Comme prévu, Salto va coûter un pognon de dingue pour rien

Tous les astres s'alignent pour Salto, le streaming à la française. Cela ne peut vouloir dire qu'une chose : cela va être un échec cuisant.
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Comme prévu, Salto va coûter un pognon de dingue pour rien

Publié le 15 janvier 2020
- A +

par h16

Avant, en France, tout se terminait par des chansons. De nos jours, tout se termine par une taxe, une ponction, un prélèvement et une ordonnance de préparation H. Et il en va pour les services de vidéo à la demande exactement comme pour le reste, d’autant plus s’ils sont lancés avec les moyens des services publics.

Il n’aura donc même pas fallu six mois de plus pour atteindre l’étape suivante dans le dérapage budgétaire qu’on appelle Salto. Pour rappel, Salto n’est pas ce mouvement gymnastique que le contribuable devra effectuer pour récupérer son argent (tant le fisc lui rappellera s’il se risque à ça que salto rime avec lumbago), mais bien le nom de cette nouvelle aventure télévisuelle croustillante qu’ont lancé en août dernier les télévisions privées du capitalisme de connivence, TF1 et M6, avec les télévisions publiques de la dépense idéologique décontractée, France Télévisions.

Cette fois-ci, le succès est déjà au rendez-vous puisqu’une quantité assez rondelette d’argent public est actuellement investie dans un projet en concurrence directe avec plusieurs plateformes privées déjà massivement implantées (Netflix, Prime…), pour fournir quelque chose qui existe déjà de façon moins performante et de moindre qualité.

Ainsi placé sous ces auspices réjouissants, le projet Salto se déroule comme prévu, c’est-à-dire mal : les retards s’accumulent et des fissures apparaissent entre les différents co-propriétaires du concept. Manifestement, il est difficile de faire ainsi cohabiter des entreprises privées, dont l’impératif de rentabilité est particulièrement prégnant, avec une entreprise publique dont tout indique qu’elle est pilotée avant tout sur des objectifs idéologiques…

Du reste, les déclarations des principaux cadres de Salto laissent assez peu de doute sur l’avenir du streaming à la française. On apprend ainsi que la plateforme compte accorder une large place à la production française… Ce qui est tout sauf un gage de réussite, au moment où les autres plateformes déjà implantées ont largement lancé et commercialisé leurs propres productions locales.

Si l’on ajoute que Salto ne pourra pas accéder à certains contenus pourtant phares des chaînes actionnaires (comme Cash Investigation ou Plus Belle La Vie), qu’elle ne pourra pas s’intégrer aux box internet déjà présentes, et que les contenus des trois chaînes françaises sont limités à 40 % de son offre totale, on se demande un peu comment cette nouvelle plateforme compte rivaliser avec les moyens réellement gigantesques que ses concurrents ont déjà mis sur la table (pour rappel, Netflix, ce sont plus de 8 milliards de dollars investis dans les contenus en 2018, contre un peu plus de 30 millions d’euros par an pour Salto, soit 0,4 %).

À un milliard d’euros et 15 ans près, Salto aurait été un succès en France.

Cependant, il n’y a aucune raison de s’inquiéter pour l’argent du contribuable.

D’une part, et Delphine Ernotte, la patronne de France Télévisions, l’a clairement expliqué, pas un euro de la redevance ira dans cette inévitable sortie de route financière. On se demande comment seront trouvés les 120 millions de mise initiale au projet ; France Télévisions avait probablement gardé des noisettes dans une cave et apuré ses déficits des années passées, voilà tout.

D’autre part, il ne faut jamais oublier qu’avec l’État comme patron, on peut tout se permettre, y compris martyriser les concurrents en utilisant les prétextes les plus bidons, ce que ne se prive certainement pas de faire la même Delphine dont l’épaisseur idéologique autorise toutes les acrobaties, y compris le salto, donc : puisque la concurrence, c’est méchant, et que Netflix, Prime et Disney Plus sont des super-concurrents donc des super-méchants, il faut absolument mettre en place un véritable « arsenal législatif » pour mener à bien la « guerre culturelle » qui va opposer le nouveau petit Français aux géants américains.

Arsenal qui consistera donc à imposer, d’une façon ou d’une autre, un certain nombre de contraintes sur les concurrents de Salto, depuis un calendrier des diffusions jusqu’à l’un ou l’autre partenariat qu’on devine immédiatement pertinent et fructueux.

En substance et moyennant une nouvelle batterie d’interdictions, de limitations et de contraintes, on va s’assurer que les productions franco-françaises que les Français ne regardent plus mais payent de leur redevance soient aussi présentes sur les plateformes qu’ils ont choisies et payent volontairement. Le spectateur français, qui croyait enfin pouvoir se débarrasser des torrents de niaiseries, de propagandes et de téléfilms flous, mal cadrés, aux dialogues boiteux et aux performances d’acteurs médiocres, en sera pour ses frais puisqu’il sera poursuivi des assiduités d’Ernotte et de son arsenal législatif.

Bien évidemment, on sait déjà comment tout ceci va se terminer : ce nouveau bricolage du capitalisme de connivence et des finances publiques, mélange de la carpe et du lapin, va, à l’instar de ces séries françaises à rallonge, se prolonger dans les affres d’un mauvais scénario aux rebondissements téléphonés, empiler déficits sur déficits en proposant un contenu sans intérêt, regardé par un nombre amusant de spectateurs qui permettra essentiellement aux éternels chevaux de retour de l’audiovisuel français de continuer à toucher leurs subventions.

Soyons clairs : l’audiovisuel n’a jamais eu besoin de l’État, ni en France ni ailleurs. Les sommes colossales que l’État consacre à ce domaine montrent surtout que c’est bien l’État qui a besoin de l’audiovisuel et sa capacité de diffusion idéologique, de propagande.

De la même façon, si Ernotte et le gouvernement s’agitent ainsi pour essayer de prendre pied dans le monde de la vidéo à la demande, c’est pour les mêmes objectifs : cette « guerre culturelle », c’est en réalité l’éternel combat de cette clique qui ne vit que par la ponction forcée sur les citoyens et qui ne peut donc tolérer que le marché, c’est-à-dire l’agrégat des désirs de ces derniers, ait ainsi signé la disparition de la télévision d’État telle qu’elle existe depuis l’ORTF.

Abdiquer maintenant, c’est admettre qu’ils ont perdu et que non, décidément, les Français n’ont que faire du service public de télévision et de ses programmes globalement inutiles.

Le combat sera donc âpre, et, bien entendu, à vos frais.


—-
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  • Remarquons que la ligne Maginot n’a jamais été franchie par l’ennemi. Enfin, dans le sens prévu…

  • Et bientôt l’Etat créera sa plateforme publique de VTC : « Salto car ».
    Quoique là les gens se rendraient compte de ce pour quoi on les prend tout là-haut.

  • Ce qui est effrayant c’est la décontraction avec laquelle l’Etat dépense des torrents de notre pognon pour essayer de nous forcer à regarder des trucs pourris… Ils n’ont toujours pas compris que la culture, c’est nous qui choisissons ce que nous souhaitons voir, et qu’on trouvera toujours un moyen de contourner ce qu’ils veulent nous imposer ???
    Décidément, CPEF

    • Vous choisirez dans ce que l’Etat a présélectionné pour vous

      • A La petite bête.
        L’Etat peut présélectionner ce qu’il veut, je m’en moque. Depuis plus de 10 ans j’ai devancé son choix par le non remplacement de mon poste TV mort. La cause ? La grande nullité des programmes et l’indécence des émissions « télé-réalité ».
        L’audio-visuel français (télé-films ou cinéma) ne produit plus que des navets : dialogues d’une pauvreté déconcertante, ; mauvaise mise en scène ; acteurs minables ; le tout, trop souvent couronné par une propagande à peine voilée pour la société multiculturelle.

  • Cela fait bien longtemps que mon antenne râteau a disparu de mon toit que mon internet est branché streaming et que j’ai visionner plus de 5 minute une production audiovisuelle ou cinématographique d’origine France…et je dois dire que Netflix produit de bien belles choses et si je n’étais pas aussi rat , je serais abonné.
    Salto , rien que le nom provoque de l’urticaire ,encore un exercice sportif sponsorisé a l’insu de mon plein gré

  • limpide.. on a la toute l’efficacité a la française.. bravo

  • Cette affaire ne manque pas de salto…
    cpef

  • Une légion d’honneur à Ernotte ?

  • Capitalisme de connivence des chaines françaises.
    Bah comme d’hab quelques milliards partis dans les poches des coquins….

  • que de commentaires sexistes.. non je déconne…

    • ça marche avec raciste? non plus?

      • on va dire qu’il est temps de mettre ne place une télévision qui n’ait pas pour objet ultime d’enrichir une proportion infime d’ultrariches..
        surtout quand cela est fait en servant aux gens de la malcultouffe américaine..

        ça ça doit marcher..

  • avec le papy boom, la télé de papa va bientôt disparaître et tant mieux !

  • Non, moi ça ne me coûtera rien.
    Cette année, je coche la bonne case. Ras le bol de leur passer la soupe. Et comme en plus je déménage, j’aurai une bonne raison.

  • Pour une fois je nuancerai le texte du grand H16 malheureusement l’absence d’état n’est pas une garantie d’indépendance. Netflix en est l’exemple et la BBC le contre exemple. Au fil du temps sous la pression des lobbies Netflix est devenu ouvertement un outil de propagande de la bien pensance et du multi, pas une nouvelle série sans que les représentants des toutes les minorités y figurent et évidement du coté des gentils persécutés, on tortille le fait historique pour le faire coïncider avec les idées du moment, la réussite est presque toujours suspecte et les documentaires sont aussi orientés que sur la 2. A l’opposé la BBC qui vie en partie des deniers publiques à su continuer de produire des séries originales de qualité moins entachées de dépendance idéologique, suivie en cela par d’autres TV publiques comme les suédois, les norvégiens. Si je suis convaincu que les deniers publics n’ont pas grand chose à faire dans l’audiovisuel il reste possible de bien les utiliser et de mal dépenser les cotisation volontaires. La différence est que j’ai pu mettre fin à mon abonnement Netflix et que je continue à squatter les séries de la BBC, au moins j’ai le choix.

    • « l’absence d’état n’est pas une garantie d’indépendance »
      Ce n’est pas le présupposé du texte.

    • « Au fil du temps sous la pression des lobbies Netflix est devenu ouvertement un outil de propagande de la bien pensance et du multi »

      Oui, mais personne ne vous force de payer par vos impôts les productions Netflix.

      Par ailleurs, je crains que pour l’avenir, il n’y aura plus de Netflix pur en France, mais uniquement Canal+Netflix, ce qui évitera à Netflix de contribuer trop à l’usine à gaz de M.Riester, avec résultat de la course, que pour regarder les séries Netflix, nous allons payer plus que beaucoup d’autres Européens, comme Canal+ va se prendre une petite marge, et que le système du financement forcé de la production autochtone pour quelques connaissance de la caste politique n’est nullement obligatoire dans la directive SMA (qui est déjà trop liberticide en l’état).

    • « Au fil du temps sous la pression des lobbies ». Non. Non. En fait, non. Pas « sous la pression des lobbies ». Et pas « au fil du temps ». Dès la première minute. Et sous la pression des lubies. De son fondateur, Reed Hastings, qui est super gauche caviar dans le genre Xavier Niel en France. Reed Hastings ne cède pas du tout à la pression des lobbies : en fait, il a dépensé une partie substantielle de sa fortune sur les causes gauchistes, au grand dam d’une partie de ses clients et de ses actionnaires. U peu comme tout le reste de la Silicon Valley à de rares exceptions près.

      • Vous avez raison. Je voulais simplement dire que les choses n’ont fait qu’empirer et c’est pourquoi j’ai fini par résilier mon abonnement.

  • Je ne les vois pas faire marche arrière. Le but est à atteindre à tout prix.
    Ce n’est pas dans leur logiciel de reculer. Ce serait un Salto arrière.
    Et comme ils ne veulent pas passer pour les clowns qu’ils sont, ils passeront en force.

    CPPEV 🙁

  • GRÂCE a la gouvernance des FEMMES dans le domaine public …..! en france, l’accélération du déclin à rejoint la vitesse « SCHUMACHER ».
    Interdit de rire.

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