Des écoles privées au service des pauvres

Publié Par James Tooley, le dans Afrique, Asie, École & éducation

Oui, il existe des écoles privées au service des plus pauvres ! Plongée au fin fond de la Chine rurale et à travers les bidonvilles de l’Inde, du Kenya et du Ghana, à la découverte de ces écoles privées qui accueillent un nombre considérable d’enfants.

Par James Tooley.

Il est communément accepté que les écoles privées servent les privilégiés. Les autres personnes, surtout les pauvres, ont besoin de l’école publique. Les pauvres, selon cette logique, ont besoin de l’aide du gouvernement pour avoir une bonne éducation, ce qui explique pourquoi aux États-Unis, de nombreux supporters d’une école libre croient que le seul moyen pour les pauvres d’obtenir l’éducation qu’ils méritent est au travers des bons ou charter schools (NdT : écoles américaines publiques et gratuites, mais à gestion privée), servant de procuration pour ces meilleures écoles, privées ou indépendantes, payées avec des fonds publics.

Mais si nous réfléchissons à ces croyances dans un contexte étranger et en observant des familles à faible revenu dans des pays défavorisés ou en développement, nous nous rendons compte que ces hypothèses sont fausses : les pauvres ont trouvé des moyens remarquablement novateurs de s’éduquer et dans certains des endroits les plus démunis sur Terre, ont réussi à créer une industrie importante et croissante d’écoles privées pour leur usage.

Durant les deux dernières années, j’ai supervisé la recherche sur de telles écoles en Inde, en Chine et en Afrique subsaharienne. Ce projet, financé par la Fondation John Templeton, a été inspiré par une découverte fortuite, alors que je travaillais comme consultant pour la Société financière internationale, une branche de la Banque mondiale s’occupant de financement privé. Prenant une pause alors que j’évaluais une école privée élitiste à Hyderabad, en Inde, je suis tombé sur une foule d’écoles privées dans les bidonvilles derrière le Charminar, l’attraction touriste datant du 16e siècle dans le centre ville. C’était quelque chose que je n’avais imaginé et j’ai immédiatement commencé à me demander si des écoles privées pour les pauvres existaient dans d’autres pays. Cette question m’a finalement amené dans cinq pays (Ghana, Nigeria, Kenya, Inde et Chine) et dans des dizaines de différentes localités rurales et urbaines, toutes incroyablement pauvres. Étant donné que les données recueillies à Lagos au Nigeria et Delhi en Inde, ne sont pas encore totalement analysées, cet article donne le compte-rendu des résultats à partir de la province de Gansu en Chine, Ga au Ghana, Hyderabad en Inde et Kibera au Kenya. Ce sont des milieux très différents, mais mes équipes de recherche et moi avons trouvé un grand nombre d’écoles privées pour les familles à faible revenu, beaucoup montrant une réussite avec un avantage mesurable sur les écoles publiques fréquentées par des élèves tout aussi défavorisés.

Un mythe : L’éducation privée pour les pauvres n’existe pas

Entreprendre cette recherche était décourageant au premier abord. Dans chacun des pays visités, les responsables des gouvernements nationaux et des organisations internationales donnant des fonds pour l’expansion de l’éducation publique niaient que l’enseignement privé en faveur des pauvres existe. En Chine, des hauts fonctionnaires m’ont dit que ce que je décrivais était « logiquement impossible » car « la Chine possédait une éducation publique universelle et des moyens universels pour les pauvres comme pour les riches ». Ailleurs, on m’a fourni des excuses polies, sinon embarrassées, qui disaient quelque chose comme « Désolé, dans notre pays, les écoles privées sont pour les privilégiés, pas pour les pauvres ».

Dans chaque lieu cependant, j’ai cherché par moi-même et visité des bidonvilles et village pour y trouver ce que je cherchais : des écoles privées pour les pauvres, le plus souvent en grand nombre, parfois cachées. Dans les bidonvilles de Hyderabad en Inde, une école privée est typiquement une maison convertie, dans une petite ruelle derrière des rues animées et bruyantes, ou au-dessus d’une boutique. Les salles de classes sont sombres selon les critères occidentaux, sans porte, et le bruit de la rue s’étend facilement par les fenêtres à barreaux, mais sans vitre. Les enfants sont normalement en uniforme et assis à des bureaux en bois brut. Généralement, il y a environ 25 élèves par classe, un ratio élèves par enseignant correct, mais les salles minuscules paraissent toujours bondées. Souvent, le dernier étage de l’immeuble est en cours de travaux pour étendre le nombre de classes. Les propriétaires de l’établissement vivent habituellement dans quelques chambres à l’arrière de l’immeuble.

Dans le Ghana rural, une école privée typique peut être constituée d’une structure en plein air, souvent pas plus qu’un toit de tôle suspendu par des poteaux en bois sur un petit lopin de terre. Pour trouver ces écoles, vous devez errer dans des chemins étroits, serpentant à l’écart des grands axes, en demandant aux villageois votre direction. Si vous demandez simplement pour l' »école », ils vous renverront vers l’école publique, habituellement un impressionnant bâtiment de briques sur la route principale. Il vous faudra persévérer et demander la direction de la « petite » école.

Dans les bidonvilles de Nairobi au Kenya, les écoles privées sont fabriquées à partir des mêmes matériaux que tout autre bâtiment : tôles ondulées ou murs de boue, avec des fenêtres et des portes coupées pour permettre à la lumière d’entrer. Les sols sont généralement de la boue, les toits parfois de chaume. Les enfants ne sont pas en uniforme et sont généralement assis sur des bancs en bois faits maison. Pendant la saison sèche, le vent souffle la poussière à travers les fissures des murs ; pendant la saison des pluies, le terrain de jeu devient un étang, et les salles de cours des bains de boue. L’enseignement continue cependant, durant la plupart de ces interruptions intempestives.

Afin d’effectuer des recherches dans cinq pays depuis ma base à Newcastle en Angleterre, j’ai recruté des équipes de chercheurs venant d’universités locales réputées et d’organisations non gouvernementales (ONG). Tout en répondant aux équipes de recherche, j’ai visité des dizaines de sites d’études potentiels, toujours dans les zones à faible revenu, et j’y ai toujours trouvé des écoles privées pour les pauvres. J’ai également été dans des bureaux du gouvernement, afin d’avoir l’autorisation de mener des recherches. En fin de compte, tous les pays sélectionnés à l’exception de la Chine étaient jugés par le rapport sur l’éducation de Oxfam comme pays où les besoins éducatifs ne sont pas satisfaits par les systèmes gouvernementaux. Bien que la Chine se classe plutôt bien sur l’indice Oxfam, nous voulions l’inclure dans notre étude en raison des bouleversements politiques et économiques qui y ont eu lieu lors des dernières décennies. (En raison de la menace de la grippe aviaire, notre première équipe a passé une longue période en quarantaine et donc notre recherche là-bas n’est pas encore complète). Les autres pays ont été choisis pour un ensemble de raisons pratiques et de fond. J’étais particulièrement intéressé par le Kenya, où la gratuité de l’enseignement primaire venait d’être introduite avec beaucoup d’éloges. Comment cela allait-il affecter les écoles privées pour pauvres, si celles-ci existaient ? J’avais fait des recherches auparavant à Hyderabad en Inde, j’étais familier avec le terrain et j’avais de nombreux contacts au sein du gouvernement et du secteur privé. Il paraissait donc judicieux de poursuivre le projet là-bas. Et en raison d’une rencontre fortuite avec le ministre ghanéen de l’éducation lors d’une conférence en Italie, nous étions invité dans cette nation d’Afrique de l’ouest.

De nombreuses difficultés que je n’avais pas prévues sont apparues alors que le projet progressait. Les fortes pluies empêchaient les équipes de recherche de se déplacer au Ghana et au Nigeria pendant plusieurs semaines d’affilée. La chaleur intense retardait le travail de plusieurs jours à Hyderabad. Des chutes de neige précoces entravaient tout mouvement dans les montagnes de Chine. Mais par dessus tout, une difficulté majeure était que les équipes étendues de recherche prennent au sérieux l’idée que nous étions intéressés par les écoles privées discrètes et dépouillées, si facilement écartées. Dans chaque endroit, durant des visites de contrôle de qualité de recherches inopinées, j’ai trouvé des écoles privées non reconnues qui n’avaient pas été relevées par les équipes.

Hyderabad, Inde

Visitez le gratte-ciel ultramoderne de la « ville high-tech » et vous comprendrez pourquoi Hyderabad se surnomme « Cyberabad », fière de sa position à l’avant-garde de la révolution technologique indienne. Mais, traversez la rivière Musi et entrez dans la vieille ville, avec ses bâtiments autrefois magnifiques datant du 16e siècle, et vous verrez l’Inde surpeuplée, avec ses rues étroites traçant leur chemin à travers des marchés bondés et des bidonvilles densément peuplés. Pour notre étude, nous avons examiné trois zones de la vieille ville (Bandlaguda, Bhadurpura et Charminar) avec une population d’environ 800.000 personnes (environ 22% de l’ensemble d’Hyderabad), couvrant une superficie d’environ 49 kilomètres carré. Nous avons inclus seulement les écoles trouvées dans les « bidonvilles », telles que déterminées par le dernier recensement disponible et les guides municipaux d’Hyderabad, les zones manquant de commodités telles que la plomberie intérieure, l’eau courante, l’électricité et les routes pavées.

Figure 1

Dans ces zones seules, notre équipe a trouvé 918 écoles : 35% étaient gérées par le gouvernement, 23% étaient des écoles privées reconnues par le gouvernement et de façon incroyables 37% qui ont glissé sous le radar du gouvernement. Le dernier groupe est en effet un marché noir de l’éducation, fonctionnant entièrement sans financement de l’État et hors de toute réglementation (les 5% restants sont des écoles privées recevant une subvention à 100% de l’État pour le salaire des enseignants, ce qui en fait des écoles publiques pour tout sauf le nom). En termes de nombre d’élèves inscrits dans ces trois zones des bidonvilles avec ces 918 écoles, 76% des écoliers appartenaient à des écoles privées reconnues ou non, avec à peu près le même pourcentage d’enfants entre les écoles privées non reconnues et les écoles publiques. (voir Figure 1).

Il ressort clairement de notre recherche que ces écoles privées ne sont pas des garderies ou des écoles à domicile. L’école non reconnue moyenne compte environ 8 enseignants et 170 enfants, dont les deux tiers dans des immeubles loués comme décrit ci-dessus. L’école reconnue moyenne est plus grande et le plus souvent située dans un bâtiment plus confortable, avec 18 enseignants et environ 490 enfants. Une autre différence importante entre les écoles reconnues et non reconnues est que les premières ont résisté à l’épreuve du temps sur le marché de l’éducation. 40% des écoles non reconnues ont moins de 5 ans d’activité, alors que seulement 5% des écoles reconnues étaient aussi récentes. Enfin, les frais de scolarité dans ces écoles sont très faibles, avec une moyenne d’environ $2,12 par mois dans les écoles privées reconnues pour le premier niveau et de $1,51 pour les écoles non reconnues.

Bien que ces frais semblent extrêmement faibles, ils doivent être mesurés par rapport au revenu moyen de chaque personne qui travaille dans le ménage de l’élève. Pour les élèves des écoles non reconnues, ce revenu est d’environ $23 par mois, à comparer aux $30 pour les écoles reconnues et aux $17 pour les écoles publiques. Le salaire minimum officiel à Hyderabad étant de $46 par mois, il est clair que les familles dans les écoles privées que nous avons observé sont pauvres. Les frais de scolarité s’élèvent à environ 7% du revenu mensuel moyen d’un ménage typique faisant appel à une école privée non reconnue. Pour les enfants les plus pauvres, les écoles offrent des bourses ou des places subventionnées : 7% des enfants ne paient aucun frais et 11% des frais réduits. En effet, les pauvres subventionnent les pauvres.

Ga, Ghana

Figure 2

Le district de Ga, au sud du Ghana, entourant la capitale du pays Accra est classé par le Service de statistiques du Ghana comme une zone rurale en périphérie urbaine et à faible revenu. Avec une population d’environ 500.000 personnes, Ga comprend les villages de pêcheurs pauvres le long de la côte, des fermes de subsistance dans l’intérieur du pays et de grandes cités-dortoirs pour les travailleurs au service des industries et entreprises d’Accra elle-même. La plus grande partie du district manque d’équipements sociaux de base, tels que l’eau potable, les égouts, l’électricité et les routes pavées. Dans les villes et villages de Ga, nos chercheurs ont trouvé un total de 799 écoles, 25% appartenant au gouvernement, 52% privées reconnues et 23% privées non reconnues. Au total, 33.134 enfants ont été recensés dans des écoles privées non reconnues, soit environ 15% des enfants inscrits à l’école (voir Figure 2).

Les frais de scolarité moyen pour une école privée non reconnue dans Ga sont d’environ $4 par mois pour les premières années d’école primaire et environ $7 par mois dans les écoles reconnues. Avec un salaire minimum de $33 par mois dans cette zone, les frais mensuels de scolarité dans les écoles privées non reconnues correspondent donc à 12% du revenu moyen d’un travailleur adulte. Cependant, la plupart des écoles les plus pauvres permettent un tarif journalier à payer pour que, par exemple, un pêcheur puisse envoyer sa fille à l’école les jours où il a l’argent nécessaire et lui permettre de rattraper les jours manqués. Une telle souplesse n’est pas possible dans les écoles publiques, où le paiement intégral des « prélèvements » est nécessaire avant le début du terme. Les frais pour les écoles « publiques » sont monnaie courante dans de nombreux pays à travers le Tiers Monde, en particulier au niveau secondaire. Ainsi, le coût des écoles privées que nous avons trouvées peut parfois être inférieur à celui des écoles de l’État.

Au contraire de l’Inde, où il y a des restrictions sur la propriété des écoles privées (les écoles privées doivent être détenues par une société ou un fonds), dans Ga, la grande majorité des écoles privées (82% des reconnues et 93% des non reconnues) sont gérées par des propriétaires individuels. La plupart des autres sont détenues et gérées par des organisations caritatives. Parfois, comme c’est fréquent dans d’autres pays africains, de telles écoles louent des bâtiments d’église ou utilisent des noms à consonance chrétienne, mais sont rarement gérées par des églises. Souvent, c’est l’école qui subventionne l’église plutôt que le contraire !

Gansu, Chine

Avec 25,3 millions de personnes réparties sur un territoire de la taille du Texas, la province de Gansu est une région montagneuse et à l’écart, située sur le cours supérieur et moyen du fleuve Jaune au nord-ouest de la Chine. Elle a une altitude moyenne de plus de 900 mètres et 75% de sa population vit en milieu rural, avec des taux d’analphabétisme de 20% chez les hommes âgés de 15 ans et plus et 40% pour les femmes. Environ la moitié de ses comtés, contenant 62% de sa population, est considéré comme « pauvre ».

Les chiffres du Bureau provincial de l’éducation montrent seulement 44 écoles privées dans toute la province, toutes destinées à des citadins privilégiés. Compte tenu de la rareté des informations sur les écoles privées, j’ai demandé à mes équipes de recherche d’étudier chaque ville majeure de chaque comté considéré comme pauvre (plus de 40 d’entre eux), et de visiter le plus possible de villages périphériques accessibles. Au début, je ne cherchais pas à obtenir des estimations précises sur le nombre d’écoles ou la proportions d’enfants dans chacune d’entre elles, mais plutôt à déterminer si de telles écoles existaient.

Dans les grandes villes et les plus grands villages, tous peuplés et animés, il y a toujours une école publique, généralement un beau bâtiment de deux étages portant une plaque le désignant comme bénéficiaire d’une certaine aide étrangère. Mais les chercheurs ont dû abandonner leurs voitures, marcher ou faire de l’auto-stop pour être transportés par l’un des véhicules agricoles à trois roues, omniprésents et bruyants, afin de se déplacer dans les sentiers pentus de montagne vers des petits villages en vue de débusquer des écoles privées. Et là, nichées sur les crêtes montagneuses, on peut trouver des maisons de brique ou de pierres converties en écoles, où le propriétaire ou le directeur vivait avec sa famille dans une ou deux chambres. Parfois, l’école avait été construite par les villageois, pour être utilisée comme telle. Maintes et maintes fois, les chercheurs ont suivi ces sentiers dans les montagnes arides pour y trouver au final un total de 696 écoles privées, 593 d’entre elles enseignant à quelques 61.000 enfants dans les villages les plus reculés.

Sans surprise, la grande majorité des écoles privées du Gansu ont été mises en places par des individus, ou les villages eux-mêmes, parce que les écoles publiques sont tout simplement trop loin ou difficiles d’accès. De manière significative, la majorité des écoles privées trouvées se situaient dans les trois régions les plus pauvres du Gansu, où le revenu moyen net par année varie de $125 à $166. Ces écoles privées sont utilisées par certaines des personnes les plus pauvres de la planète. Mais de façon surprenante, ces écoles, qui dépendent de frais de scolarité, sont aussi moins chères que les écoles publiques. La moyenne des frais pour un élève en première année d’école élémentaire est de $7,60 par semestre, contre environ $8 pour les écoles publiques. Cela constitue une différence notable pour quelqu’un vivant avec $125 par an.

Kibera, Kenya

Au Kenya, nous avons mené nos recensements dans trois bidonvilles de Nairobi (Kibera, Mukuru et Kawangware), où, selon des responsables du gouvernement kényan, il n’y avait pas d’écoles privées. La situation était similaire dans chacun de ses bidonvilles, je décris ici uniquement les résultats de Kibera.

Le plus grand bidonville de toute l’Afrique sub-saharienne, Kibera, contient selon diverses estimations une population allant de 500.000 à 800.000 personnes sur une surface d’environ 630 hectares, soit plus petit que Central Park à Manhattan. Constitué de murs de boue, des implantations recouvertes de toits en tôle ondulée s’entassent le long du vieux chemin de fer Ouganda sur plusieurs kilomètres et se pressent le long d’étroites pistes de boue jusqu’à l’endroit où Kibera rejoint les banlieues chics. Durant les deux saisons des pluies de Nairobi, les sentiers de boue deviennent des bains de boue. Dans ce cadre, nous avons trouvé 76 écoles privées, primaires et secondaires, avec plus de 12.000 élèves. Les écoles sont généralement dirigées par des entrepreneurs locaux, un tiers étant des femmes ayant la possibilité de gagner leur vie en gérant une école. Encore une fois, la plupart des écoles offrent des places gratuites pour les plus pauvres, notamment les orphelins.

Lorsque j’ai visité Kibera pour la première fois, de nombreux propriétaires d’écoles privées ressentaient les effets de ce qu’on appelle l’éducation primaire gratuite (FPE pour Free Primary Education), mise en place par le gouvernement kényan courant janvier 2003 en grande pompe avec une subvention de 55 millions de dollars de la banque mondiale. En effet, interrogé par Peter Jennings, le présentateur d’ABC (NdT: chaine de télévisions généraliste américaine) sur quelle personne vivante il aimerait le plus rencontrer, l’ancien président Bill Clinton répondit Mwai Kibaki le président du Kenya « car il a aboli les frais de scolarité » ce qui « affecte plus de vies qu’aucun président ne puisse faire d’ici la fin de cette année ». En effet, des sources officielles estiment que 1,3 million d’enfants supplémentaires seraient inscrits dans des écoles publiques après l’introduction de la FPE. Tous ces enfants n’étaient pas inscrits à l’école auparavant, selon ces sources.

La réalité est peut-être très différente. Les propriétaires des écoles privées de Kibera seules reportèrent une baisse d’inscriptions d’environ 6.500 enfants après que la FPE soit mise en place. Certaines écoles fermèrent complètement. Nous avons estimé que 4.500 enfants étaient inscrits dans 25 écoles qui ont fermé en raison de la FPE. Durant la même période, cinq écoles primaires publiques situées à la périphérie de Kibera ont signalé une augmentation d’environ seulement 3.300 enfants pendant cette période. Ce qui fait que depuis l’introduction de la FPE, il semble y avoir eu un net déclin de la fréquentation de près de 8.000 enfants pour un bidonville seul ! De toute évidence, ces chiffres sont basés sur le déclin signalé par les propriétaires d’écoles et peut-être exagérés. Mais ils suggèrent également la possibilité que le gouvernement et l’intervention internationale ont eu pour effet l’éviction d’entreprises privées.

Après avoir démonté le mythe selon lequel les écoles privées des régions les plus pauvres de la planète ne seraient qu’au service des privilégiés, nous apprécierons la qualité des enseignements dispensés dans ces écoles dans une seconde partie.

Lire la suite : Des écoles privées au service des pauvres (2)

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Sur le web.

Lire aussi :

  1. Très bon article, le genre qui donne des informations, des vraies.

  2. Fabuleux article, regorgeant d’informations et de détails ! C’est du journalisme de terrain de haute qualité.

  3. « Mais de façon surprenante, ces écoles, qui dépendent de frais de scolarité, sont aussi moins chères que les écoles publiques. La moyenne des frais pour un élève en première année d’école élémentaire est de $7,60 par semestre, contre environ $8 pour les écoles publiques.

    Ainsi, le coût des écoles privées que nous avons trouvées peut parfois être inférieur à celui des écoles de l’État.

    [Ces chiffres] suggèrent également la possibilité que le gouvernement et l’intervention internationale ont eu pour effet l’éviction d’entreprises privées. »

    Ces faits ne sont plus si étonnant quand on comprend l’économie dans son ensemble. C’est encore un coup de la vitre brisée chère à Bastiat: le niveau de la subvention effective d’un service public par l’état tend à être intégralement capté par les « intermédiaires » politiques qui y participent. Autrement dit, à long terme cette subvention finit par n’être plus qu’une rente de monopole, et la valeur ajoutée du service s’aligne sur le prix en sus de cette subvention, qu’il en coûte à l’usage.

  4. Stéphane Lallement

    Ainsi que j’ai déjà eu l’occasion de le dire, il y a 2000 ans, il y avait deux villes où tout le monde s’enorgueillissait que les écoles fussent 100% privées et payées par les parents d’élèves. Ces villes étaient Rome et Athènes. Ainsi, à Rome et à Athènes, tout le monde savait lire et écrire, même les plus pauvres.
    Partout ailleurs sévissaient les écoles publiques, si bien que l’illéttrisme pullulait, même parmi les classes sociales aisées.

    Enfin, dernière remarque : il est regrettable qu’en France le PLD se soit jeté avec avidité sur l’idée erronée de promouvoir le «chèque éducation».

    1. Pourquoi le chèque éducation est-il une mauvaise idée?

  5. Je suis propriétaire terrain au Togo et compte faire une mise en exploitation en construisant une école orphelinat, pour aidée les orphelin de mon pays. La zone ou se situe mes terres étant un pays enclave, je projette les aidés. Afin de pouvoir contribuer au rehaussement de la qualité nutritionnelle des enfants et populations du pays.
    Je suis à la recherche de financement et d’aide (toute nature confondue) pour la mise en exécution et l’exploitation de ce terrain. A noter que je dispose déjà de fond personnel que je compte investir. J’ai aussi au besoin une ONG déjà reconnue par les autorités.
    Email: lesaint.elvis@yahoo.fr

  6. madou jean-marie samson

    Sans une éducation performante il n’y a pas de développement harmonieux pour une contribution au progrès social et économique

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