Partir en vacances, pourquoi pas, mais pourquoi ?

En avril, vous devez déjà avoir bouclé sur internet vos vacances d’été, sous peine de n’avoir rien à dire à votre entourage. Pas facile quand on est indépendant…

Par Gabrielle Dubois.

J’ai peur des conversations sur les vacances

Certains appréhendent Noël : revoir une famille avec laquelle on a un passé et un présent plein d’amour mais aussi de non-dits et de contentieux…

Moi, j’appréhende les conversations au sujet des vacances…

Il semblerait que l’on se doive de partir en vacances, activité stérile qui consiste à ramener cinq cents photos qui ont déjà été prises cinq millions de fois. Car si l’on ne part pas, c’est qu’on est soit trop pauvre (et quelle faute a-t-on commise pour l’être ?), soit un esprit dérangé qui ne voit pas l’intérêt de cumuler les destinations sur son passeport.

Personnellement, je suis un peu les deux.

Partir ou ne pas partir, là est la question

En février, le Français revient du ski. Malheur à celui qui n’a pas le nez rouge ou brun et la seyante marque blanche de grosses lunettes !

Vous voilà pris pour un pauvre, on vous fuit à toute jambe, sait-on jamais si cet état ne serait pas contagieux ?

Ou bien quelque envieux vous taxera de riche snob si vous affichez un décolleté joliment hâlé au bureau ; quelle chance avez-vous de pouvoir vous offrir des vacances au soleil d’une île paradisiaque ?

Mais surtout, surtout, n’avouez jamais que vous n’aimez pas le ski et que rien que l’idée de dévaler une pente habillé comme cosmonaute ou un lutin vous indiffère, voire vous déplaît totalement. Non, vous, vous avez préféré marcher sur une plage grise et déserte, sous un ciel plombé, à une heure de chez vous, et vous vous êtes régalé.

Malheur, dans ce pays, à l’électron libre qui assume ses choix !

Départ obligé sous peine d’étiquette antisociale

En avril, vous devez déjà avoir bouclé sur internet vos vacances d’été, sous peine de n’avoir rien à dire à votre entourage.

Seulement, quand on est un indépendant qui essaye tant bien que mal de boucler, non ses loisirs, mais son chiffre d’affaires, vacances.com ou voyages.com restent des illusions et on n’a plus qu’à se rabattre sur entreprise.com. Mais ça, c’est une autre histoire !

On a quand même le droit de rêver et on lâche sans y penser : « Moi, j’irais volontiers en Écosse ! » Ne jamais, jamais, laisser échapper une telle phrase, car vos auditeurs entendent : « Je vais en Écosse. » Puis ils demandent quand vous partez, puis si vous en êtes déjà revenus !

Eux ont payé à l’avance leur voyage au Canada ou en Espagne, pourquoi pas vous ? Et comme vous n’avez toujours rien à annoncer pour vos vacances d’été, on hésite : êtes-vous un idiot incapable de s’offrir des vacances ou un antisocial ?

Il ne vous reste qu’une seule solution : disparaître, vous absenter des réseaux sociaux en juillet et en août, débarrasser votre ville de votre présence importune.

Comment on devrait partir

Mais si votre chiffre d’affaires bouclé le 30 juin vous permet quatre jours de vacances, ah, ça, bien que vous n’ayez rien préparé six mois à l’avance, vous êtes prêts ! À vous la montagne verte et bleue débarrassée des skieurs !

Vous voilà parti, voyageur vierge de toute émotion suggérée à l’avance par votre agent de voyage, de toute idée de chemin à avoir foulé de préférence parce que la vue sera belle au prochain virage.

Vous voilà parti, voyageur à l’esprit ouvert à tout ce qui viendra du dehors, beauté de la nature ou mœurs pittoresques.

Vous voilà parti, voyageur à l’humour assez fin pour rire d’une journée de pluie ou d’une phrase idiote que vous aurez tentée en langue étrangère.

Heureux vous partez en vacances de vous-même, laissant chez vous confort, habitudes, idées…

Heureux, vous ne partez pas en vacances : vous partez à la découverte d’autres lieux et d’autres gens, à la découverte de vous-même.

Gabrielle Dubois est écrivain. Vous pouvez la suivre ici