Les USA tournent le dos à l’Europe

Ce que souhaitent les conservateurs, c’est restaurer l’Amérique, une Amérique rêvée peut-être

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Les USA tournent le dos à l’Europe

Publié le 21 février 2011
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Pour Barack Obama, la social-démocratie européenne est un modèle de référence  implicite : telle est aussi la conviction des principaux intellectuels et économistes qui le soutiennent. Dans le vocabulaire américain, on les appelle paradoxalement , les « liberals ».

Européaniser les États-Unis, pour ce camp « liberal », revient à « humaniser » la société américaine en y instillant plus de solidarité sociale, plus de services publics, plus d’équité, plus de redistribution. Après la crise financière de 2008, s’est ajoutée à ce projet « européen, » une relance économique dite keynésienne, relance de la consommation plus que de la production, et quasi nationalisation d’entreprises en difficulté (banques et automobiles).

Dans le même temps , les Républicains se posèrent en patriotes, condamnant l’européanisation pour des motifs économiques, mais surtout idéologiques : l’Europe est, rappelaient les leaders politiques et les éditorialistes « conservateurs » (au sens américain du terme), ce contre quoi les États-Unis se sont édifiés. À quoi s’ajoutent deux critiques effectives de l’Europe telle qu’elle est vraiment : incapcacité d’intégrer les immigrés et pauvreté de l’innovation économique. Les controverses autour du déficit budgétaire, de l’augmentation des impôts et au-dessus de tout, autour du projet d’assurance maladie généralisée, mêlent donc,  depuis l’élection d’Obama, des considérations techniques (relance inutile, assurance trop chère) mais surtout idéologiques.

Depuis qu’ils ont repris le pouvoir à la Chambre des Représentants, il est clair qu’une nouvelle génération de députés, élus souvent pour la première fois, a l’intention de traduire le discours conservateur en une sorte de révolution anti-étatique. Ces conservateurs perpétuent une vision, héroïque – quelque peu imaginaire – d’une Amérique où l’État serait au mieux un mal nécessaire. Ainsi, la volonté d’annuler la loi sur l’assurance maladie (déjà en cours d’annulation par des juges locaux qui y devinent une atteinte à la liberté individuelle) ne relève plus d’un calcul économique mais d’une conception de la société où l’État ne doit pas se mêler de la santé personnelle. Dans le débat, en cours, au congrès sur le budget 2011, l’aile conservatrice du parti républicain impose des coupes massives qui réduiraient l’État d’un tiers, le ramenant au niveau de 2008, avant la crise.

Barack Obama, défendant son projet de budget, expliquait qu’il avait réduit les dépenses « avec un scalpel et pas avec une machette ». Les conservateurs y vont plutôt à la hache, s’interrogeant par exemple sur l’opportunité de maintenir un ministère fédéral de l’éducation (qui est en principe une compétence locale).

Au total, les conservateurs ne s’intéressent plus au débat sans issue sur ce qu’aura été l’utilité de la « relance » par les dépenses publiques contre la récession : les économistes en débattront sans fin comme l’on débat encore de l’opportunité du New Deal. Les conservateurs n’entendent pas plus contribuer à un débat sur l’efficacité économique ou l’utilité sociale de l’assurance maladie : ils refusent d’en débattre en ces termes « utilitaires ». Ils sont tout aussi insensibles au plaidoyer de Barack Obama en faveur des équipements publics du type TGV, « autoroutes » de l’information, grands équipements. Ce que souhaitent les conservateurs, c’est restaurer l’Amérique, une Amérique rêvée peut-être. Une croisade nationale que relaient les nouveaux maires et nouveaux gouverneurs républicains : au nom de l’équilibre budgétaire, soudain devenu sacro-saint, ces élus locaux licencient les fonctionnaires en masse et brisent les syndicats.

On ne portera pas de jugement sur ce combat des conservateurs contre « l’européanisation » des État-Unis : la haine de l’État est un trait américain, presque incompréhensible par les non Américains. Ce rejet de l’État n’exclut pas la solidarité qui est significative aux États-Unis, mais qui – pour les conservateurs – doit relever du libre choix et de l’initiative privée.

On observera aussi que les événements internationaux servent plutôt les conservateurs : la révolution (inachevée) en Égypte a conduit Barack Obama (après quelque hésitation) à soutenir la démocratisation du monde arabe, ce qui fut, tout de même, le programme de George W. Bush.

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  • Si, le rejet de l’Etat exclut la solidarité, qui est un acte de contrainte. Mais au profit de la charité, qui est un acte gratuit bien plus civilisé.

    Un discours qui se veut libéral se devrait de combattre directement la notion même de solidarité, qui a été le prétexte moral pour imposer l’Etat social et pour traiter tous les opposants à cet Etat comme étant des « riches égoïstes »…

    Si l’on remet en cause l’Etat social, il faut remettre en cause la solidarité, et rendre à la charité la place qui lui était due.

    > Le socialisme et l’Etat social reposent sur un acte de contrainte qui est la solidarité pour corriger les inégalités

    > Le libéralisme et l’Etat minimaliste reposent sur un acte libre qui est la charité pour corriger les inégalités

    • Non, vous faîtes fausse route. Ce n’est pas parce que les socialistes ont dénaturé le sens originel du mot « solidarité » qu’il faut l’abandonner et capituler en rase campagne.
      La solidarité a aussi une acception libérale, distincte de celle de charité, dans le sens d’une « solidarité organique » où la division du travail a diversifié les tâches et les a rendues interdépendantes – cette interdépendance reposant sur le libre choix des individus.

      • Le professeur Van Dunn la refuse sur la base de son origine militaire (romaine). Le terme couvrait alors des formations de combat. Elle provient donc d’un commandement, pas d’un choix. Les socialistes l’emploient donc dans un sens très cohérent avec son sens premier.

        • Hmm… Tu as une source là-dessus ?
          Parce que j’ai plutôt en tête que l’origine latine de solidarité (« solidus », solide) renvoie plutôt à un principe juridique (cf. l’expression juridique « in solido ») dans le Code de Justinien.
          La solidarité désigne alors une interdépendance entre les uns et les autres au sein d’un corps : ce qui affecte les uns affecte aussi plus ou moins les autres (cf. l’expression « être solidairement responsable »).
          Du coup, les personnes se sentent effectivement engagées ou « obligées » les unes par rapport aux autres. Mais cette obligation n’est pas du tout assimilable à un « commandement » ou à la coercition étatique puisqu’elle repose sur un sentiment de responsabilité partagé par les membres d’un groupe qui se sont moralement ou juridiquement engagés (c’est-à-dire librement) les uns à l’égard des autres.

          Et ce n’est pas du chipotage car, selon moi, il y a une vraie différence à faire entre solidarité et solidarisme (la solidarité telle qu’elle est vue par les socialistes depuis les théorisations de Léon Bourgeois).
          De même, il y a une vraie différence entre solidarité et charité, les deux notions pouvant être interprétées selon un angle libéral. Avec la notion de solidarité, il y a un lien entre des individus qui partagent des intérêts, tandis qu’avec la notion de charité, c’est plutôt un acte de générosité désintéressé à l’égard d’individus avec qui on n’est pas nécessairement liés.

          • Ma source est malheureusement une conférence non enregistrée. Tout ce que tu dis est vrai mais il te manque l’origine militaire. Le mot était appliqué à l’adoption de formations de combat sur le champ de bataille. Le choix individuel n’y entrait donc pas en ligne de compte.

          • La solidarité n’est qu’un substitut moins vertueux de la charité:

            On peut par exemple choisir d’aider gratuitement un parent, parce que l’on ressent les liens familiaux comme une obligation morale de l’aider et non par pur altruisme.

            Dans ce cas-là, ce serait bien une aide solidaire et non une aide charitable. Mais cette aide est moins vertueuse que l’aide charitable.

            Or, si l’on promeut le libéralisme, on doit aussi promouvoir la charité plutôt que la solidarité, en sachant que cela n’empêchera pas la solidarité de continuer d’avoir lieu.

            A l’inverse, l’Etat social promeut la solidarité plutôt que la charité, et c’est en sens-là qu’il commet un grand tord moral à la société qui se doit d’être dénoncé.

        • Il y un authentique solidarité entre soldats. Et celle ci n’est aucunement lié au commandement ou aux ordres reçu. Un soldat sais parfaitement que seul il est un homme mort à coups sur. ce n’est qu’en joignant volontairement l’action de ses camarades qu’il peut espérer survivre.
          Il existe cette même notion dans le libéralisme car chaque individus est dépendant des autres pour améliorer sont existence. le commerce et l’échange librement consentis sont les seules véritable actions de solidarité.

          • La solidarité signifie que l’on va être dans l’obligation d’aider gratuitement quelqu’un.

            Lorsque des soldats décident de s’aider sans en avoir reçu l’ordre, il ne s’agit pas de solidarité, puisqu’il n’y a pas d’obligation, dans ce cas, c’est simplement de l’entraide.

            Dans le commerce et l’échange libre, les deux parties-prenantes payent quelque chose dans l’échange, il ne s’agit donc pas non plus de solidarité puisque ce n’est pas gratuit.

  • Ils n’ont pas tant cela dénaturé le sens, le mot solidarité comprend une notion de contrainte, ou au moins d’engagement.

    Il est donc tout-à-fait légitime d’invoquer le principe de solidarité pour justifier le rôle de l’Etat social, dans le but de réduire les inégalités.

    Or, je ne vois pas trop le rapport avec la « solidarité organique » que vous évoquez.

    • Ma source est malheureusement une conférence non enregistrée. Tout ce que tu dis est vrai mais il te manque l’origine militaire. Le mot était appliqué à l’adoption de formations de combat sur le champ de bataille. Le choix individuel n’y entrait donc pas en ligne de compte.

  • « Les conservateurs y vont plutôt à la hache, s’interrogeant par exemple sur l’opportunité de maintenir un ministère fédéral de l’éducation (qui est en principe une compétence locale). »

    Il faut aussi voir ça dans la différence face à l’Europe: les USA étant un Etat fédéral, ils ont bien plus de facilités à couper l’Etat, puisque les Etats sont là pour prendre la relève en cas de besoin. En France, on imaginerait mal faire ce genre de chose, c’est du « tout ou rien », donc pilule bien plus difficile à faire passer lorsque l’on prétend libéraliser le pays.

  • Les américains aiment bien tailler dans l’Etat fédéral, mais délaisse ce combat au niveau des Etats. A ce niveau inférieur aussi il y a pas mal de choses qui ne vont pas.

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