« Nouveaux essais » de Hayek

Ensemble d’articles de Hayek qui ont formé la base de son grand ouvrage de synthèse Droit Législation et Liberté

Article publié à l’origine sur UnMondeLibre.org

Les Nouveaux Essais [1], publiés dans la collection que dirige Alain Laurent aux Belles Lettres, font suite aux Essais, déjà superbement traduits par Christophe Piton dans la même collection en 2007 [2]. Ce volume contient un ensemble d’articles de Hayek (25) datant pour l’essentiel du début des années 70 et qui ont formé la base de son grand ouvrage de synthèse Droit Législation et Liberté, publié en trois tomes. Il s’agit souvent de textes de conférences prononcées à diverses occasions. Le propos y est concis, pédagogique. Rien de tel pour s’initier à la pensée de l’un des plus grands et des plus originaux penseurs du libéralisme contemporain. Un penseur original, en effet, capable de surprendre son lecteur, de le conduire à ses conclusions par des chemins insoupçonnés, prenant toujours à revers la pensée dominante. Parmi les nombreux thèmes qui composent l’ouvrage, nous en retiendrons trois principaux : la critique du rationalisme constructiviste, la critique de la justice sociale et la critique de Keynes.

La critique du constructivisme

Un premier thème est d’ordre épistémologique, il concerne la critique de ce que Hayek appelle le « constructivisme » (Les erreurs du constructivisme, chapitre 1, p. 25 à 52). Ce terme a été introduit par Hayek pour désigner une manière spécifique de penser l’ordre social comme « une construction rationnellement orientée vers un but. » La majeure partie du travail Hayek a consisté en une reformulation théorique extrêmement novatrice de la philosophie sociale qui sous-tend le libéralisme classique. Il souligne que la connaissance de l’économie est en elle-même insuffisante pour la compréhension de l’ordre d’une société libre. Pour Hayek, le point de départ de la théorie sociale est « la compréhension du fait que tout ordre qui résulte du jeu réciproque d’actions humaines ne résulte pas d’un dessein ». Autrement dit, il faut présupposer l’ignorance irrémédiable et constitutive à la fois des acteurs sociaux et du savant qui étudie l’ordre social. Ainsi la capacité d’une société à atteindre ses objectifs ne dépend pas seulement de sa connaissance des relations causales mais aussi de sa capacité à agir en suivant des règles (droit, morale, coutumes) qu’elle peut énoncer sans toutefois en saisir l’origine. En effet, ces règles ne sont pas le résultat d’un choix conscient et délibéré mais d’un processus de sélection et de concurrence entre les groupes.

Or le positivisme philosophique a tendance à évincer toutes les valeurs ou les normes comme des objets sans rapport avec les faits, comme des objets « métaphysiques », dépourvus de sens, injustifiables rationnellement. On observe cette tendance chez Auguste Comte mais aussi chez Max Weber et la plupart des sociologues. Seule la compréhension des relations de cause à effet est reconnue comme valide, objective et digne d’intérêt pour le savant.

Mais le modèle hayekien est celui de la « catallaxie », un ordre engendré par l’ajustement mutuel d’actions individuelles qui se conforment aux règles juridiques concernant la propriété, les dommages et les contrats. Les gouvernants ne pouvant détenir l’ensemble des informations en circulation et ne pouvant les traiter, toute prétention à organiser scientifiquement la société et le marché est une illusion. En revanche le libre marché permet d’atteindre un niveau de complexité et de performances qu’aucune démarche rationnelle organisée n’est capable d’atteindre.

Ce point de vue remet en question toutes les théories positivistes (ce que Hayek appelle « rationalisme constructiviste ») selon lesquelles l’homme par son savoir, serait capable de maitriser le fonctionnement de la société et de la modifier comme une matière brute.

La critique de la justice sociale

Un second thème est celui de la justice sociale. Dans l’essai intitulé « L’atavisme de la justice sociale » (chapitre 5, pages 101 à 116),

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