Edgar Morin : ses nuits sont éteintes. Ses jours aussi.

Edgar Morin, un grand penseur, nous propose un proverbe turc et quelques saillies de biscuit chinois pour commencer la nouvelle année.

Un espoir est né pour cette jeunesse qui ne rêve qu’à sa retraite : la vieillesse, si elle est pour certains un naufrage, peut très bien être aussi une tranche de rigolade pour ceux qui l’observent. J’en veux pour preuve les dernières productions déplorables de deux chenus piposophes, qui font, évidemment, un tabac chez ces jeunes et les journalistes de notre presse nationale, vibrants messagers du vide intersidéral qui constitue la pensée profonde dans ce pays.

Le premier chenu, c’est évidemment Hessel, dont le dernier ouvrage a été parcouru et analysé par l’Hérétique. Comme par hasard, le vénérable ancêtre est inscrit à Europe Ecologie, ce qui confirme assez clairement que sa perte de lucidité date de bien avant la production de son court pamphlet, et comme par hasard, et pour reprendre les termes de l’Hérétique, Hessel se complaît dans un gloubi-boulga très à la mode actuellement.

En fait, il fait furieusement penser à un autre vieux débris piposophe qui sévit lui aussi dans les sphères gauchistes de la bien-pensance caramélisée et dont les opuscules alignent avec lourdeur les poncifs les plus usés et les sophismes les plus éculés pour le plus grand ravissement des imbéciles diplômés du pays pour qui toute bouillie altermondialeuse où tout est dans tout, et réciproquement, tient lieu de réflexion profonde.

Eh oui, vous aurez reconnu Albert Jacquard, dit Ziglou, qui nous aura offert, à plusieurs reprises, de grandes séances d’abdominaux à pas cher. Je ne peux m’empêcher de linker la page du Maître du Monde (le seul, le vrai) consacré à éplucher quelques unes des énormités du penseur en eaux profondes : allez la lire, c’est édifiant.

Professeur Albert Ziglou Jacquard

Mais La thérapie par le rire ne se sera pas arrêtée avec Albert Ziglou, ou Stéphane Hessel. Ce dimanche, c’est encore une fois Le Monde qui nous offre quelques minutes de cardio-training hilarant avec Edgar Morin et ses nuits qui, prétend-il, sont enceintes.

Avant de jeter un oeil sur sa production, notons que notre piposophe n’est pas là par hasard : c’est – oh, je suis étonné – un communiste de la première heure, sociologue et philosophe officiellement estampillé, évidemment anti-clérical et plus généralement anti-monothéiste mais – bisounoursisme oblige – il apprécie le bouddhisme, la non-violence, le CNRS et la pensée complexe™.

Pensée complexe™ qu’il met immédiatement en application dès les premiers paragraphes de son édito :

En 2010, la planète a continué sa course folle propulsée par le moteur aux trois visages mondialisation – occidentalisation – développement qu’alimentent science, technique, profit sans contrôle ni régulation

C’est complexe, c’est touffu, et c’est surtout alambiqué : c’est du Morin.

Je passe sur le « profit sans contrôle ni régulation » qui fait rire tout ceux qui ont ne serait-ce qu’une vague idée de ce qui se passe et qui doivent manipuler du code fiscal pour survivre, pour noter que notre sociologue qualifie de course folle la mondialisation, l’occidentalisation et le développement. Ceux qui ont bénéficié, dans la plupart des pays émergents, de cette mondialisation, de l’occidentalisation et du développement, apprécieront.

En fait, partant du principe (maintenant su de tous ceux qui en sont persuadés) que le monde va de plus en plus mal et qu’il y a de plus en plus de pauvres (même si les chiffres, Gapminder et d’autres, montrent bel et bien le contraire), il arrive donc à la conclusion que … le monde va de plus en plus mal et qu’il y a de plus en plus de pauvres.

Puissant ?
Non, complexe™, tout au plus.

C’est comme l’occidentalisation, qui ressemble à s’y méprendre à du Paic Vaisselle : quand y’en a plus, y’en a encore, ou y’en a moins, allez savoir :

L’occidentalisation du monde s’est accompagnée du déclin désormais visible de l’Occident.

Eh oui : on occidentalise à tour de bras, dans une course folle, mais l’Occident décline.

Puissant ?
Non, non. Complexe™, qu’on vous dit.

Même en admettant ce déclin, pourquoi s’inquiéter vraiment ? Après tout, le déclin de l’Empire Romain aura ouvert la voie à d’autres empires, et rien, finalement, n’est éternel, pas même les pensées complexes™ de Morin. En fait, ce qui enquiquine Morin avec ce déclin est résumé quelques lourdes phrases plus loin :

La mondialisation, loin de revigorer un humanisme planétaire, favorise au contraire le cosmopolitisme abstrait du business et les retours aux particularismes clos et aux nationalismes abstraits dans le sens où ils s’abstraient du destin collectif de l’humanité.

Hmmmh, le cosmopolitisme abstrait du business. Mmmmh, les nationalismes abstraits. Si les nuits sont peut-être enceintes, elles sont surtout très obscures, et plongées dans de gros barils d’abstrait bien gras.

Mais le mieux, bien sûr, c’est le « destin collectif de l’humanité ».

Vous ne le saviez pas, je ne le savais pas non plus, mais nous avons pourtant un destin collectif. On ne voit pas trop de quoi ce destin collectif est fait, mais comme c’est dit dans une phrase ou le mot « abstrait » est tout de même présent trois fois, on sent que tout ceci n’a pas besoin d’être vraiment concret.

Le paragraphe suivant va heureusement nous apporter quelques lumières :

Le développement n’est pas seulement une formule standard d’occidentalisation qui ignore les singularités, solidarités, savoirs et arts de vivre des civilisations traditionnelles, mais son déchaînement techno-économique provoque une dégradation de la biosphère qui menace en retour l’humanité.

Ah bah non, finalement. C’est juste une nouvelle pensée complexe™ qui vient s’ajouter à la précédente, petite perlouse colorée enfilée sur la ficelle de chanvre indien d’un raisonnement de plus en plus fucking complexe ! On ajoutera donc religieusement du déchaînement techno-économique (fichtre, diable, diantre) et de la dégradation de la biosphère aux bidules abstraits qui font du destin collectif pour tout le monde.

En fait, pour Morin, tout régresse, c’est la cata. Pire que la cata : c’est la déroute, la débâcle, la piquette, la grosse merde, puisque même « la personne la plus consciente de la complexité planétaire, la plus consciente de tous les périls que court l’humanité » est partie en sucette grave de chez grave. De qui parle Morin ? Du Dalaï-Lama ? De Lady Gaga ? Non. De Barack Obama.

Car en effet, en plus d’être un gentil bisounours qui balance de la pensée complexe™ comme d’autre du ketchup sur leur hamburger, qui aime le communisme, le CNRS et la sociologie à la fraônçaise, Edgar aime Barack. Voilà qui est foutrement original, non ?

Je passe sur les derniers paragraphes où le patriarche en roue libre nous ressort ses médailles poussiéreuses et les photos sépias d’une époque révolue depuis plusieurs générations pour nous montrer que si on va joyeusement vers les Zeures Les Plus Sombres de Notre Futur, l’espoir n’est pas totalement perdu (ouf !).

Terminant avec brio par une citation de biscuit chinois (« Le probable n’est pas certain et souvent c’est l’inattendu qui advient. ») et un proverbe turc sur des nuits enceintes, Edgar nous aura donc livré une soupe de petits légumes fades, en vrac, dont on comprend qu’elle ne peut qu’enthousiasmer ceux qui confondent régulièrement profond et obscur, complexe et compliqué voire foutraque.

En fait, il manipule, comme bien souvent les « penseurs » en France, des termes qu’il maîtrise peu ou pas et camoufle ses platitudes cosmiques dans des tournures entortillées et des mots à rallonge.

C’est un peu comme si, à l’hospice où on l’avait soigneusement rangé et duquel on n’aurait jamais dû le sortir, notre Edgar avait aligné Capitamimse en mot compte triple sans se rendre compte que ça ne s’orthographie pas du tout comme ça. Et toute la presse de s’empresser d’ajouter les points au compteur du papy, sans voir que la moitié des mots du Scrabble qu’il nous propose sont inconnus au bataillon ou même pas reliées entre eux.
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