Pokémon Go : le futur des jeux vidéo est déjà là

Publié Par Aurélien Chartier, le dans Technologies

Par Aurélien Chartier.

La franchise Pokémon a beau avoir plus de 20 ans, elle ne s’est jamais aussi bien portée que depuis moins d’un mois et la sortie de Pokémon Go, jeu de réalité augmentée pour smartphones développé par Niantic, ancienne filiale de Google. Celle-ci était déjà à l’origine d’Ingress, autre jeu pour smartphone de réalité augmentée qui était sorti en 2014 et qui avait eu un certain succès aux États-Unis. La réalité augmentée, dont le principe est d’incruster des objets virtuels par-dessus notre perception de la réalité, restait jusque-là un concept assez peu connu du grand public.

Pokémon Go s’inspire des principes des autres jeux Pokémon et y ajoute les principes de réalité augmentée. La carte du monde dans lequel se déroule le jeu est superposée aux rues et routes réelles. Le joueur peut se déplacer sur cette carte en se déplaçant avec son téléphone. La base du jeu est la même que pour les jeux classiques : explorer les environs pour trouver des Pokémons sauvages et les attraper, un des buts du jeu étant de trouver tous les Pokemons existants. Lors de l’apparition d’un Pokémon, une image de celui-ci se retrouve superposée à ce que voit la caméra du téléphone.

Une farce devenue réalité

Anecdote amusante : le principe du jeu est basé sur  un poisson d’Avril de Google en 2014 où Google Maps avait annoncé un challenge Pokémon dont le principe était similaire à Pokémon Go. La carte influe également sur le type de Pokémon qui apparaît. Ainsi, les Pokémon de type eau sont plus fréquents à proximité de points d’eau. Enfin, un autre point important du jeu est la présence de Pokéstops (où le joueur peut trouver des objets utiles dans le jeu) et d’arènes (où le joueur peut combattre virtuellement d’autres joueurs). Ces endroits virtuels se trouvent situés près de points d’intérêts du monde réel. Le jeu, sorti début juillet aux États-Unis, connaît vite un immense succès, avant de sortir en Europe un mois plus tard. La sortie en France se retrouve retardée en raison de l’attaque terroriste de Nice.

Le succès de Pokémon Go présente un contraste net avec un précédent projet de Google visant à démocratiser la réalité virtuelle, à savoir les Google Glass. Ces lunettes permettaient d’avoir accès à un large panel d’applications de réalité augmentée, mais avaient causé de nombreuses polémiques en raison d’atteintes à la vie privée, car elles permettaient de filmer d’autres personnes à leur insu. Bien qu’elles aient montré leur utilité dans le domaine de la chirurgie, Google finit par les retirer de la vente. En comparaison, Pokémon Go a beau avoir causé quelques polémiques, il y a peu de chances que cela aboutisse au retrait du jeu.

La plus importante de ces polémiques est causée par le fait que les joueurs se retrouvent incités à aller explorer des endroits non usuels afin de capturer des Pokémons, le tout sans forcément faire attention à ce qui se passe autour d’eux. De nombreuses histoires ont vu le jour attribuant au jeu des accidents de voiture, des chutes de falaise, et même un meurtre, bien que un certain nombre se soit révélées fausses. Plusieurs mémoriaux ont également exprimé des craintes de voir des gens jouer dans un lieu qui ne s’y prête guère.

Démocratisation de la réalité virtuelle

Malgré ces polémiques, ce jeu présente une avancée très intéressante dans le domaine des jeux vidéo. Alors que ces derniers avaient une image reliée à un style de vie malsain, avec le cliché du joueur enfermé chez lui à manger des pizzas surgelés, voilà que les évolutions récentes promeuvent exactement le contraire. Tout d’abord, la démocratisation massive de la réalité virtuelle voit apparaître une nouvelle génération de joueurs qui font de l’exercice physique tout en jouant. Au point d’en arriver à avoir des courbatures après de longues séances de jeu !

Pokémon Go permet aussi de mettre à bas l’autre cliché du joueur confiné chez lui avec des dizaines de joueurs qui arpentent des rues à la recherche de Pokémons, tout en découvrant des détails architecturaux auxquels personne ne prêtait attention auparavant. Le concept de healthy gaming n’en est qu’à ses débuts, mais est déjà très prometteur.

Un autre point novateur du jeu est son business model où les joueurs peuvent acheter des lures qui permettent d’accroître la fréquence d’apparition des Pokémons à un endroit donné. Le lure fonctionnant à la fois pour le joueur l’ayant acheté, mais également tous les autres, de nombreux commerces locaux ont rapidement compris qu’ils pouvaient utiliser cet outil à leur avantage pour attirer les joueurs de Pokémon Go dans leur magasin, restaurant ou bar. D’autant plus qu’un lure ne coûte qu’un dollar pour une demi-heure. Le Financial Times rapporte ainsi le cas d’une pizzeria qui a augmenté sa fréquentation de 75% en investissant seulement 10 dollars dans le jeu. La prochaine étape est de monter des partenariats avec des chaînes de magasins afin d’établir des Pokéstops dans chacune de leur branche.

Net succès, la sortie du jeu a aussi eu un effet très positif sur l’action en bourse de Nintendo qui a quasiment doublé en une semaine, avant de rechuter après l’annonce que le succès du jeu se traduirait par des bénéfices limités. De son côté, Niantic est désormais évaluée à plus de 3 milliards de dollars.

Difficile de prévoir les prochaines évolutions du jeu et de la réalité augmentée en général, mais il semble maintenant acquis que sa démocratisation va changer de façon durable les comportements des joueurs, ainsi que les business model du jeu vidéo et du commerce de proximité.

  1. Bah, tant que les joueurs respectent la liberté et la propriété privée d’autrui, et se gardent de dicter l’attribution des ressources publiques en fonction de leur « vision » de l’avenir… Il y a près de 30 ans que la réalité virtuelle peine, faute de moyens, à décoller pour des applications comme les interventions des secours dans des lieux avec lesquels ils ne sont pas familiers. L’inondation buzzique de Pokémon Go risque fort de se dissiper, comme le firent en leur temps la mode des pins et celle des porte-clés publicitaires, sans avoir ouvert la moindre serrure de l’asservissement social abrutissant à des comportements collectivistes.

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