Comment sauver l’agriculture française ?

Publié Par Sébastien Maurice, le dans Agriculture

Par Sébastien Maurice.

vache credits ian britton (licence creative commons)

vache credits ian britton (licence creative commons)

Plutôt que davantage d’aides de l’État, la vraie solution pour sauver l’agriculture française consisterait à sortir des griffes de l’État ce secteur essentiel à notre économie. Pour paraphraser Ronald Reagan, « la manière dont le gouvernement considère l’agriculture peut être résumée ainsi : si ça bouge, taxez ; si ça continue à bouger, réglementez ; si ça s’arrête de bouger, subventionnez ».

La France reste la première puissance agricole d’Europe et le troisième exportateur mondial, à égalité avec le Brésil. Pourtant la plupart des petits producteurs sont presque dans l’incapacité de vivre décemment de leur travail.

La chute des prix des matières premières à des niveaux proches des plus bas de la crise de 2008 explique en partie la situation, mais le secteur est également miné par des problèmes structurels beaucoup plus profonds.

Les syndicats réclament toujours plus de subventions et de protection contre la concurrence étrangère. Pourtant, à l’origine de l’esprit paysan, il y a la fierté de vivre de son travail et de nourrir son pays. Les agriculteurs n’ont pas vocation à devenir des fonctionnaires dépendants de l’argent public. Ce sont de véritables entrepreneurs au service des consommateurs et fiers de leur indépendance.

La fausse solution des subventions publiques

Par le biais de la PAC (politique agricole commune), l’agro-business français reçoit chaque année plus de dix milliards d’euros de subventions. Ainsi presque 20 % des recettes du secteur proviennent des subventions de l’union européenne. Certaines années les aides atteignent jusqu’à plus de 90 % des bénéfices réalisés en France par ce secteur. Mais ne croyez pas que ces subventions viennent en soutien aux petites exploitations…

Comme tout bon mécanisme bureaucratique qui se respecte, le calcul des subventions repose sur des critères purement quantitatifs qui ont pour effet de récompenser la production de masse. Bien entendu, il ne s’agit pas de s’opposer à l’agriculture intensive et à grande échelle, grâce à laquelle il est possible de nourrir une population de soixante-cinq millions d’habitants grâce aux efforts d’environ un million de travailleurs agricoles seulement.

Cependant, ce mécanisme vient fausser le fonctionnement du marché en encourageant le développement des exploitations intensives, au détriment des productions à plus petite échelle, mais à plus forte valeur ajoutée. La PAC permet donc de soutenir les grandes exploitations industrielles mais laisse au bord de la route les petits agriculteurs indépendants.

Ainsi 60 % des exploitations en Europe reçoivent moins de 20 000 euros d’aide par an, soit moins de 20 % du montant total du budget alloué à la PAC. Un symbole frappant de l’injustice du mécanisme de répartition de la PAC est l’attribution de plusieurs millions d’euros d’aides au titre des subventions agricoles européennes à la Reine d’Angleterre ainsi qu’à plusieurs autres membres de la famille royale, grands propriétaires terriens. De grands groupes agro-alimentaires, comme le suisse Nestlé, reçoivent également des millions d’euros d’aides chaque année.

L’expérience du Brésil et de la Nouvelle-Zélande : prospérité non subventionnée

hollande vache rené le honzecL’expérience nous prouve que l’agriculture n’a nullement besoin de subventions pour prospérer. Ainsi le Brésil, souvent surnommé la « nouvelle ferme du monde », ne prévoit quasiment aucune subvention pour son agriculture (environ 0,2 % des recettes du secteur).

Un autre exemple fascinant est celui de la Nouvelle Zélande, longtemps caractérisée par une politique agricole parmi les plus interventionnistes au monde. Le ministre des Finances Roger Douglas décide à son arrivée en 1984 de supprimer la quasi-totalité des subventions agricoles afin de résoudre une crise budgétaire. Ces dernières représentaient alors près de 40 % des recettes du secteur, soit quasiment l’intégralité des bénéfices des exploitations. Deuxième remède de cheval, il décide également d’éliminer les taxes douanières pesant sur les importations de denrées agricoles.

Résultat ? Au lieu d’un effondrement du secteur l’année suivante, seulement environ 1 % des exploitations ont disparu. Sur le long terme, tout le monde reconnaît que cette réforme a été salvatrice. Malcom Bailety, président de la Fédération néo-zélandaise d’exploitants agricoles, affirme qu’aucun agriculteur « Kiwi » ne voudrait aujourd’hui revenir à l’ancien système. La part de l’agriculture dans le PIB Néo-Zélandais est aujourd’hui à un niveau exceptionnellement important en comparaison des autres pays développés.

Sébastien Maurice agriculture

Sources : Banque mondiale, World Development Indicators, Division statistique des Nations Unies, Millenium Developement Goals Database

Voici ce qu’écrivait récemment dans une de ses lettres aux adhérents l’un des principaux syndicats agricoles de Nouvelle-Zélande :

« Les subventions restreignaient l’innovation, la diversification et la productivité en corrompant les signaux et nouvelles donnes des marchés. Cela aboutit à un gaspillage des ressources et eut un effet négatif sur l’environnement. Une grande part des agriculteurs de pâture avait une exploitation dans le seul but d’obtenir des subventions. Leur arrêt a donné naissance à une économie rurale vivante, diversifiée et durable. Les agriculteurs néo-zélandais sont fiers de leur indépendance et sont décidés à ne jamais plus être soumis aux subventions gouvernementales ».

Un autre point intéressant concerne l’effet écologique de la réforme. La suppression des subventions a conduit à une réduction de l’usage des engrais, entrainant une amélioration de la qualité de l’eau en Nouvelle-Zélande.

En finir avec le carcan réglementaire 

agriculteurs fonctionnaires rené le honzecPour reprendre (encore une fois) ce bon vieux Ronald Reagan, « le gouvernement n’est pas la solution à vos problèmes ; le gouvernement est le problème ».

L’empilement des normes nationales et européennes a conduit à un véritable carcan réglementaire pour les agriculteurs, particulièrement difficile à gérer pour les petites exploitations.

Croyez-le ou non, mais les directives européennes encadrent la vitesse minimum des essuie-glaces des tracteurs, les dimensions des cages à poules et le taux de sucre des confitures… même le poids minimum d’une banane (variable bien évidemment en fonction du mode de culture), sa longueur et sa courbure sont à présent standardisés…

Le respect de toutes ses normes souvent absurdes et inutiles  coûte cher aux petites exploitations, mais également au contribuable qui doit financer l’entretien des armadas de fonctionnaires chargés d’en assurer le contrôle. Ainsi, le budget du ministère de l’Agriculture représentait 4,9 milliards d’euros en 2014 et il employait 34 000 fonctionnaires, chiffre en constante augmentation alors que le nombre d’exploitations ne cesse de diminuer…

Le secteur agricole se porterait beaucoup mieux si les agriculteurs étaient autorisés à exercer leur métier librement au lieu de suivre les directives de bureaucrates urbains inexpérimentés.

Les réglementations, en plus du coût qu’elles imposent directement à la filière ont également pour conséquence de freiner la modernisation et l’extension des petites exploitations. Or ces exploitations auraient besoin d’atteindre une taille critique pour amortir leurs frais. En effet, Le Figaro nous apprend qu’en moyenne une exploitation laitière en France ne compte que 53 têtes, contre une moyenne de 400 en Europe du Nord. La Fédération nationale porcine fait le même diagnostic :

« parmi les entraves au développement et à la modernisation des élevages, le carcan réglementaire est en tête de liste. Redonner aux éleveurs la liberté d »entreprendre passe par un assouplissement de ce carcan » (La France Agricole, 21.06.13).

Le mur de la réglementation européenne n’est pas le seul mur à abattre si nous voulons rétablir un marché libre dans le secteur agricole et redynamiser l’esprit d’entreprise. Il est également nécessaire d’en finir avec le corporatisme au niveau national. Les syndicats agricoles, la SAFER et la Chambre d’agriculture (qui compte un effectif pléthorique de 8 000 fonctionnaires) possèdent un pouvoir démesuré sur la façon dont l’économie agricole du pays est gérée. Ils peuvent par exemple décider de qui a le droit de créer ou acquérir une exploitation et possèdent un droit de préemption sur toute transaction effectuée sur des terres agricoles.

Pourquoi ne pas récompenser ceux qui produisent de la valeur pour le consommateur final ? Pour cela une meilleure politique consisterait à supprimer la TVA pour le secteur agricole ainsi que les impôts fonciers, ce qui permettrait d’aider d’avantage les productions à forte valeur ajoutée, par opposition à un système d’aide uniquement basé sur les volumes. Une telle mesure pousserait les producteurs à penser d’abord à la façon de répondre aux besoins des consommateurs en créant de la valeur grâce au développement de la qualité et de l’innovation, au lieu de développer les productions qui permettent de collecter le plus de subventions.

Pour changer, plutôt que la route de la servitude, si on essayait d’emprunter celle de la liberté ?

Pour plus d’analyses de ce genre, c’est ici et c’est gratuit

  1. La route de la liberté?
    Est elle seulement possible avec un tel clientélisme et corporatisme?
    Sortir de la route des frustrés du clientélisme et du corporatisme parait chose impossible.
    Déja que tous les patrons de France sont considérés avant toute chose comme des percepteurs, considérer les agriculteurs comme fonctionnaires ne choque plus personne.
    Même les contribuables ne sont plus considérés comme payeurs, ne payent plus d’impôts et reçoivent des primes…
    Les fonctionnaires ne sont pas considérés comme salariés mais exception permanente et reçoivent des primes sans charges.
    Les salariés des entreprises publiques versent des revenus sans payer de cotisations chômage.
    Leurs employés d’EDF fabriquent pour eux l’électricité, les grand mères des agents SNCF voyagent gratos. Les politiciens professionnels voire Enarques cumulent 5 à 10 retraites, et continuent à travailler au delà de 62 ans1/2.
    Quand la moitié du pays ne court plus pour gagner sa vie mais court pour sa subvention, sa bonification ou privilège?

  2. La réponse néozélandaise a été d’intégrer verticalement la production agricole avec les premières étapes de transformation, et ce en main de coopératives qui méritent vraiment cette appellation. Le fameux conflit de marge entre agriculteurs, grossistes et transformateurs est ainsi résolu car le tout est entre les mêmes mains. Résultat: exportations massives de lait (mis en poudre dans des usines appartenant à ces coopératives) et de viande (abattoirs idem) à des prix compétitifs sur le marché mondial.
    Taille moyenne d’une exploitation agricole: NZ 252 Ha, France 55 Ha, Allemagne 56 Ha.
    http://www.beeflambnz.com/Documents/Information/Compendium%20of%20New%20Zealand%20farm%20facts.pdf

  3. L’humain a besoin de s’alimenter avec des végétaux sains et de bon goût.
    Manger de l’animal est assez inutile pour l’organisme humain.
    Ceci est un besoin prioritaire, primaire, pour notre organisme et devrait définir l’objectif de l’agriculture.

    Aujourd’hui je constate que c’est le chaos, je pense que c’est dû au chemin qu’a pris l’agriculture, qui n’a rien à voir avec l’objectif initiale.

    1. parlez pour vous…
      moi, je veux manger de la viande, de la charcuterie et des produits laitiers.
      rien ni personne ne doit définir d’objectif à l’agriculture ou aux agriculteurs, et surtout pas ceux qui voudraient décider sans en payer le coût ou les conséquences.
      c’est à chaque paysan de définir son propre objectif.

      1. Normal : le lait est un véritable poison pour l’organisme.

      2. Merci d’avoir ressorti ce lien, les commentaires y sont croustillants.

    2. « Manger de l’animal est assez inutile pour l’organisme humain. »

      Essayez-donc d’expliquer ça aux populations vivant dans des régions de permafrost. Juste pour rire.

  4. Paradoxalement, ce sont les socialistes qui pourraient imposer cet arrêt des subventions au monde agricole, vu que ce n’est pas leur électorat et que cela leur permettrait de réduire certaines dépenses de l’Etat (pour financer d’autres priorités sociales).
    S’ils ne le font pas, c’est plus pour protéger la raison d’être des fonctionnaires qui régulent l’agriculture, qui sont leur base électorale. Et aussi car ils ont encore l’illusion que c’est l’Etat qui doit trouver les solutions à la crise.
    Comme d’habitude, les solutions sont TSL, Tout Sauf la Liberté, vu que c’est toujours le libéralisme qui est désigné comme coupable dans tous les discours des politiques en France.

    1. « vu que ce n’est pas leur électorat »

      Sauf qu’une partie de certains bastions traditionnels de la gauche votent désormais FN. Tout est bon pour ratisser large : pourquoi croyez-vous que le gouvernement s’est couché devant les Bretons et qu’il arrose à tout va à six mois d’une élection ?

      1. « pourquoi croyez-vous que le gouvernement s’est couché devant les Bretons  »
        ??? c’est nouveau, ça vient de sortir?

        1. L’écotaxe… ou hé coco taxe…

          1. L’écotaxe était d’une bêtise sans nom, puisqu’elle augmentait le coût de transport d’une région déjà excentrée . hé oui, la Bretagne est une péninsule, le fret est plus cher qu’ailleurs car c’est un cul de sac. Rajoutez ce surcoût à des industries plutôt primaires (agro alimentaire) fortes demandeuses en main d’œuvre, c’était une hérésie économique.
            J’ai été déçu du silence assourdissant des libéraux au moment des manifestations des bonnets rouges. Pour une fois que les acteurs économiques (patrons, salariés, indépendants) s’opposent ensemble contre une décision économiquement suicidaire, c’eut été bien de le mettre en exergue.
            A l’époque, Christian Saint Etienne approuvait l’écotaxe en disant que ça allait permettre aux transporteurs d’optimiser leurs transports, il montrait par là que tout libéral qu’il fût, il lui restait un solide fond étatiste, les transporteurs n’avaient pas attendu une taxe supplémentaire pour optimiser leurs coûts.
            Alors, ensuite, pleurer sur le coût d’Ecomouv, la faute est à regarder du côté des politiques de la mandature précédente avec les écologistes de l’époque (Borloo, NKM…).

    2. haha oui tout à fait d’ailleurs on dit que le ministre des finances néo-zélandais qui a supprimé les subventions aurait déclaré que de toute façon les agriculteurs votent pour le parti national alors autant ne pas les ménager…:-)

  5. N’oublions pas que la majeure partie de la production agricole française passe par les coopératives agricoles (hors vins et alcools). Une grande partie des problèmes de l’écoulement de ces produits, en particulier sur les marchés européens et hors Europe, est due à l’incapacité de ces structures protégées et privilégiées par l’Etat français depuis de nombreuses années. Incapacité à se moderniser, refus de se réorganiser en des structures de taille compétitive, refus de se débarrasser de petits barons locaux et incompétents qui s’accrochent à leurs postes d’administrateurs.
    Si les contraintes des coopératives étaient celles de structures privées elles se seraient déjà restructurées ou auraient disparues.
    Et ces coopératives sont théoriquement aux mains des agriculteurs.

    1. En Hollande, les coop désignent un PDG qui rend compte à son conseil d’administration, composé d’agriculteurs.
      En France, il reste toujours un président et un DG.
      ça nuit forcement à l’efficacité de l’entreprise.
      En production laitière, les grands groupes sont privés (Lactalis, Bongrain), les coop ayant disparu de la circulation des segments à plus forte valeur ajoutée.

      1. Même sur des produits à haute valeur ajoutée les coops dorment sur leurs rentes et ne cherche pas à se développer (exemple le foie gras où la plupart des marques appartiennent aux coop) . Sur le marché des commodités, type lait, rien n’empêcheraient les coops (sodiaal et d’autres) d’avoir un dynamisme commercial comme dans d’autres pays. Mais les coops n’ont pas d’approche commerciale ni marketing. Les coops céréalières n’arrivent même pas à s’adapter aux exigences de qualité des différents pays (Maghreb, Egypte..). Ce qui manque aux coops c’est l’aiguillon du besoin : même si elles fonctionnent mal elles se regroupent sans recherche de productivité mais avec inflation du nombre d’administrateurs.
        Dans les coops, les dirigeants font plus de politique interne que de commerce. Il n’y a que rarement des stratégie commerciale à l’export, sans doute à cause des manques de compétences en marketing international des dirigeants.
        Malgré leur taille globale importante (total des coops 80 milliard de CA, je crois) ces structures sont trop souvent sclérosées, sans volonté de développement.
        Trop souvent, leur objectif n’est que de se pérenniser, en priorité au bénéfice de leur propre organisation.
        Et les coops, contrairement aux structures privés ne payent pas pratiquement pas d’impôts sur les sociétés.

  6. « Le ministre des Finances Roger Douglas décide à son arrivée en 1984 de supprimer la quasi-totalité des subventions agricoles afin de résoudre une crise budgétaire. »
    Les agriculteurs néo-zélandais ont ils tout cassés à ce moment là ? Il y a aussi une question de culture qui fait qu’un néo-zélandais accepte plus facilement une décision de l’autorité qu’un français. Pourtant l’exemple NZ est à suivre mais il faut prévoir la folie casseuse du français.

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