Fiscal cliff : Reculer pour mieux sauter

Publié Par David Descôteaux, le dans Amérique du Nord

Fidèles à leur nature, les politiciens ont décidé de repousser les problèmes, et les décisions difficiles.

Par David Descôteaux, depuis Montréal, Québec.

Le roman-savon du « mur budgétaire » américain vient de se terminer… Il était temps ! Seul problème : la « saison 2 » va commencer sur nos écrans d’ici deux mois.

Pourquoi ? Parce que dans le rayon « prévision politique », l’issue de cette saga était facile. Fidèles à leur nature, les politiciens ont décidé de repousser les problèmes, et les décisions difficiles.

Mes faits saillants :

— En gros, le Congrès augmente le taux d’imposition des Américains gagnant plus de 400.000$ par an (ou les ménages gagnant plus de 450.000$). Il met aussi fin à une baisse d’impôt sur les cotisations salariales des employés et employeurs. Ce qui pénalisera particulièrement les travailleurs américains de la classe moyenne (d’environ 1000$ par année, selon The Economist). Et les politiciens reportent à dans deux mois les discussions sur les coupures de dépenses.

— Avec ce deal, on espère aller chercher quelque 620 milliards $ de plus pour le gouvernement… sur dix ans. Des pinottes, quand on sait que pendant cette période, le déficit se creusera de 4000 milliards $ (comparé à la situation sans entente) selon le bureau du Budget du Congrès des États-Unis (CBO).

— Toujours selon le CBO, l’entente réduit les dépenses de 15 milliards $, alors qu’elle augmente les revenus fiscaux de 620 milliards $. Un ratio de 41 pour 1… Tout un compromis ! Et gardons en tête que le 15 milliards en coupures, dans le langage d’un politicien, ça veut dire que les dépenses vont augmenter… mais de 15 milliards $ de moins que prévu.

— En d’autres mots, on vient d’augmenter les impôts de tous les Américains… dans le futur. Car des déficits (de plus de 1000 milliards $ annuellement) représentent autant d’impôt et de taxes que les futurs contribuables auront à payer.

— Le gouvernement américain — un président démocrate à sa tête — vient de rendre les baisses d’impôts de George W. Bush… permanentes ! Ce n’est pas rien. C’était le vœu des républicains depuis longtemps. Les démocrates, qui aiment blâmer à peu près tous les problèmes budgétaires des États-Unis sur George W. Bush et ses baisses d’impôt, doivent avaler leur café de travers. Oui, les très riches Américains vont payer plus. Mais c’est une infime minorité de citoyens, et leur hausse demeure relativement légère (leur taux marginal passera de 35% à 39,6%). Avec quelques autres mesures fiscales, on espère aller chercher, au mieux, une soixantaine de milliards $ de plus par année. Pour mettre les choses en perspective, le déficit du gouvernement l’an dernier a été de 1200 milliards $…

— Tout ça pour quoi ? D’ici deux mois, tout ce beau monde recommencera à s’obstiner. Ce sera l’heure de s’entendre sur les élusives coupures de dépenses à venir. Et sur le relèvement ou non du plafond de la dette, qui vient de crever encore son plafond (de 16 394 milliards $). Préparez-vous à ce qu’on relève ce plafond, pour la 77e fois depuis 1962…

On « kick la canette » plus loin…

Cette entente n’implique aucune décision difficile, comme l’écrit le chroniqueur du NY Times David Brooks. Elle ne fait presque rien pour contrôler les dépenses. Elle abandonne toutes les idées de réformes visant à rendre viables les programmes sociaux comme Medicare ou les prestations de sécurité sociale, dont les coûts vont exploser dans les années qui viennent. Si le Congrès est incapable de prendre une seule décision difficile dans les circonstances actuelles, écrit le chroniqueur, pourquoi croirions-nous qu’il en prendra dans le futur ?

Soit le pays — incluant les électeurs, qui sont aussi responsables — ne comprend pas le fardeau que nous léguons à nos enfants, soit il s’en fout, conclut Brooks.

Sans surprise, la bourse s’est emballée mardi. Les investisseurs sont contents qu’on repousse les vraies décisions à plus tard. Qu’on donne au drogué une autre shot de morphine.

Pathétique.


Sur le web.

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  1. Les républicains manquent de pédagogie. Les démocrates qui ont verrouillé l’éducation depuis 30 ans ont bien compris comment faire passer leurs intérêts avec des messages simples (« faire payer les riches !).
    On n’a peu vu dans la presse ce que reprensentait cette hausse d’impôt par rapport au déficit. Ça fait jouir les spoliateurs mais ne résoud aucun problème.

    1. « Les républicains manquent de pédagogie.  »

      Les républicains à la Ryan ont essayé de faire croire que 1 était égal à 0 et qu’on pouvait réduire les impôts sans couper les dépenses militaires, et réduire du même coup l’endettement.

      Parallèlement, ils ont remis en cause le droit à l’avortement et ramené l’âge de la terre à 6000 ans.

      Pas besoin d’invoquer le système éducatif, ou un quelconque « manque de pédagogie ».

      Qui voterait pour des cons pareils ?

  2. On est en train de faire la même chose, et ça dure depuis 30 ans.
    Seulement chez nous aussi il y aura une fin, et elle sera douloureuse, après avor détruit tout ce qui produit et protégé tous les rentiers fonctionnaires et politicards, il faudra beaucoup de temps et de larmes avant que le pays se relève.

  3. Much ado for nothing… On veut nous faire peur – règne par la terreur… L’autre joujou est « va-t-on sauver l’euro ? » tout ça pour nous faire avaler plus d’urss européen…
    Et après on se plaindra qu’un politique « dur » – cad un qui ne fasse pas une commission dès qu’il y a une décision à prendre – monte en puissance…
    ça me rappelle un dialogue dans « un éléphant ça trompe énormément » où Jean Rochefort fait pleurer une secrétaire. Lui souriant : « quoi mon petit, je vous fais peur ? Elle : « non, fais chier ! »
    C’est un bon résumé de ce que j’entends à mon guichet tous les jours…