Christine O’Donnell ou la revanche du peuple

Christine O'Donnell (Crédits Gage Skidmore, licence Creative Commons)

Contredire les dogmes keynésiens, est une hérésie que la classe politique et médiatique bien-pensante ne pardonne pas

Christine ODonnellChristine O’Donnell vient de remporter la primaire du Delaware à plus de 53 %, mettant à la retraite un candidat républicain centriste, social-démocrate ! En novembre, elle sera opposée au suppléant de Joe Biden, le vice-président américain qui brigue un 7e mandat de sénateur. C’est la revanche de la classe moyenne contre l’establishment. Primaire après primaire, le Tea Party est en train de gagner son pari, installant des candidats issus du peuple, exigeant des vieux politicards de Washington, républicains ou démocrates, qu’ils revoient leur copie, notamment sur la fiscalité.

Lynchage médiatique

Comme d’habitude les médias lui ont intenté un procès en sorcellerie : puritaine, bigote, créationniste… bref, fanatique. Certes, Christine O’Donell, d’origine irlandaise, a des opinions sociales catholiques plutôt traditionnelles. Dans les années 90, âgée de vingt-cinq ans, elle avait éprouvé le besoin militer publiquement, lors d’une campagne d’éducation, pour l’abstinence sexuelle avant le mariage, contre la masturbation et contre l’avortement. On apprécie ou pas… Mais aujourd’hui la presse essaie de faire croire qu’elle aurait mené campagne pour les primaires 2010 sur ces thèmes-là pour la discréditer et l’assimiler à Bush Jr.

Répondant aux attaques dont elle fait l’objet, elle a déclaré récemment que le comportement sexuel était une affaire personnelle, et que son action politique était fondée sur la Constitution, et non sur ses opinions personnelles. Elle a dit vouloir une Amérique qui respecte les croyances de chacun et qui n’essaie pas d’imposer, via l’école publique, une propagande d’Etat, qu’elle soit créationniste ou évolutionniste, pro-choice ou pro-life etc. Mais les médias n’en n’ont cure.

Les vraies questions, occultées par les médias

En réalité, elle a gagné son élection parce que les républicains dans le Delaware ont décidé qu’elle était la meilleure alternative aux démocrates, non pour des raisons morale ou religieuses, mais pour son analyse des questions économiques. Toute sa campagne était centrée sur les questions économiques : « small government », réduction des impôts, abrogation de la réforme de santé et de la nationalisation des prêts étudiants, création d’emplois. Et elle accuse les deux partis de l’establishment d’avoir appauvri la classe moyenne avec la politique de relance et l’augmentation faramineuse des dépenses publiques. On est bien loin d’une campagne à la Bush…

De fait, cette femme en sait plus sur l’économie réelle que la plupart des politicards séniles qui occupent le Congrès. Ceux qui ont une petite connaissance de l’anglais et de l’économie pourront apprécier l’interview qu’elle a donnée le 31 juillet dernier sur PJTV. Elle y explique très bien la nécessité de réduire la réglementation et les impôts : les entreprises doivent accumuler des capitaux privés si elles veulent se développer et donc embaucher. A l’inverse, l’« ObamaCare » et les plans de relance vont augmenter considérablement le coût du travail, obligeant les entreprises à licencier. Les électeurs le savent et ne s’y sont pas trompés.

L’enjeu des élections de mi-mandat

Christine O’Donnell incarne une nouvelle génération d’américains, qui ne s’identifie ni à Bush, ni à McCain, hommes du passé, ni à Obama, gadget électoral et sans âme. D’où la complexité du Tea Party, ce mouvement de contestation, qui transcende les étiquettes politiques traditionnelles et tente de trouver sa place dans le débat. Quel que soit le résultat en novembre, le Tea Party est d’ores et déjà un succès populaire.

Reste à voir si la colère des électeurs peut déboucher sur une véritable recomposition du paysage politique américain ou si elle restera un feu de paille. Sur un plan économique, les candidats soutenus par le Tea Party offrent incontestablement une alternative à tous les centristes qu’ils soient de droite ou de gauche. Par contre, sur un plan strictement politique, il y a un gros risque de défaite électorale des Républicains pour la majorité au Congrès. Contredire les dogmes keynésiens, est une hérésie que la classe politique et médiatique bien-pensante ne pardonne pas. Et c’est d’abord pour cette raison que les candidats du Tea Party sont diabolisés. Que cela affaiblisse le GOP (Grand Old Party) et fasse gagner les démocrates au Congrès, est fort possible. Si la droite est divisée, elle court à sa perte, en tout cas à court terme. Mais en même temps, un tel mouvement anti-système n’obligera-t-il pas le parti Républicain à faire sa révolution intellectuelle et à redéfinir sa ligne politique et économique ? Tel sera l’un des enjeux de ces prochaines élections.