Santé au Québec : urgence d’innover

Le rôle de l’État, c’est d’assurer une couverture médicale pour tous ses citoyens. Pas de fournir le service

Il y a deux semaines, une dame de 79 ans s’est effondrée après avoir attendu six heures dans les corridors de l’hôpital Saint-Luc. Sa fille est venue la voir en soirée pour prendre des nouvelles. Des employés l’ont laissé entrer dans la chambre de sa mère, mais ont oublié de lui dire qu’elle était morte. C’est en caressant les cheveux de sa mère que la jeune femme s’en est aperçue.

Deux semaines avant, un homme est mort dans les bras de sa sœur, après avoir attendu sept heures à l’urgence de l’hôpital Maisonneuve-Rosemont.

Pas surprenant que la santé soit au sommet de vos préoccupations, selon le grand sondage QMI – Léger Marketing dévoilé cette semaine. Mais là, c’est rendu grave. Vous nous dites que vous avez même peur d’aller à l’urgence !

Aussi loin que je me souvienne, chaque année la santé est LA priorité des Québécois.

Vous ne trouvez pas ça bizarre ? Pour moi, c’est la preuve que ce qu’on fait ne marche pas. Si le système de santé fonctionnait, ce ne serait pas une priorité année après année.

Chaque fois, le gouvernement se dit : « La santé est une priorité des électeurs, alors il faut que j’agisse ! » Et qu’est-ce qu’il fait ? Toujours les mêmes solutions : plus de bureaucratie, plus de cadres, plus de planification par les fonctionnaires… On lance quelques milliards de plus sur le problème, et rien ne change.

En 2010, un Québécois sur quatre est incapable de voir un médecin de famille. Les pédiatres sont introuvables. L’attente à l’urgence augmente, au lieu de diminuer. Qu’est-ce que ce sera dans dix ans, quand des centaines de milliers de baby-boomers vieillissants viendront remplir nos salles d’urgence ?  

Cessons de craindre le privé

Le privé est-il une solution miracle ? Non. Mais il peut aider. Nous laissons le secteur privé nous opérer les yeux et nous arracher les dents. Pourquoi ne pas laisser des entrepreneurs québécois se concurrencer entre eux, et venir aussi désengorger nos urgences ?

Ça se fait ailleurs, dans des pays considérés « à gauche ». Au Danemark, si vous attendez plus d’un mois pour une opération, on vous envoie dans un hôpital privé. En Suède, l’hôpital Saint-Georges – coté en bourse – est le plus efficace, le moins coûteux et le plus apprécié de Stockholm. Les Suédois, riches et pauvres, s’y font traiter sans payer un sou.

En France, 40% des hôpitaux sont privés à but lucratif. Leurs chirurgies sont accessibles à tous, payées par l’État. En Belgique, la contribution du privé a éliminé le temps d’attente. Imaginez : on peut obtenir un rendez-vous et consulter un médecin spécialiste… le jour même !

Dans ces pays, on finance les hôpitaux publics selon le nombre de cas traités. Le patient devient une source de revenu, et non de dépense. On incite les hôpitaux à être efficaces. Résultat : l’attente est minime, voire inexistante. Mais surtout, tous – riches et pauvres – sont couverts par l’assurance-maladie. Je répète : il n’y a pas de système à deux vitesses.

La Colombie-Britannique expérimente d’ailleurs cette façon de financer les hôpitaux au moment ou vous lisez ces lignes.

Les pays d’Europe ont compris une chose : le « privé » n’est pas un Bonhomme Sept Heures. Bien encadrés, des entrepreneurs privés en situation de concurrence peuvent contribuer au système de santé. Sans qu’on sacrifie l’assurance-maladie pour tous. Le rôle de l’État, c’est d’assurer une couverture médicale pour tous ses citoyens. Pas de fournir le service.

Notre modèle de santé est moins accessible et moins juste que les systèmes européens. Ici, on préfère laisser crever nos concitoyens sur une liste d’attente plutôt que de faire confiance à nos entrepreneurs. Il est temps que ça change.