Quelles perspectives économiques pour 2013 ?

Publié Par Jean-Yves Naudet, le dans Économie générale

Comment être optimistes pour l’économie française en 2013 ? En cette période de vœux, nous aimerions annoncer de bonnes nouvelles, mais rien n’est plus dur.

Par Jean-Yves Naudet.
Article publié en collaboration avec l’Aleps.

La Défense, coeur économique de Paris

On la dévale à toute allure, pourtant la piste est noire. Comment être optimistes pour l’économie française en 2013 ? En cette période de vœux, nous aimerions annoncer de bonnes nouvelles. Les prévisions des divers organismes de conjoncture sont assez pessimistes, mais là n’est pas l’essentiel. Nous savons que l’année sera très mauvaise, non parce que les instituts le prédisent, mais parce que la politique suivie face à la crise est à l’inverse de ce qu’il faudrait faire. On parle beaucoup de la rigueur nécessaire, mais c’est une fausse et une mauvais rigueur.

Une croissance proche de zéro

Les derniers résultats de l’année 2012 et les prévisions pour 2013, ne portent guère à l’optimisme. Contentons-nous de deux sources officielles, l’INSEE et le FMI. Pour l’INSEE, la croissance économique a été quasi-nulle en 2012 : 0% au premier trimestre, – 0,1% au second, + 0,2% au troisième trimestre ; ces 0,2% avaient provoqué un certain enthousiasme, le gouvernement parlant de reprise, alors que nous avions expliqué que ce n’était qu’un trompe l’œil et qu’en réalité nous étions en quasi-récession. D’ailleurs, l’INSEE vient de rectifier ce 0,2% à la baisse à 0,1%.

le honzec - croissance en panneLe quatrième trimestre 2012 nous a hélas donné raison ; l’INSEE prévoit un recul de 0,2%, ce qui donnerait une croissance moyenne du PIB sur l’ensemble de l’année 2012 de 0,1% ! Bercy se veut plus optimiste et envisage + 0,3% pour l’ensemble de 2012 ; c’est donc un « optimisme » bien relatif et l’encéphalogramme est presque plat. Quant à 2013, on part sur des bases comparables et les prévisions de l’INSEE sont de 0,1% au premier comme au second trimestre. On est bien loin des 0,8% envisagés par le gouvernement pour justifier ses choix budgétaires pour 2013 ; il faudrait en effet au moins 1% de croissance aux derniers trimestres de l’année pour y parvenir, ce qui est impossible.

Le FMI ne nous rassure pas, puisque selon cet organisme, la croissance française serait de 0,2% en 2012 et de 0,4% pour 2013, soit moitié moins que les prévisions auxquelles s’accroche désespérément le gouvernement.

Certes tous ces chiffres sont sujets à caution, et nous ne sommes pas des inconditionnels de ces exercices de futurologie, mais il y a bien une certitude, c’est que la croissance 2013 sera en France presque nulle, et largement inférieure à la prévision gouvernementale.

Chômage en hausse, investissements en panne

Les autres variables n’incitent guère plus à l’optimisme. Comme le confirment les chiffres du chômage publiés fin décembre, la dégradation de l’emploi se poursuit inexorablement : le chômage est au plus haut depuis quinze ans et le nombre de chômeurs progresse en moyenne de 1% chaque mois. Le FMI prévoit, après un taux de chômage de 9,6% en 2011, 10,3% en 2012 et 10,6% en 2013. L’INSEE prévoit 10,9% dès le second trimestre 2013. La consommation, moteur de la croissance selon les keynésiens, ce qui est le cas des membres du gouvernement, est en panne : -0,1% au quatrième trimestre 2012, 0% au premier comme au second trimestre 2013.

Le vrai moteur de la croissance, l’investissement productif, va continuer à baisser au quatrième trimestre (-0,3%) et au premier trimestre (-0,2%), avec 0% au second. Or c’est lui qui prépare la croissance future. Sans investissement, la croissance sera en panne. Le pouvoir d’achat des ménages, avec une hausse de 0,6 %, retrouverait fin mars son niveau de septembre 2012, mais devrait ensuite reculer de 0,1 % au second trimestre.

L’illusoire objectif des 3% de déficit

Tout cela n’est pas sans conséquence dans le domaine des déficits publics et de la dette. On sait que le gouvernement a fixé un objectif de réduction du déficit de 4,5% du PIB à 3%. Or, le déficit dépend notamment des recettes. Si la croissance économique est plus faible que prévu, ce qui sera le cas, les recettes fiscales ne seront pas au rendez-vous et le déficit sera plus élevé. Ainsi les prévisions du FMI sont-elles formelles : la France n’arrivera pas à réduire ses déficits à 3% en 2013.

Il faudra alors prendre de nouvelles mesures budgétaires, sans lesquelles la France ne pourra retrouver la confiance des marchés et bénéficier de taux d’intérêt demeurés faibles. Sur la base d’un déficit de 3% du PIB, la France devrait quand même emprunter 169 milliards d’euros en 2013 ; avec 0,5% de déficit en plus, ce serait 10 milliards d’emprunts en plus !. La dette publique atteindra donc de nouveaux records.

Tout cela est assez dramatique et les Français commencent à ressentir durement la crise. D’autres problèmes s’accumulent à l’horizon, mais on a fait croire aux Français qu’ils sont réglés d’avance. En particulier, la lancinante question des retraites revient en force dans l’actualité et le déficit va rapidement redevenir explosif. Les réformettes réalisées, puis annulées, ont voulu rassurer l’opinion un instant, mais n’ont jamais rien réglé. De la sorte, l’explosion est inéluctable, dans des délais qui se rapprochent chaque jour. Ce qui est angoissant pour les retraites l’est aussi pour l’assurance-maladie.

Refus des réformes et fausse rigueur

Il y a à cette mauvaise situation de notre économie deux causes.

L’une a souvent été exposée ici : c’est le refus des véritables réformes. C’est le refus de réformer notre système social et notre Etat providence, et d’abord notre sacro-sainte Sécurité Sociale, ses retraites et son assurance-maladie ; c’est le refus de réformer notre système administratif, avec un nombre invraisemblable d’échelons ; c’est le refus des réformes du marché du travail, l’un des plus rigides au monde, en raison des syndicats les plus conservateurs et les moins représentatifs du monde ; c’est l’archaïsme de notre système éducatif, avec le refus de toute sélection et de toute concurrence ; c’est l’uniformité dans tous les domaines et le refus d’une véritable ouverture, dans les services publics comme dans les professions fermées. Tout cela est connu et n’est pas nouveau ; ces blocages sont anciens. Cela ne date pas de l’actuel gouvernement ; ceux qui l’ont précédé ont leur lourde part de responsabilités.

L’autre cause vient en revanche de l’actuel gouvernement. Il y a une dimension psychologique : la menace des nationalisations, la haine des riches, la fascination pour la toute puissance syndicale, etc. Et il y a les mesures concrètes : la fiscalité devenue confiscatoire, qui décourage tout effort productif et fait fuir les contribuables; la volonté de réduire les déficits par une fausse rigueur, celle qui consiste à accroître les impôts (20 milliards en plus pour 2013, sans compter le collectif 2012) au lieu de réduire les dépenses, ce qui contribue à nous entraîner vers la récession ; les rigidités nouvelles introduites, notamment sur les prix et toutes les petites mesures qui augmentent la bureaucratisation de notre économie.

La conclusion est bien simple : la situation de notre économie continuera à se dégrader tant que l’on n’aura pas rompu avec l’étatisme et la bureaucratie ; il faut radicalement changer de cap et en finir avec les mesures de façade. L’urgence ? Libérer l’économie française, privatiser, réduire le périmètre de l’Etat, baisser les dépenses publiques et les impôts, laisser jouer la concurrence. Au total : défiscaliser, déréguler, privatiser.

En clair : « laissez-faire et laissez passer ». C’est un Français qui a inventé la formule, et pour cause : il faisait partie d’une délégation de marchands venus se plaindre à Colbert des excès des impôts et des règlements. La pétition sera toujours d’actualité en 2013.

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  1. En clair , ça n’arrivera pas tant que l’actuelle « ENArchie » est au pouvoir.
    Seulement lorsqu’il y aura une révolution, ou équivalent (mouvement de masse des gens , par manque des vivres par exemple).
    Je sais , ça vous semble improbable, mais …

  2. Limpide et précis comme toujours.

    Une toute petite remarque sur « défiscaliser, déréguler, privatiser ».

    L’usage de Déréguler me paraît impropre, ça fait peur à bien du monde, mais surtout c’est confondu avec déréglementer. Il s’agit bien de déréglementer pour réguler sainement, puisque les réglementations introduisent des dérégulations et autres distorsions néfastes.

  3. Il va falloir comprendre qu’en France l’État a toujours été lié à l’économie, que ce soit à travers Jacques Coeur, Colbert, ou la mise en place des chemins de fers sous la monarchie de Juillet. Les grands chantiers ont toujours été effectués par l’État, le laissez-faire est incompatible avec la France. Quant à l’envie de rigueur, vous êtes des malades mentaux, forcez les Français à payer une dette appartenant aux banquiers, c’est détruire tout espoir pour la France et l’enchaîner à un cycle sans fin, regardez l’histoire de l’Amérique latine pour vous en convaincre. En attendant, il faut à tout prix sortir de l’Union Européenne, union capitaliste voulue et mise en place par les États Unis, Robert Schumann étant un agent mandaté par les entreprises Ford et Rockfeller, mais on va encore m’accuser de complotisme.

    1. L’économie se réduit aux grands chantiers ? La dette appartient aux banquiers ? L’histoire de l’amérique latine devrait nous inciter à ne pas croire aux vertues de la rigueur concernant les comptes publics et à la réduction du périmètre de l’état ? Enfin, l’union européenne est une union capitaliste dirigée par un conglomérat de grand patrons dictant leurs ordres aux travailleurs exploités sous la férule de la finance apatride ? Enlevez les lunettes déformantes du marxisme et regardez le monde tel qu’il est.

    2. La France c’est peut-être le pays de Colbert, mais c’est aussi celui de Turgot. La France, c’est peut-être le pays de Louis XVIII, mais c’est aussi celui de Bastiat et de tant d’autres. L’argument culturaliste ne tient pas, surtout pour un marxiste.

  4. Bonsoir,

    Dans les prochains jours, il faudra surveiller les négociations entre syndicats et patronats sur la réforme du marché du travail. Cela nous permettra de voir la capacité de la France à se réformer.
    Cependant, je met un bémol : les clichés des syndicats sur le monde capitalisme.

    Cordialement.

  5. « Robert Schumann étant un agent mandaté par les entreprises Ford et Rockfeller, mais on va encore m’accuser de complotisme »:
    Robert Schuman, un démocrate-chrétien, capitaliste ? LOL !

    Sinon je voulais vous poser une question pour éclaircir votre article:
    je void que vous parlez de déficit du PIB de 3%, mais j’avoue ne pas comprendre comment un PIB peut être en déficit. Vous voulez dire que le PIB de 2013 sera 3% moins élevé que celui de 2012 ?

    Autre question (parce que je n’y comprends pas grand chose): quelle est, concrètement, la différence entre dette publique et déficit public ?

    1. @NoName : c’est du vocabulaire usuel.
      La dette c’est ce qu’on l’a emprunté et qu’il faut rembourser
      Le déficit c’est l’écart créé par l’excès des dépenses sur les recettes sur une année.

    2. http://fr.wikipedia.org/wiki/Robert_Schuman#Controverse

      « Le 19 septembre 2000, le journal Daily Telegraph de Londres, par la voix d’Ambrose Evans-Pritchard, annonce que les archives dé-classifiées de l’administration Américaine pour les années 50 et 60 montrent que Paul-Henri Spaak, Robert Schuman et d’autres personnalités importantes dans les origines de la construction européenne étaient « employés » par les services américains6. Le journaliste explique que la communauté des services secrets a camouflé son action et a fait transiter des fonds par le biais des fondations Rockefeller et Ford, ce qui a été confirmé par la revue Historia en 20037. »

      Et oui, l’UE est ultra libérale, monnaie unique, disparition des frontières économiques, le libre échange libéral est dans le fond une variante de l’internationalisme.

      1. « le libre échange libéral est dans le fond une variante de l’internationalisme. »

        Et n’avoir le droit d’échanger ce qui t’appartient qu’avec une liste de gens agréé par les chefs de l’endroit ou tu réside c’est une variante de quoi exactement ?

        Spontanément me viens le mot prison….

          1. Le Sauralien: « ou Goldman Sachs s’est arrogé le droit des nations de battre monnaie. »

            Ah ouais, « la liberté c’est l’esclavage » etc. etc. + complots.

            En gros Soral c’est un social-nationaliste avec la composante paranoïaque et antisémite.

            Quand les anciens marxistes virent leurs cutti c’est vraiment moche.

  6. « Théorie du complot » est une expression passe-partout, conçue pour discréditer ceux qui seraient tentés de souligner l’existence d’intérêts convergents au sein de différents cercles ploutocratiques. Que de grands pontes s’asseoient sur les aspirations du plus grand nombre pour conserver leurs privilèges, tout ça n’a rien d’un fantasme conspirationniste, c’est juste la meilleure synthèse qui soit de l’histoire du monde.

    1. Reste à prouver comment goldman saxe « bat monnaie à la place des états » et comment la libertés des gens les rends esclave de la ploutocratie.

      Goldman sax combien de divisions ?

      1. Fin de l’étalon or, l’interdiction aux États d’emprunter à leurs banques centrales, récemment, en France a été voté une loi faisant passer le contrôle du budget à l’Union Européenne, donc des individus non élus. Tout ça dans le seul but d’instaurer l’austérité avec pour but final celui de renflouer les banquiers au détriment de la population.

        Je m’étonne que les gens voient encore de l’incompétence ou de la sénilité dans quarante années de prises de décision unidirectionnelles de leurs élites autoproclamées. C’est sans doute plus réconfortant, d’imaginer que la situation puisse découler de leur incapacité cognitive à opter pour le choix le moins nuisible, plutôt que d’admettre que les évènements sont voulus et planifiés en amont, en toute connaissance de cause.

        1. Le Sauralien: « plutôt que d’admettre que les évènements sont voulus et planifiés en amont,  »

          Coller des esprits supérieur qui planifient les choses est la base de toutes les religions et croyances terrestre. Ça vient d’une incapacité totale de compréhension des mécanismes en jeux et de l’angoisse de ce qui est en apparence inexplicable. Les explications des croyants sont parfois mignonnes mais systématiquement débiles. (tortues qui portent le monde, esprits malin, complots divers etc.)

          Quand on voit tout les effets non planifiés de la moindre petite loi fiscale ou civile et les marges de manœuvres, croire qu’une instance veuille ou même puisse piloter un bidule chaotique sur 40 ans c’est d’une imbécilité crasse. Quant aux slogans qui vont avec… et bien ils vont très bien avec.

          -Pour ne pas avoir à « renflouer les banquier » il ne faut pas leurs emprunter, et donc ne pas dépasser de 20% les budgets pendant 38 ans comme l’ont fait les gouvernements Français pour se payer des électeurs à crédits.

          -Si les banquiers voulaient cet argent ils n’avaient qu’a pas le prêter plutôt qu’ourdir de sombres complots mondiaux pour les récupérer depuis la base 51 avec leurs leader Elvis.

          -Si l’économie s’effondre ou que la population fini pauvre comme elle le menace actuellement il n’y a plus de banquiers non plus, vos esprits malin comploteraient donc pour se suicider depuis 40 ans…

          Débile.

          1. Il y a beaucoup plus en jeu que les simples banquiers, mais c’est précisément ce que tu ne veux pas voir. La création de l’UE, j’en ai déjà parlé, n’a pas pour but l’unification de l’Europe, mais la destruction des États nations européens, dans le but de leur in-féodalisation aux États-Unis, renseigne-toi sur les thèses de Pierre Hillard. C’est marrant comme les anti-conspirationistes proposent souvent des modèles analytiques bateaux, les élites occidentales étant simplement stupide selon votre point de vu, là où nous essayons d’aller un peu plus loin dans l’analyse, en mêlant différents types d’approches.

  7. La formule employée par Legendre face à Colbert était « laissez-nous faire »

    L’inventeur de la formule « laissez-faire, laissez passer » est Gournay (né en 1712 donc après colbert)