Cinéma : critique de The Lunchbox

Publié Par Oliver Rach, le dans Cinéma

Par Olivier Rach.

The LunchboxThe Lunchbox (titre original : Dabba), premier long métrage du réalisateur indien Ritesh Batra, met en scène deux personnages principaux dans la Mumbay moderne. Saaja Fernandes, veuf, est un employé en comptabilité, sur le point de partir en préretraite. Cet homme taciturne et solitaire, au visage impassible, se voit chargé de former un remplaçant lors de son dernier mois de prestation. Ila Singh, quant à elle, est une femme au foyer délaissée par son mari et mère d’une petite fille. Pour tenter de regagner le cœur de son époux, elle met tout le sien dans sa cuisine. Ne dit-on pas que l’amour passe par l’estomac ? Transitant par le système à haute logistique des dabbawallahs, les repas amoureusement concoctés par Ila sont victimes d’une erreur d’acheminement et aboutissent entre les mains de Saaja. Progressivement, par le biais de la dabba, une relation épistolaire s’établit entre les deux inconnus.

Dans ce film, Ritesh Batra peint l’âme avec un certain talent. Provoquant parfois le rire, suscitant l’émotion, il représente, par des silences, par des gros plans, par la voix off dévoilant la correspondance échangée entre les deux personnages principaux, par des non-dits aussi, il représente — disais-je — les tourments universels qui minent l’existence humaine. Sa caméra s’accroche aux visages, centres névralgiques de la pensée et de l’émotion, et laisse poindre en arrière-plan l’agitation de la grande cité indienne, la calme routine du bureau, l’immobilisme sépulcral du chez-soi. Les scènes se succèdent et l’irréversibilité du temps s’impose peu à peu comme le motif caché de cette production.

Le thème de l’amour et de la cuisine avait déjà été exploité avec brio par Wong Kar-Wai dans In the Mood for Love. Avec The Lunchbox, Ritesh Batra le renouvelle dans un décor autrement exotique, celui de l’Inde qui se développe. Au contraire de son homologue hongkongais, le réalisateur indien ne peut compter sur une musique hypnotique ou sur des images à la photographie soigneusement étudiée. Il livre toutefois un délicieux premier opus, qui se laisse regarder sans lassitude jusqu’à la dernière seconde. La fin, plus subtile qu’il n’y paraît, invite le spectateur à se plonger dans ses souvenirs immédiats ; son corollaire n’est pas sans rappeler, lui aussi, la trame d’In the Mood for Love.

Fan, ou pas, de cuisine indienne, vous ne sortirez probablement pas de la salle de projection sans quelques gargouillis au ventre. Fan, ou pas, de cinéma indien, vous garderez certainement quelque souvenir épicé de cette production.

The Lunchbox, comédie dramatique indienne (2013) de Ritesh Batra, avec Irrfan Khan, Nimrat Kaur. Durée : 1 heure 42.

  1. En effet bon film, une façon de voir l’Inde sans passer par Bollywood ou le regard d’un réalisateur occidental.
    L’anecdote de la logistique de livraison des repas sans planification centralisatrice est à lui seul un résumé vivant de l’école Autrichienne.

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