Moins de pain mais toujours des jeux

Publié Par Alain Cohen-Dumouchel, le dans Sport

Dans l’arène olympique, tous les grands principes que nous rabâchent la nomenklatura étatiste disparaissent comme neige au soleil. Et si on imaginait un sport de haut niveau auto-organisé, sans intervention des États, sans monopole, sans « Comité Olympique » et sans faire appel à l’argent public ?…

Par Alain Cohen-Dumouchel.

Fantastique foire du chauvinisme et du nationalisme le plus débridé, les Jeux Olympiques viennent d’ouvrir leurs portes dans l’extase générale. Même si, comme d’habitude, les dépenses et le flicage démentiels des jeux font l’objet ici ou là de quelques critiques, tous les médias relayent l’événement avec une complaisance qu’un mauvais esprit (libéral de gauche) ne peut s’empêcher de trouver étonnante.

Où sont passés les grands principes des étatistes ?

Car en effet, dans l’arène olympique, tous les grands principes que nous rabâchent la nomenklatura étatiste disparaissent comme neige au soleil. La loi du plus fort contre laquelle les dirigistes prétendent lutter est admise et même encensée dans le cadre du sport nationaliste. Elle est juste rebaptisée « que le meilleur gagne » pour la circonstance. Sauf que sur les marchés ne règne pas la loi du plus fort, mais celle du mieux offrant relatif. Il n’y a que des gagnants dans une mécanique de marché, ce qui est loin d’être le cas dans le sport.

Les jeux se résument donc à « que le meilleur gagne » et si possible qu’il soit français ! « Le meilleur», dans cette morale, c’est le sportif de haut niveau, c’est-à-dire un être d’exception que la Nature et sa nationalité ont doté de capacités physiques et mentales exceptionnelles. Seuls la génétique et l’effort doivent déterminer sa réussite. La chance est également tolérée par la morale sportive, surtout en cas de défaite il est vrai, mais aucune pratique ou produit impur ne doit venir troubler la fierté nationale. Car le corps sain de l’athlète est le reflet de la santé de la Nation. Génétique et nationalisme, tout cela ne sent pas très bon, mais les dirigistes s’en moquent. L’opium sportif exalte le peuple, soude la Nation et fait oublier un moment la crise des dettes souveraines.

Bien entendu le principe de précaution, qui stipule que c’est aux instances sportives de prouver que le sport de haut niveau ne présente pas de danger pour la santé physique et mentale des individus, est complètement occulté. Nous n’allons évidemment pas nous en plaindre dans le cas présent tant ce concept est régressif et malthusien mais il est quand même plaisant d’observer la façon dont les pouvoirs publics font un usage sélectif des lois qu’ils ont promulguées.

L’organisation monopolistique du sport

Pour arriver au résultat escompté, c’est-à-dire prouver au monde et surtout à ses propres citoyens que la Nation est saine et vigoureuse, les États-nations se sont dotés de moyens dont on ne soupçonne pas toujours l’étendue et la violence. Le premier et le plus mal connu de ce dispositif ultra étatiste c’est le monopole du sport organisé par fédérations. Savez-vous que s’il vous prenait envie de développer par exemple une compétition de volley ou de tennis de table, concurrente de l’officielle, vous risqueriez la prison et de fortes amendes pour divers motifs exprimés par les articles L131-14 à L131-18 de l’ineffable et très volumineux « Code du sport ». Il ne peut en effet exister plusieurs championnats régionaux ou nationaux concurrents dans aucun domaine sportif. En effet, suivant l’organisation hiérarchique du sport il faut un unique « champion de France ». Ce dogme semble d’ailleurs presque naturel aux adorateurs de la nation. Mais comment diable pourrait-il y avoir plusieurs champions de France dans une même discipline ? C’est juste impensable pour eux. Dans la même veine, la lecture des articles L212-8, L212-10, L212-12, L312-14, et L331-2 à L331-7 vous permettra de vous imprégner de la noblesse et de la spontanéité de « l’esprit sportif ». Ce même Code du sport rappelle dans son croustillant article L141-5 que « Le Comité National Olympique et sportif français est propriétaire des emblèmes olympiques nationaux et dépositaire de la devise, de l’hymne, du symbole olympique et des termes « Jeux Olympiques » et Olympiade. N’est-ce pas pratique, pour faire taire toute critique et toute concurrence sur les jeux, de se déclarer unique propriétaire de leur dénomination multimillénaire ? C’est pas beau l’esprit Olympique ?

Troubles causés par l’ordre public

Pour obtenir un cheptel valorisant, les États-Nations organisent également le repérage des jeunes et financent les centres d’entraînement, les équipements sportifs spécifiques, les stages de formation, transports, organisation des épreuves, etc. Ce sont des centaines de millions qui sont régulièrement dépensés sur fonds publics pour satisfaire le nationalisme sportif.

Conséquence logique de cette politique, une absence de résultat entraînera pour un athlète la perte de ses financements publics et le désintérêt des médias. C’est donc automatiquement poussés par le système que tous les sportifs de haut niveau se dopent, soit en prenant des substances légales ou illégales destinées à améliorer leurs performances, soit tout simplement en s’entraînant de façon outrancière ce qui a les mêmes conséquences néfastes pour leur santé.

Autre résultat de cette administration hiérarchique et officielle du sport, elle provoque l’identification de groupes de supporters violents à l’équipe qui représente monopolistiquement leur ville, leur région ou leur pays. A l’inverse, les groupes terroristes ont bien compris qu’en ciblant des athlètes, ils visent bien un pays.

Dernier effet du monopole nationaliste du sport, le caractère hiérarchique et officiel des compétitions provoque un effet de rareté dans leur représentation. Cela entraine des droits de diffusion astronomiques, la mise sous quota des places dans les stades, et du marché noir. Tous ces dérèglements que les États et le Comité Olympique appellent des « troubles à l’ordre public » ne sont en fait que des troubles causés par l’ordre public, que le législateur s’efforce tant bien que mal de corriger au moyen d’une surlégislation ridicule. On a ainsi vu nos députés et sénateurs discuter sur la possible création d’un délit de revente de titres d’accès à une manifestation sportive sans l’accord de l’organisateur de celle-ci (art. L. 332-22). Vous vous rendez compte ? Faire une plus-value sur la revente de billets dont la pénurie est organisée par le monopole du sport lui-même, voilà qui mérite vraiment d’être puni !

I have a dream

Un sport de haut niveau qui s’auto-organiserait sans intervention des États, sans monopole, sans « Comité Olympique » et sans faire appel à l’argent public, voilà qui sort totalement du champ conceptuel des dirigistes. Pourtant cela permettrait de revenir à des compétitions variées, permettant de satisfaire tous les goûts. Après tout, si l’organisation des épreuves, les billets et les droits étaient soumis à la concurrence peut-être que le public s’orienterait vers le spectacle du geste harmonieux, de la technique sportive, de la beauté des silhouettes.

Et puis rien n’empêcherait ceux qui veulent absolument un parcours de flambeau, une cérémonie d’ouverture, des hymnes, des défilés, des portés de drapeaux, des remises de médailles solennelles, des interviews, des brochettes de pipoles, une cérémonie de clôture, des relevés de tableau de médailles par pays, et pourquoi pas des réceptions finales à l’Élysée, de payer pour les obtenir.

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