L’inévitable défaut souverain de la Belgique

Publié Par Patrick Smets, le dans Belgique

Il est concrètement impossible de rembourser la dette publique. Le défaut souverain de la Belgique est donc inévitable.

Par Patrick Smets, depuis Bruxelles, Belgique.

Casse-tête. Si la question des déficits publics est aujourd’hui au cœur de l’actualité, le problème de la dette elle-même reste tabou. Chacun veut croire que, moyennant une légère amélioration des finances publiques, la Belgique finira bien par rembourser sa dette sur le long terme. En réalité, quelques calculs simples permettent de se rendre compte qu’il est impossible d’éviter le défaut souverain.

La dette actuelle de la Belgique dépasse les 350 milliards d’euros pour une durée moyenne de 5 ans. Oublions tout de suite de rembourser cette dette à l’échéance. Le remboursement ne peut s’envisager qu’à long terme, par exemple sur 20 ans. Dans ce scénario, outre le montant brut de la dette, il faut tenir compte des intérêts, qui continuent à courir pendant la période de désendettement, et également de l’élimination des déficits annuels, pour ne pas réemprunter d’un côté ce qu’on rembourse de l’autre. En détournant un calculateur hypothécaire, avec un taux à 20 ans de 3%, chacun peut se faire une idée de l’effort budgétaire nécessaire. On parle de plus de 23 milliards par an auxquels il faut rajouter les 10 milliards de déficit annuel à supprimer, soit 33 milliards par an au total.

Le gouvernement est donc condamné à 20 ans d’austérité radicale où un tiers des recettes fiscales seront uniquement consacrées au remboursement de la dette. Quels que soient les partis au pouvoir, un tel effort, 10 fois plus important que celui du dernier budget, apparaît politiquement irréaliste. L’option du remboursement est donc tout simplement illusoire.

D’ailleurs, les experts ne parlent jamais d’un remboursement et visent plutôt un désendettement relatif, c’est-à-dire la diminution du rapport entre le montant brut de la dette et le PIB. Il n’est jamais question de réduire la dette, mais seulement de maintenir l’augmentation de la dette au-dessous de l’augmentation du PIB. Sur ce point, une grande règle se dessine (modèle de Domar). Pour qu’il y ait désendettement sur le long terme, il faut que le taux de croissance de l’économie se stabilise au-dessus du taux d’intérêt auquel emprunte l’État. Aujourd’hui, avec les taux d’intérêt historiquement bas que nous connaissons, certains s’imaginent qu’une relance économique permettrait ce désendettement. Hélas, les taux sont bas parce qu’il n’y a pas de croissance. Les investisseurs s’orientent sur les obligations d’État pour se protéger d’une récession. Dès lors que l’économie repartira, les taux se remettront à augmenter pour trois raisons : relèvement des taux de la BCE, retour des investisseurs vers les actions et anticipations des effets inflationnistes de la reprise.

Il y aura donc une sorte de course de vitesse entre le taux de croissance du PIB et les taux d’intérêt, la hausse du premier faisant augmenter les seconds. À moyen terme, si la BCE parvient à contrôler l’inflation, les taux d’intérêt se stabiliseront sans doute dans les alentours de 4 ou 5%. Pour apurer notre dette par la croissance, il faudrait donc que l’économie belge se mette à croître de plus de 5% par an ! Ce serait certainement une merveilleuse nouvelle, mais est-ce bien sérieux de compter sur une telle croissance alors que depuis 20 ans, notre taux de croissance moyen est de 1,1 % ?

Étant incapables de rembourser leur dette, et ne pouvant pas sérieusement compter sur la croissance pour leur venir en aide, les gouvernants caressent régulièrement une autre idée particulièrement malsaine : relancer l’inflation. En effet, comme toute personne qui a un prêt hypothécaire le sait, l’inflation avantage le débiteur aux dépens du créancier. Les mensualités restent constantes alors que la monnaie se déprécie, et donc relativement, la dette diminue. Dans le cas de la Belgique, cette méthode est vouée à l’échec, car la dette est de courte durée (moyenne de 5 ans). Tous les ans, nous devons faire rouler nos échéances en réempruntant ce que l’on est incapable de rembourser. Le retour de l’inflation aura un effet immédiat sur les taux d’intérêt qui vont exploser. Ce sera le grand plongeon pour nos finances publiques, avec une hausse des déficits et donc des sommes à financer et un retour de l’effet boule de neige. Seule une fuite dans l’hyperinflation permettrait de prendre le marché de vitesse. Qui osera prétendre qu’il s’agit là d’une solution ?

Chacun dans ce pays doit réaliser la situation dans laquelle nous nous trouvons. Il est concrètement impossible de rembourser la dette publique. Le défaut souverain de la Belgique est donc inévitable. Bien sûr, nous en ignorons la date, mais nous savons tous au fond de nous qu’il aura lieu un jour ou l’autre. Le choix qu’il nous reste est donc le suivant. Allons-nous nous enfouir la tête dans le sable en espérant que le système tienne quelques années de plus ? Ou allons-nous prendre les devants en profitant d’une situation encore plus ou moins stable ?

Il n’existe aucune manière de rendre ce défaut indolore. Mais en changeant radicalement notre politique économique, nous pourrions arriver à faire face au choc. Un grand plan de privatisations fournira à l’État les liquidités nécessaires au maintien de ses fonctions essentielles. En parallèle, une diminution drastique des impôts et des dépenses publiques permettra de lancer une nouvelle vague d’entrepreneurs qui, à moyen terme, offriront un relais à la croissance. Si nous ne traînons pas, nous pouvons encore organiser une annulation ordonnée de la dette. Mais bientôt, il sera trop tard. Acceptons donc de solder les politiques du passé et ouvrons au plus vite une nouvelle ère de liberté et de prospérité.

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  1. Soyez rassuré, ami belge. Vos voisins du Sud, les Français, suivent la même trajectoire. Il semblerait même que les choses s’accélèrent pour eux, depuis l’arrivée au pouvoir des socialistes nauséabonds !

  2. Je ne comprend pas. Le déficit budgétaire prend en compte les intérêts de la dette. Donc si le budget est à l’équilibre, le ratio dette/PIB descendra fatalement puisque 0€ seront ajoutés à la dette global tandis que le PIB augmentera. Il suffit d’avoir un pourcentage de déficit inférieur à la croissance du IB, non?

    1. http://fr.wikipedia.org/wiki/Dette_publique#Un_.C3.A9l.C3.A9ment_essentiel_de_la_dynamique_du_taux_d.27endettement_:_l.27.C3.A9cart_entre_taux_d.27int.C3.A9r.C3.AAt_et_taux_de_croissance

      Je pars de l’hypothèse implicite d’un solde primaire à l’équilibre parce qu’un solde primaire positif (votre hypothèse) est en fait une situation mixte entre le désendettement par le remboursement et celui par la croissance.
      Cette précision aurait dû être incluse dans l’article. Ma faute.

      1. Solde primaire donc tout sauf les intérêts c’est ça?
        Donc en partant d’hypothèses contestables vous arrivez au fait que la Belgique fera défaut. Un peu léger comme raisonnement vu qu’il « suffirait » de réduire un peu les déficits.

        1. Incroyable ! Que vous êtes observateur ! Quelle clairvoyance ! Ce sont des calculs de coin de table et pas une étude scientifique. Oh bravo ! Personne ne s’en était rendu compte avant vous…

          1. En gros ça entache la crédibilité du site quand même ces analyses à l’emporte pièce mises en première page du site.
            (Pas que j’accorde une très grande responsabilité à contrepoints mais bon… )

      2. Commentaire tardif mais bon…
        Un solde primaire positif est toujours utile. Mais malheureusement comme la situation Italienne le montre, cela n’est pas suffisant helas.
        Donc, il faudra bien un « defaut », je pense…
        Ce que j’aimerais mieux comprendre, c’est votre proposition de grand plan de privatisations qui fournirait à l’État les liquidités nécessaires au maintien de ses fonctions essentielles… A quoi pensez vous pour la Belgique?
        L’exemple de privatisation de routes aux USA par exemple montre que cela aide a court terme mais que a long terme les Etats privatisateurs sont perdant du fait de la longueur des concessions bien superieure a la duree des investissements finances par les recettes de la privatisation. Et donc le contribuable-conducteur paiera 2 fois.
        Aussi, j’ai le sentiment que les privatisations de Chirac apres les nationalisation de Mitterand en ’81 n’ont pas vraiment aide a reduire la dette Francaise.
        Donc, je ne vois pas vraiment, a part une operation genre « Gutt » sur la dette, avec toutes les consequences negatives, accompagnee d’une baisse d’impots, des charges sur le travail et un changement radical du traitement quasi criminel des independants, entrepreneurs et autres createurs d’entreprise en France, Belgique etc. Mais cela passera par un controle des avoirs en Belgique, une grande amnistie fiscale pour ramener l’argent a l’etranger etc… De plus les depenses Secu devront etre reduites. Autrement dit, il faudrait un dictateur pour obtenir cela. Et c’est sans doute, a mon humble avis, pourquoi le monde politique attend la catastrophe, par incapacite a agir, je pense.

  3. Ironie de voir un libertarien renoncer à l’idée de faire rétrécir significativement le train de vie de l’État et préférer la spoliation du secteur privé par défaut obligataire… Les étatistes belges doivent bien en rigoler…

        1. Patrick
          Rothbard supprime la dette mais il supprime aussi l’État aussi : les 2 vont de pair.
          En militant pour le défaut souverain dans le monde réel, vous aurez le défaut obligataire,l’appauvrissement du secteur privé et garderez sur les bras l’État que vous aurez libéré de contraintes de réforme : paradoxalement, et bien que je nous doute pas de la bienveillance de vos intentions, c’est de facto un agenda étatiste et je suis mal à l’aise de le voir promu sur Contrepoints.

  4. Merci pour ce très bon article.
    Un gros point de désaccord malgré tout :
    La BCE est aux mais de l’état, et elle ne relèvera pas ses taux si ce relèvement peut gêner les états en difficulté.
    Quant à la hausse des taux du fait de la situation du pays, sachez que la BCE, bras armé des états, fera tout pour l’empêcher, et emmènera les taux là où elle en a envie.
    Les mécanismes du marché ne joueront pas (et ne jouent plus depuis bien longtemps).

  5. Mouai. Entre rembourser l’intégralité de la dette en 20 ans et faire défaut il y a un monde.

    Et puis l’article fait l’erreur de confondre le taux d’intérêt réel et le taux nominal. Si le taux d’intérêt de la dette tourne à 3%, son taux réel est à 1%, alors il est tout a fait possible que la croissance soit au dessus du taux réel.

    Il faudrait justifier cette affirmation selon laquelle le taux serait au minimum à 5%…