus extrêmes. Non seulement mes trois prévisions se sont réalisées, mais en plus nous avons trois États européens en faillite (Grèce, Irlande, Portugal) tandis que trois autres vacillent au bord du trou noir de la faillite (Espagne, Italie, France). Devant un tel désastre, la technocratie triomphante et non élue qui l’a organisé pourrait se dire : « J’ai fait une énorme boulette. Le mieux serait d’arrêter les frais et de ramener les pendules là où nous étions dans les années ’90 en recréant les monnaies nationales et en essayant de limiter les dégâts de la nouvelle période d’ajustement…» Hélas, chacun sait qu’il n’en sera rien…

Comme cette classe technocratique ne brille ni par sa compétence économique, ni par sa connaissance des marchés et qu’elle pense fondamentalement que le politique l’emporte sur l’économique (comme les grands frères en Union soviétique tant admirés par nos technocrates dans leur jeunesse), la probabilité d’un tel dénouement heureux apparait comme absolument nulle.

Si j’ai une certitude, c’est donc que l’euro va aller de crises en crises, chacune plus grave que la précédente, jusqu’au jour où l’économique l’emportera comme toujours sur le politique, comme en Union soviétique d’ailleurs.

Ce que nous avons donc à décrire aujourd’hui, ce sont les plans que ces braves gens vont suivre pour prolonger l’agonie le plus longtemps possible, au moins jusqu’au moment où ils auront pris leurs retraites pour servir dans les conseils d’administration des banques mises en faillite par leurs actions et qu’ils auront sauvées avec l’argent des contribuables.

Il y en a deux.

Le premier, qui est celui de ceux que de Gaulle appelait « des cabris sautant sur leurs chaises» est de nature fédérale et peut se résumer en une phrase : « L’Allemagne paiera. »

Outre que cette phrase a déjà été utilisée dans l’histoire sans beaucoup de succès, elle fait fi d’une réalité toute simple : l’Allemagne n’a pas la moindre intention de payer, pas plus d’ailleurs que la Finlande, l’Autriche ou la Hollande. D’après les tenants de cette solution, il faudrait émettre des obligations garanties par tous les pays européens de concert. Comme chacun le sait, ou devrait le savoir, donner sa caution à un prodigue est la façon la plus rapide de se ruiner et de l’empêcher de faire des efforts, comme l’Italie du sud qui vit aux crochets de l’Italie du nord le démontre depuis cent ans. Bref, ce plan ne pourrait pas marcher dans la réalité et, politiquement, il est inacceptable pour les pays vertueux : pas de raison que les Allemands prennent leurs retraites à 68 ans pour permettre aux Grecs de la prendre à 60.

Le deuxième plan est de transformer tous les citoyens européens en Allemands en forçant ces pays à se réformer et en les contraignant à privatiser férocement pour faire reculer la fonction publique partout. Nul doute que si on y arrive, et si tout le monde se met à être vertueux en Euroland, alors le problème de l’euro est résolu. C’est ce plan que poussent les autorités allemandes en disant qu’elles garantissent « inconditionnellement » l’euro, mais que leur soutien à chaque pays est «conditionnel», c’est-à-dire qu’il dépendra de la volonté que chaque pays mettra à se réformer. Comme c’est le seul plan qui bénéficie du soutien de l’Allemagne, c’est celui qui va l’emporter, mais il faut bien se rendre compte qu’il s’agit là d’une perte totale de souveraineté pour chacun des pays qui vont devoir s’y soumettre et que tous ces pays rentrent de facto et de jure sous protectorat allemand. Par exemple, nous avons des élections en France dans un peu plus d’un an et il est tout à fait évident que dans la réalité le pouvoir de décision de ceux qui vont être élus va être circonscrit à la capacité que chacun aura d’obtenir des concessions plus ou moins fortes de Berlin. Voila qui nous ramène quelques années en arrière…

(Illustration René Le Honzec)

Qui plus est, si par hasard le pétrole passait à $200/bb, la politique de déflation à la Laval qui nous sera imposée n’a pour ainsi dire aucune chance d’être couronnée de succès, surtout si l’euro continue à être aussi surévalué qu’il l’est aujourd’hui… Économiquement et politiquement, la réussite est loin d’être assurée. Étant d’un naturel optimiste, je veux croire que ces plans de remise en ordre de nos États – qui sont absolument nécessaires – vont réussir.

Étant par conviction démocrate, j’aurais préféré qu’ils fussent choisis librement par l’électorat – de façon libre comme cela est le cas en Grande-Bretagne. Mais il faut bien se rendre compte d’une chose : le délabrement de nos finances publiques est tel que le choix réel est entre un plan imposé par l’Allemagne dans le cadre institutionnel de l’Europe, ou un plan imposé par le FMI d’ici deux ans à notre pauvre pays. Dans tous les cas de figure, nous perdons notre souveraineté, mais au fond de moi-même et parce que j’aime passionnément mon pays, je préfère et de loin la première solution.

Je n’y crois pas trop, mais j’espère de tout mon cœur que le plan allemand va marcher…

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  • Merkel réalise ce que les eurofédéralistes et les internationalistes pacifistes qui ont soutenu l’Allemagne en 40 voulaient: transformer l’Europe en protectorat allemand.
    Etant incapables de nous reformer par nous-mêmes, cela va devenir un moindre mal.

  • Pauvre euro, tu t’en prends plein la gueule par des eurosceptiques, doublés d’illettrés économiques.

    Ce n’est justement pas l’euro le problème, c’est le comportement de ces pays. S’ils avaient eu leur monnaie nationale, qu’est-ce que cela aurait changé à leur tendance d’embaucher des fonctionnaires, de dépenser trop, etc. ?

    On devrait au contraire remercier l’euro de nous préserver plutôt bien de l’inflation.

    Le retour aux monnaies nationales est simplement débile. Pourquoi ne pas faire une monnaie pour la Bretagne, la Provence, la Bavière, etc. ?

    Et puis faut arrêter avec ce protectorat allemand. Parce que ce sont parmi les seuls à avoir une économie saine, ils peuvent nous donner des leçons. Quand les libéraux donnent des leçons d’économie aux interventionnistes, ils ne nous rétorquent pas « ah mais on est sous protectorat libéral ».

    Les eurosceptiques m’étonneront toujours pour leur incroyable souplesse intellectuelle.

    • L’Irlande était en train de dépenser trop et de recruter trop de fonctionnaires? Elle avait un budget à l’équilibre avec des impôts bas.

      Expliquez moi en quoi des taux d’intérêts fixés trop bas (par la BCE) dans un pays au sommet du cyle économique n’est pas pro-cyclique, incitatif, et n’encourage pas la création de bulles.

    • L’euro est un problème car l’UE est euro-incompatible ; il n’y a aucune zone économique homogène dans l’UE.

      Pour que cela soit possible, il faudrait détruire toutes cultures et particularités nationale ou régionale en Europe pour en arriver à une euro-culture, un euro-peuple, une euro-langue.

      L’euro a permis aux états mauvais gestionnaires d’emprunter aux mêmes taux que les meilleurs gestionnaires, provocant une fuite en avant de leur dette.

      En plus, lors de la mise en place de l’euro, il y avait des problèmes de sous/sur-évaluation de monnaie, ce qui a provoqué par ajustement des inflations/déflations dans ces différents pays tels que l’Irlande où la monnaie était sous-évaluée et l’Allemagne où elle était sur-évaluée, ce qui explique leur situations actuelles.

      Le protectorat allemand est une tentative d’uniformisation du paysage économique européen, mais même avec cela, l’euro sera toujours moins optimisé que les monnaies nationales.

  • Il y a peu, j’aurais été entièrement d’accord avec cet article, mais à la vue de l’expérience des pays baltes, je serais maintenant plus nuancé. L’estonie, la Lettonie et la Lituanie, après des années de croissance chinoise, ont été touchés de plein fouet par la crise en 2008. En 2009, ils voient leur PIB baisser de 14 à 18%, du jamais vu en période de paix. Et pourtant, grâce à une politique courageuse de déflation et d’austérité drastique, tout en maintenant des taux de change fixes avec l’euro, la situation s’est stabilisée et ils devraient enregistrer dès cette année parmi les taux de croissance les plus importants de l’UE.

    Oui, certes, la politique de la BCE a été trop laxiste pendant les années 2000, mais je crois qu’on accorde trop d’importance à la monnaie. Si les pays aujourd’hui au bord de la banqueroute sortaient de l’euro, cela les aideraient ils vraiment à se redresser? J’en doute tant les fondamentaux de leur économie sont pourris (surtout pour la Grèce) et tant la population s’est fait anesthésiée par tant d’année de clientélisme et de tout état (là aussi, surtout pour la Grèce).
    De même, je ne crois pas que l’euro ait amplifié certains phénomènes plus que si ces pays étaient restés à leur monnaie nationale (s’ils ont pu s’endetter pour moins cher, c’est que l’euro, bien que trop inflationniste, était tout de même moins inflationniste que leur monnaie nationale).

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