Une bien belle identité numérique européenne

L’identité numérique européenne arrive, mais nous n’avons aucune garantie sur l’intégrité et la sécurité de nos données. Au contraire. même…

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Une bien belle identité numérique européenne

Publié le 7 juin 2021
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par h16

On l’a vu : la France, devenue fer de lance du passeport sanitaire, fait maintenant des pieds et des mains pour que l’ensemble de son cheptel citoyen soit rapidement enregistré, numéroté et précisément suivi. Il ne faudrait pas qu’un des gentils mammifères échappe à sa bienveillante surveillance, pardi. Et c’est donc sans grande surprise qu’on voit se dessiner la même tendance à l’échelle européenne.

Ici, il ne s’agit pas d’évoquer une nouvelle fois les contours de ce passeport sanitaire dont on commence tout juste à comprendre qu’il sera parsemé d’embûches techniques, juridiques et sociales et dont on peut raisonnablement s’inquiéter des dérives évidentes ; seuls les naïfs, les corrompus et les complices peuvent encore pousser à la mise en place d’un monde dans lequel l’accès à une vie normale est conditionné à un visa distribué de façon éminemment arbitraire par une entité étatique dont l’opinion et la souplesse peuvent changer à n’importe quel moment…

Non, ici, il s’agit plutôt de ce nouveau projet européen qui vise à doter chaque citoyen du Vieux Continent d’une identité numérique.

En pratique, la presse s’est délectée de nous expliquer ce que les autorités européennes nous concoctent dans leur cuisine bruxelloise en présentant ses desseins sous un jour gourmand : pour notre frétillante caste journalistique, ces nouveaux efforts numériques permettront d’accéder en quelques clics sur son téléphone portable à des services sécurisés dans toute l’Europe, d’éliminer les tracasseries administratives, le tout en s’affranchissant bien sûr des grandes (et méchantes) plateformes privées (dont on découvre en filigrane qu’elles auraient ce pouvoir de dresser notre identité numérique, youpi youpi).

Pour l’exécutif européen, il faut dire que l’existant n’est pas très pratique. Pensez donc ! Multiplication des systèmes d’enregistrement des identités des citoyens, des suivis judiciaires, des données numériques de leurs passeports et autres cartes d’identités, données fiscales, tout est fait pour rendre bien compliquée la vie des administrations qui doivent, parfois, s’échanger des données sur le troupeau de citoyens qui transhume de pays en pays ; et puis sans une belle harmonisation d’en haut, c’est compliqué de prouver sa date de naissance, la valeur de son diplôme, de faire valoir son permis de conduire, ne trouvez-vous pas ?

C’est pour cela que l’Union propose donc quelques règles (simples, forcément !) permettant une standardisation de ces données, charge aux États membres de se coordonner pour que leurs systèmes d’informations puissent sainement papoter entre eux.

Le but affiché est double et nappé de miel : tout ceci va nettement améliorer la gestion des données numériques des citoyens, et, bonus additionnel officiel,  permettra de garantir que ces données ne tomberont pas dans l’abominable domaine privé, notamment celui des GAFA dont tout le monde sait qu’elles veulent nous broyer en nous fournissant chaque jour des services méchamment utiles et bien foutus pour des prix toujours plus serrés, au contraire des États altruistes dont les services, millimétriquement étudiés pour casser de la couille citoyenne avec précision, seront facturés avec une subtilité et une régularité toute administrative. Miam.

En plus, si l’on tient compte du temps moyen qu’il faut pour que des systèmes d’informations s’uniformisent lorsque les administrations étatiques sont à la manœuvre, on peut parier sur une mise en place rapide et indolore. Du reste, si cette uniformisation de l’identité numérique européenne parvient effectivement à rendre les choses plus simples pour les États, on se demande un peu comment cela pourrait rendre les choses plus compliquées pour les entreprises privées (alors même qu’il s’agissait de les écarter du tableau), ce qui donne à l’ensemble de l’opération un parfum d’échec garanti que ne renieront pas tous les énarques français (qui poussent à la roue européenne, on ne se demandera pas pourquoi).

En outre, on ne pourra s’empêcher de s’interroger sur le versant de la sécurisation de ces données. En effet, il apparaît assez clair que des entreprises privées – qui ont pourtant tout à perdre de fuites – ont malgré tout un mal de chien à sécuriser leurs données (et celles de leur clientèle). Dès lors, quelle garantie peut-on avoir de cette sécurisation par des États qui n’ont, au contraire, rien à perdre et tout à gagner de vendre, négocier et triturer ces données (sous le manteau, bien sûr) ?

Et puis tant qu’on est aux questions gênantes, quel historique solide avons-nous exactement de ce genre d’initiatives dans le passé proche ou lointain ?

La couverture numérique sera-t-elle suffisante et surtout, comment procèderont les autorités européennes pour ces citoyens rétifs, qui ne veulent pas, ne peuvent pas s’informatiser, se numériser, se balader sans arrêt avec un smartphone ? Seront-ils un peu plus ostracisés, coupés du « monde de demain » qui se dessine actuellement à coups de gros traits gras ? Est-ce là l’Europe qu’on veut vraiment, celle des clones contre celle des individus ?

Si l’historique des États en termes de sécurité informatique est bien connu (et assez peu reluisant), quel espoir fonder sur ce nouveau gros gâteau encore plus appétissant ?

Quel « track record » des États peut-on nous sortir sur l’intégrité de ces données ? Qui peut nous garantir que leur gestion ne sera pas entachée d’erreurs qui poursuivront le malheureux citoyen #11445578.3 toute sa vie, sur tout le Vieux Continent et même au-delà ?

Quelle garantie avons-nous réellement sur le périmètre des données collectées ? À peu près aucune actuellement tant pour les sociétés privées que pour les États (avez-vous une idée claire de ce que les institutions judiciaires, policières, fiscales, détiennent sur vous ?), il serait assez formidablement niais de croire que les choses vont subitement s’améliorer avec ce nouveau projet… Or, historiquement, plus les États ont d’informations sur vous, plus ces derniers peuvent briser toutes vos velléités de ne pas rentrer dans le rang qu’ils vous assignent (à vie)…

Enfin, signalons que ce projet, dont tout est déjà fait actuellement pour qu’il aboutisse, risque de faire sombrer le citoyen moyen dans la facilité : on nous dit que ce sera plus facile de faire valoir ses diplômes, son permis de conduire, youpi… Mais aussi, un peu plus tard, son casier judiciaire, ses antécédents fiscaux puis encore un peu plus tard, son historique politique, ses habitudes de consommations, ses lectures et ses fréquentations. Comme toute première dose de drogue offerte pour l’essai, on trouve toujours ça fort intéressant voire agréable, au début.

Sommes-nous prêts à prendre ce risque ? En vaut-il seulement la chandelle ?


—-
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  • Froid dans le dos…

  • Ne crions pas trop fort notre désespoir d’avoir besoin d’un smartphone vaccinal, pour secher nos pleurs ils pourraient nous proposer l’implantation d’une puce comme pour nos toutous et chats

  • Sur ce sujet, le timing que veut suivre l’UE est assez étrange…pourquoi vouloir imposer ceci à tous les ressortissants de l’UE avant fin septembre/octobre 2022 ? Essaient-ils de « cranter » quelque chose de sorte à ce qu’un changement drastique de majorité après les midterms américaines ne viennent pas remettre en cause les « progrès » accomplis ?

    • Les démocrates vont perdre leur majorité comme il est de coutume aux States, mais je ne vois pas ce qui vous pousse à croire que cela impactera l’UE?

      • L’UE s’aligne systématiquement sur les politiques américaines avec quelques semaines / mois de retard sur le sujet. Ensuite, la majorité des républicains « neo-conservateurs » issus de l’aire Bush sont sous la menace de primaires dans lesquelles ils sont tous très mal engagés faces à des candidats « pro-MAGA »…quand on sait que les élus pro-MAGA ont fait (ou sont en train de faire) tomber systématiquement toutes les mesures de privations de liberté dans leur états / comtés / villes respectifs, il est probable que la politique américaine change du tout au tout sur le sujet.

    • C’est pour s’assurer que tout le monde soit QRcodé avant la quatrième vague. 🙂

      • Zut, j’arrive pas à scanner un QR code avec mon Nokia et j’ai renversé mon verre d’eau sur mon aussweiss…quel dommange 🙂

  • La question n’est pas de savoir si cela va se faire, mais comment mettre des bâtons dans les engrenages à chaque occasion possible.

    • Il ne sert à rien de mettre des bâtons dans les engrenages qu’à nous environner de machines arrêtées, il faut proposer et soutenir vigoureusement des alternatives privées crédibles et efficaces pour éviter les fraudes qui servent d’excuses aux délires étatiques.

      • Plutôt d’accord, mais la nécessité de l’identité numérique est en elle-même contestable. Celle-ci servant essentiellement à augmenter le flicage, public ou autre. Je me trouve plus satisfait d’une situation où je peux décider qui voit quoi à mon sujet.

  • Un autre problème de l’UE (et pas de l’Europe, puisque ce sont deux choses bien distinctes), c’est que les ponctionnaires suivent tous le même logiciel et sont incapables de s’adapter à une situation changeante. Ils essaient d’adapter la réalité à leurs idéaux, plutôt que d’essayer de s’adapter à leur environnement.

    Foulouscopie avait fait une vidéo il y a quelque temps sur les essaims de robots:
    – si la réalité est conforme au programme initial => le modèle centralisé fait des merveilles
    – si la réalité n’est pas totalement conforme au programme initial => les modèles décentralisés prennent l’avantage

    En fait, le problème des modèles centralisés comme celui de l’UE, celui des « Intellectual Yet Idiot » comme aime à les appeller Nassim Taleb, c’est que ce sont des modèles intrinsèquement fragiles…raison pour laquelle arpanet avait été conçu sur un modèle décentralisé…

    Par ailleurs, centraliser toutes les données de la sorte aboutira nécessairement à la consitution d’un « pot de miel », qui deviendra très rapidement la cible de tous les hackers de la planète…résultat des courses, il est possible qu’une fois tous les identifiants lachés en pleine nature, toutes les parties (banques, assurances, individus, gouvernements, etc) aient à changer totalement tous leurs mécanismes d’intégration et d’authentification, ce qui risque de couter fort cher (et pas uniquement au contribuable)…au bout d’une ou deux fuites dans le genre, il y a fort à parier que cette idée finisse par être totalement abandonnée…en ayant au passage enrichi nombre d’entreprises de conseil en informatique…

  • Est-ce que la Suisse et le RU se mettent dans ce coup ? Sinon, il y aura encore quelques sanctuaires autour de nous…

    • Au vu de ce qui s’est passé avec les négociations avec la Suisse, j’aurais envie de dire non…cela dit, et si je ne me trompes pas, il y a une votation le 11 juin sur divers sujets relatifs à la mise en place de passeports sanitaires & co.

  • Le public c’est bien le privé, c’est mal… En fait ce sont les entreprises privées qui nous asservissent avec ces vaccins, bigpharma plus les gafa.. On est foutu même le public (l’état) reçoit sa valise de biftons…

    • L’état… Il ne maîtrise plus rien, il subit notre sort de consommateur, ce sont des hommes comme tout le monde, les gafa ils consomment 24h sur 24.

  • C’est plutôt normal : il y avait un pays qui contrebalançait l’administrativite françaises au sein de l’UE et ramenait un peu de bon sens, mais il en est sorti maintenant…

    • Désormais l’Allemagne n’a plus de concurrence dans le leadership.
      Le « couple » franco-allemand n’a de réalité que dans la soumission de la france.
      Ceci est majoré par l’absence de colonne vertébrale et de convictions nationales de macron au profit de son image personnelle européenne.
      Le deal c’est : laissez-nous avoir de l’argent gratuit (par la BCE) et on vous appuie sur tout ce que vous voulez.
      Vulgairement (c’est bien notre faute) l’Allemagne nous tient par les c…

      • Le « couple », qu’est-ce que ça m’énerve ce terme, comme vous. On ne connaît plus le mot « duo » pourtant totalement adapté, lui.

  • Vladimir Boukovski avait déjà expliqué dans un superbe ouvrage que je conseille.

  • « Le propre d’une utopie au pouvoir est de se radicaliser au rythme où elle est désavouée par le réel. » Arthur Koestler

  • Presque à espérer qu’un gentil hacker remette les pendules à l’heure…

  • 29 avril 2021 : « Le pass sanitaire ne sera jamais un droit d’accès qui différencie les Français » (Emmanuel Macron)
    7 juin 2021 : Le pass sanitaire sera obligatoire dès 11 ans pour les personnes voyageant vers ou depuis la Corse.
    ….
    Voilà, voilà.

  • « Rien que ça prouve qu’on n’est déjà plus en démocratie »

    Bien au contraire, nous sommes de plus en plus en démocratie face aux 80% d’imbéciles bien satisfaits de pouvoir nous pourrir l’existence.

  • Les commentaires sont fermés.

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