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Institute of Economic Affairs

Publié le 4 octobre 2010
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Lorsqu’on leur parle de l’Institute of Economic Affairs de Londres, dont la contribution à l’étude et à la diffusion des idées libérales révolutionna la politique britannique, les Européens pensent qu’il s’agit là d’un think tank lointain et sans importance pour nous. Ils se trompent lourdement : nombre de ses idées sont arrivées jusqu’à nous au travers de ses publications et ont influencé quelques-uns de nos gouvernements.

En 1946, un pilote de chasse de la RAF amplement décoré, Anthony Fisher, lut dans Reader’s Digest un résumé de La route de la servitude de Friedrich Hayek. Impressionné, celui-ci décida de rendre visite au professeur de la London School of Economics avec l’intention de lui demander ce qu’il pouvait faire pour empêcher le Royaume-Uni de courir vers l’abîme du socialisme. Devait-il entrer en politique ? En aucune manière, lui répondit Hayek : le cours des sociétés est seulement modifié par les idées. Il fallait s’adresser aux journalistes, aux professeurs, aux intellectuels. C’est seulement quand ceux-ci seront disposés à écouter et, partant, à se laisser convaincre, que les politiciens changeront de cap.

Fisher suivit le conseil. Et après avoir fait fortune en créant la première ferme d’Angleterre où les poulets étaient élevés en batteries, il fonda en 1955 l’Institute of Economic Affairs dont il offrit le poste de directeur général à Ralph Harris. L’année suivante entrait Arthur Seldon, chargé des publications et rédacteur en chef. Les deux travaillèrent de manière complémentaire : Harris, l’homme des relations publiques, le magicien découvreur de fonds privés ; Seldon, garant de la qualité des publications, miracles de vulgarisation scientifique. L’anglo-catholique Harris, futur Lord Harris of High Cross, pipe au bec et noeud de papillon, et le juif Seldon, bègue et timide ; tous deux fils de la classe ouvrière.

La Grande-Bretagne vivait des heures graves. Le gouvernement travailliste de 1945-1951 avait monté un État providence à partir des pièces que, peu à peu, les politiciens de tous les horizons avaient forgées depuis 1911. Alors que l’Allemagne vivait son miracle économique grâce aux réformes libérales d’Erhard, les Britanniques se rendaient armes et bagages au keynésianisme, au contrôle des changes, des prix et des salaires, à la planification, aux pensions publiques, à la santé « gratuite » et à l’éducation étatique. Le pire fut que les gouvernements conservateurs qui suivirent (Churchill, Eden, Heath) adoptèrent des politiques de paternalisme conservateur et socialisant. Ensemble, les politiciens britanniques conduisirent le pays à l’hiver du désastre de 1978-1979 – The Winter of Our Discontent – , qui vit se concentrer les grèves des mines de charbon, de la poste, des transports, des éboueurs et se réduire à trois jours par semaine la fourniture d’électricité aux industries.

Mais déjà avaient commencé à se répandre les idées de l’Institute of Economic Affairs : défense de la publicité commerciale, liberté des prix dans le commerce ; l’escroquerie des pensions publiques ; l’erreur de la « gratuité » des services publics ; le monétarisme pour expliquer l’inflation, etc. Il serait fastidieux de citer tous les ouvrages ou articles publiés alors. Le miracle se produisit et s’appela Margaret Thatcher. Elle reconnut elle-même que l’Institute of Economic Affairs créa le climat qui rendit possible la victoire du conservatisme libéral, cette combinaison de laboriosité victorienne et de liberté économique. Sans aucun doute, nombre des idées défendues par son équipe d’auteurs servirent de munitions à la Dame de Fer lors de ses réformes. L’institut, cependant, resta toujours indépendant des partis politiques et des gouvernements. Ainsi, il n’hésita pas à critiquer Thatcher, surtout lorsque cette dernière s’entêta à vouloir maintenir le monopole de la santé détenu par le National Health Service, qui, comme l’avait prévu Seldon, se révéla être un retentissant échec. Autre prédiction de Seldon, faite en 1980, qui sera brillamment confirmée : « La Chine sera capitaliste, l’URSS disparaîtra ; le parti travailliste ne gouvernera plus jamais avec les dogmes du passé. »

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