Milos Forman : un cinéaste de la liberté !

Milos Forman by Jeremy Nemcosky(CC BY-NC-ND 2.0)

La mort de Milos Forman est l’occasion d’évoquer le talent de ce cinéaste défenseur de la liberté.

Par Gérard-Michel Thermeau.

La disparition ce vendredi de Milos Forman, cinéaste américain d’origine tchèque, ne prive pas seulement le monde du cinéma d’un très grand réalisateur. Il a été aussi un des rares cinéastes engagés à défendre systématiquement les libertés individuelles plutôt qu’un « autre monde » à tonalité marxisto-écologique.

L’humour contre le totalitarisme

Il est vrai qu’il avait été élevé à bonne école, celle d’une réalité tragique. Son père résistant victime de la Gestapo et sa mère disparue à Auschwitz, il devait grandir orphelin dans la Tchécoslovaquie communiste. Milos Forman savait donc parfaitement de quoi il parlait dans sa peinture du totalitarisme.

D’abord attiré par le théâtre, il va finalement devenir une figure de proue de la nouvelle vague tchèque. Remarqué pour ses premiers films, L’As de pique (1963) et Les Amours d’une blonde, il réalise avec Au feu les Pompiers, une cruelle satire du système communiste. L’humour est une arme redoutable dans un régime totalitaire. L’impertinence et la légèreté de ses premiers films sont en rupture avec l’académisme régnant dans le cinéma tchèque.

Mais le printemps de Prague n’était pas destiné à durer. L’invasion du pays par les forces du Pacte de Varsovie le pousse à l’exil aux États-Unis. En effet, Milos Forman préférait ne pas vivre en Europe occidentale accusée d’avoir trahi la Tchécoslovaquie dans les années 30 comme au lendemain de la seconde guerre mondiale.

Le cinéaste de la liberté sous toutes ses formes

Il a du mal à s’adapter mais finit par opérer une mutation spectaculaire : le réalisateur de films d’auteur devient l’ordonnateur de grands spectacles populaires. Plus tard dans Amadeus, il devait mettre en scène Schikaneder recommandant à Mozart d’écrire pour le peuple et non plus pour l’aristocratie.

La Flûte enchantée de Forman aura pour cadre un établissement psychiatrique, métaphore transparente des régimes communistes. Avec ses cinq oscars, Vol au dessus d’un nid de coucou (1975) reste aujourd’hui le plus célèbre des films de Forman. L’affrontement entre le rebelle Jack Nicholson et la despotique infirmière en chef campée par Louise Fletcher est resté dans toutes les mémoires.

Jack Nicholson in One Flew Over The Cuckoo’s Nest by Rogelio A. Galaviz(CC BY-NC 2.0)

Revenu à Prague pour le tournage d’Amadeus, il pose la question, sous les atours du film en costumes, de la liberté de l’artiste face au pouvoir politique. Il ne cessera de décliner le thème sous une forme ou sous une autre avec Larry Flint (1996) ou Les fantômes de Goya (2007). Il montrera également avec Valmont, adaptation des Liaisons dangereuses, sa faculté à filmer le XVIIIe siècle sur un ton libre loin des reconstitutions historiques empesées.

Cet ardent défenseur de la liberté de l’être humain aimait retourner la fameuse formule sur le libéralisme supposée être la loi de la jungle.

Milos Forman déclarait ainsi :

Vous devez décider où vous souhaitez vivre, si vous voulez vivre dans la jungle ou dans un zoo. En effet, si vous désirez la beauté, si vous voulez la liberté, la jungle est… eh bien c’est votre monde ! Bien sûr, il est dangereux de vivre avec les serpents, les requins, les tigres, vous savez, les putois, les moustiques, les sangsues. Si vous préférez la sécurité, vous devez vivre dans un zoo. Et vous serez surpris de constater combien de gens préfèrent vivre dans un zoo. Ils ne sont pas prêts à payer le prix de la liberté. Ils pensent que la liberté doit être en quelque sorte obtenue sans efforts, et même offerte, ce qui n’est jamais le cas, jamais.

Un grand bonhomme, non seulement talentueux mais aussi lucide.