Trève de Noël

Publié Par Jacques Garello, le dans Religion, Sujets de société

Nous sommes libres de notre Noël. La façon dont nous le vivons est un choix personnel, un choix familial et traditionnel, et même un choix de civilisation.

Par Jacques Garello.
Publié en collaboration avec l’aleps.

Chez vous, autour de vous, on s’apprête à fêter Noël. « Joyeux Noël » : je vous le souhaite bien sincèrement et amicalement.

Le souhait, la formule, me gênent pourtant. Que Noël apporte la joie, c’est assez banal, et c’est autour de la fête, des cadeaux, des vacances que la plupart des Français vont se retrouver pour un instant unis. Tant mieux. Mais que Noël soit réellement Noël est une toute autre affaire, et ce que nous faisons de Noël, la façon dont nous le vivons est un choix personnel, un choix familial et traditionnel, et même un choix de civilisation – la preuve en est que de très nombreux pays et des milliards d’êtres humains ont des cultures qui ignorent Noël.

Nous voici donc libres de notre Noël. Que voulons-nous en faire ? La fête de la famille et des amis ? La fête des enfants ? La fête religieuse ? La fête de la Nativité ? Peut-être tout cela à la fois, mais le choix qui nous est laissé en toute liberté est à mes yeux déterminant.

Noël, ce peut-être la comtesse du Barry et la Veuve Cliquot, les huîtres et le foie gras. Les gens les plus modestes essayent de s’offrir ce luxe d’une soirée ou d’une nuit. Les nantis (s’il en reste sur le territoire) ne regardent pas à la dépense, et placent la gastronomie de Noël en couronnement d’un séjour au ski ou sous les tropiques. C’est le Noël-parenthèse, celui qui permet de rompre avec un quotidien souvent déprimant, ou de s’éclater en toute inconscience – mais c’est si bon, au moins sur le moment.

Noël, ce peut être le père Noël, les jouets et les cadeaux. Fête de la famille, de l’amitié, de la tendresse. Ce Noël n’a pas très bonne presse, car il évoque la société de consommation, les dépenses inconsidérées, un endettement de plus et pour des cadeaux éphémères, pour des jouets que négligent les enfants pour leur préférer le carton qui les emballe. Il y a bien pourtant cette magie du père Noël, de la cheminée, des souliers, et « croire au père Noël » fait toute la différence entre l’innocence de l’enfant et le souci des parents. Que ces soucis s’évanouissent pour faire place à la joie de la famille est certainement une bonne chose. Que la famille reprenne un instant son sens, qu’elle se recompose après s’être décomposée, qu’elle soit une redécouverte de la joie et de l’amour partagés, voilà qui est certainement souhaitable, et le miracle de Noël opère souvent.

Noël, ce peut être la messe de minuit. Une fête de la religion, où les chrétiens se retrouvent ; certains vont peut-être fréquenter une église qu’ils ne visitent que rarement, et personne n’y sera indifférent. Noël peut donc nous rappeler que la religion tient une place dans notre vie, et que nous partageons la même foi avec des millions d’êtres humains. Des millions qui connaissent dans certains pays l’exclusion, la persécution, voire même le martyre. Nous pensons en particulier aux Chrétiens d’Orient soumis aux violences fanatiques. Noël cesse alors d’être porteur de joie pour devenir acte de foi, affirmation d’une culture. C’est hélas quelque chose que les beaux esprits ignorent, caricaturent ou méprisent. Comme ceux qui refusent de reconnaître les racines judéo-chrétiennes de la civilisation. Qu’est-ce qu’un peuple profane, qui a chassé la religion de ses valeurs de référence, peut opposer au fanatisme le plus aveugle, le plus criminel ? Et peut-on nier à l’être humain sa dimension religieuse, sa quête de Vérité ? L’Occident se trouve bien désarmé quand il évacue de la société la moindre valeur morale et spirituelle pour s’adonner au « post-modernisme » qui prêche le nihilisme, le relativisme, pour nier ou défigurer la liberté et la dignité de la personne humaine.

Noël, ce peut être encore la crèche de l’enfant Jésus, la fête de la Nativité. Elle donne un message, elle porte un espoir. Le message c’est celui de l’amour des autres, que l’on nomme encore charité – au sens plein du terme. C’est la reconnaissance de l’unité et de l’universalité de la famille humaine, qui mêle le pauvre et le riche, les bergers et les rois mages, le voisin et l’étranger. L’espoir, c’est celui de l’étoile, qui nous amène à regarder plus haut, à chercher la voie de la vérité, de la perfection, mais aussi du pardon pour les erreurs d’une humanité imparfaite. L’étoile est le symbole de l’espoir. Elle nous rappelle que la Nativité prend tout son sens dans la Résurrection. Elle nous détourne de la violence, du fanatisme, pour nous engager dans la paix et la compréhension, entre nous, entre les peuples.

Le Noël de la joie est une parenthèse, le Noël de la foi est un chemin. L’un est un divertissement, l’autre un engagement. Les lampions de la fête s’éteignent progressivement, et le lendemain tout serait ténèbres si n’existait pas l’étoile de l’espoir. Libre à vous d’en rester à la joie, qui pour être éphémère n’en est pas moins respectable et même indispensable, mais libre à vous d’ajouter la foi à la joie, et de croire dans l’avènement d’une civilisation de l’amour. Avec la foi et la charité nous pourrons retrouver l’espérance. Du moins pouvons-nous y travailler. Joyeux Noël.

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