Mignonnes : l’acharnement injustifié des puritains

Mignonnes offre de très bonnes leçons qui séduiraient particulièrement les conservateurs qui aiment tant détester ce film.

Par Pierre-Guy Veer.

Si un qualificatif peut facilement décrire les Anglo-Saxons – particulièrement en Amérique du Nord – c’est bien puritain. Comme l’a montré Adam Conover dans sa populaire émission, la formule « I will fuck you up » recevra au plus une cote PG-13 s’il s’agit d’une personne voulant casser la gueule d’une autre. Mais ce sera une cote R s’il s’agit de personnes de sexe opposé voulant s’envoyer en l’air, et NC-17 s’il s’agit de deux hommes voulant faire la même chose.

Ce même puritanisme a clairement dominé la campagne de boycott de Netflix autour de la sortie de Mignonnes (Cuties). Le film est accusé de promouvoir la pédophilie et la sexualisation de filles prépubères. Les personnes affirmant de telles inepties ne l’ont visiblement pas vu, alors qu’il pourrait tant plaire aux conservateurs qui le détestent autant qu’ils ne le connaissent pas.

Attention, spoilers.

Aminata (dite Amy) est une jeune Sénégalaise musulmane qui vient tout juste d’emménager en banlieue parisienne avec sa mère et ses deux frères cadets, dont un bébé. On voit rapidement que son éducation très traditionnelle et conservatrice, renforcée par sa tante, est en total décalage avec celle de son pays d’adoption.

Très tôt, dans la buanderie de son habitation, elle croise Angelica, une fillette d’environ 10 ans portant des vêtements très courts et serrés. Amy rencontre Angelica plus tard et apprend qu’elle fait partie d’un groupe, les Mignonnes, des filles de son âge souhaitant participer à un concours de danse en se trémoussant presque comme des stripteaseuses (ou Miley Cyrus, en fonction du point de vue). Le groupe commence par rejeter Amy, mais après qu’elle tire Angelica d’une situation difficile, les Mignonnes l’intègrent dans leurs rangs.

Ainsi commence le conflit interne d’Amy : veut-elle faire honneur à sa famille ou plaire à tout prix pour s’intégrer dans son nouveau milieu ?

Des valeurs qui plairaient aux conservateurs

Bien que je ne regarderai jamais ce film avec mon neveu de 7 ans, je le recommanderai néanmoins à tout parent d’une jeune fille. Mignonnes offre de très bonnes leçons qui séduiraient particulièrement les conservateurs qui aiment tant détester ce film.

Premièrement, on y montre clairement que « père manquant, fille manquée » est un fait établi et que la famille traditionnelle avec les deux parents est un gage de succès pour les enfants.

La mère d’Amy, Mariam, a déménagé sans son mari, lequel s’apprête à prendre une seconde épouse ; il lui impose même l’organisation de la noce, ce qui la dévaste. Les parents d’Angelica, qui travaillent constamment dans leur restaurant, n’apparaissent jamais dans le film.

La jeune fille raconte qu’ils la considèrent dépravée à cause de ses accoutrements. Quant à la mère de Yasmine, elle ne fait qu’apporter des boissons à sa fille et ses amies, sans se soucier qu’elles sont toutes occupées à sexter sur les réseaux sociaux.

Ceci conduit à aborder l’importance d’éduquer ses enfants au sujet des médias sociaux. En plus d’écrire des messages explicites à des inconnus, les Mignonnes postent des vidéos des danses où elles se trémoussent comme leurs modèles, des filles plus âgées qui participent à des concours de danse ou bien les danseuses décoratives des vidéos de rap.

Amy a même l’audace de poster une photo d’elle très intime pour rehausser la popularité de son groupe, ce qui lui vaut évidemment des moqueries de ses camarades de classe et l’opprobre de ses copines.

Un parent attentionné prendrait le temps de s’intéresser au contenu d’Internet avec son enfant pour lui permettre de distinguer le vrai du faux, les risques d’une publication sur un média social quelconque, les « trous de mémoire » n’y existant pas. Il pourrait aussi lui expliquer que ce qu’on y voit est souvent artificiel, que les standards de beauté sont inaccessibles sauf à y perdre son âme.

Amy se rend d’ailleurs compte au beau milieu de sa danse que c’est justement ce qui lui arrive : elle s’arrête au milieu de sa performance finale, va retrouver sa mère en pleurant et s’excuse de l’avoir autant déçu.

Mais Mariam a elle aussi grandi et propose à Amy de ne pas assister à la noce de son père et de préférer plutôt sauter à la corde avec des enfants de son âge.

Bref, si les conservateurs se donnaient la peine de visionner Mignonnes plutôt que de se fier uniquement à la danse finale, ils y trouveraient une œuvre faisant vibrer plusieurs de leurs cordes sensibles : l’importance d’une famille traditionnelle chrétienne avec la présence des deux parents, la dangereuse influence que peut exercer Internet et l’importance de bien encadrer sa progéniture pour éviter qu’elle ne tombe du côté obscur.

Certes, elles affichent une sexualité trop mature pour leur âge et peuvent en cela gêner le public. Elles ne sont que le reflet de leur époque ; c’est aux parents de montrer de meilleures balises pour éviter que leur fille de 10 ans souhaite ressembler à une prostituée.

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