La Grande Muraille fera-t-elle triompher le yuan ?

Les empires ont besoin de murs et d’impôts. Le contrôle de la monnaie est un instrument indispensable à toute ambition impériale et difficile à concilier avec la pleine convertibilité.

Par Simone Wapler.

La Grande Muraille fera-t-elle triompher le yuan ?
By: Hanna NorlinCC BY 2.0

Avant de partir en Chine, le vice-chancelier allemand Sigmar Gabriel a indiqué ce week-end au magazine allemand Spiegel qu’il n’est « plus impensable que l’euro éclate ». Cela fait déjà plusieurs mois que nous évoquons ce sujet et que nous vous préparons à cette éventualité, mais on dirait que les choses s’emballent. L’euro est en pleine crise existentielle.

Mais ce n’est pas parce que le futur de l’euro devient préoccupant qu’il ne faut pas regarder aussi ailleurs dans le vaste monde…

Difficile d’y échapper, vous l’avez certainement remarqué, vous aussi : l’affiche de La Grande Muraille, la dernière superproduction hollywoodienne chollywoodienne car chinoise.

Oui, les Chinois ont beaucoup investi dans ce domaine et La Grande Muraille est un film avec beaucoup d’effets spéciaux. Pour assurer son succès à l’étranger, l’acteur américain Matt Damon figure en tête d’affiche.

Car pour devenir l’Empire du 21ème siècle, il faut également que les étrangers soient béats d’admiration devant votre « culture ».

Les États-Unis se sont eux aussi imposés par Hollywood, pas uniquement avec le dollar ou le Coca-Cola et les jeans. Les Américains avaient les cow-boys et les Indiens. Pour les Chinois, quoi de plus emblématique que la Grande Muraille ?

Une histoire de murs

La Grande Muraille…

Le mur d’Hadrien entre l’Écosse et l’Angleterre…

Le mur de Berlin et le rideau de fer…

Le mur entre le Mexique et les États-Unis…

Les empires aiment les murs.

Pas nous : nous détestons les murs.

La liberté du bipède de pouvoir circuler est un droit essentiel. À celui-ci s’ajoute le droit de circuler avec sa propriété, son argent, ce qu’on a légitimement acquis. Sans liberté de circuler et sans propriété, la dignité humaine n’existe plus.

Les murs sont faits pour entraver ces deux libertés fondamentales.

La Chine a des ambitions impériale mais la « libéralisation du yuan » ne se passe pas bien.

La prison du yuan

Récapitulons les épisodes précédents de la Grande Muraille monétaire. Comme c’est le cas dans tous les pays totalitaires, le yuan n’était pas convertible. Ceci est une prison très efficace puisque vous ne pouvez pas circuler avec votre argent.

Puis la Chine entrant dans l’OMC (Organisation mondiale du commerce), la Chine s’ouvrant, il a fallu rendre la monnaie convertible, par petits pas…

Mais ça ne se passe pas si bien que ça.

Lorsque les Chinois ont de l’argent, ils préfèrent le convertir et le placer à l’étranger. C’est ce qu’on appelle la fuite des capitaux.

Près de 762 milliards de dollars sont sortis via des canaux officiels en 2016, selon Bloomberg Intelligence. Le régulateur de la monnaie chinoise, la State Administration of Foreign Exchange (SAFE) intensifie les contrôles de capitaux pour tenter d’endiguer les flux de capitaux qui sortent du pays.

Les épargnants chinois peuvent toujours sortir légalement jusqu’à 50 000 $ de monnaie étrangère hors du pays. Mais dorénavant, ils devront signer un papier promettant que l’argent ne sera pas utilisé pour l’achat d’un bien immobilier à l’étranger.

La Chine admet officiellement que la fuite des capitaux a contribué à la hausse des prix de l’immobilier à Vancouver, Sydney et Londres…

La SAFE alerte les épargnants chinois sur les risques des placements en devises et souligne à quel point les taux d’intérêt sur les comptes d’épargne chinois sont attractifs.

Comme le résume mon camarade Dan Denning : « n’oubliez pas que tant qu’il en a la possibilité, l’argent se dirigera toujours là où il est le mieux traité. S’il fuit la Chine… la conclusion est claire. »

La Chine est écartelée entre deux objectifs contradictoires :

  • Empêcher l’argent de sortir pour ne pas se retrouver avec un yuan trop faible, ce qui serait considéré comme une déclaration de guerre commerciale par les États-Unis,
  • Avoir une monnaie convertible, ce qui est indispensable pour avoir une place importante dans la super-monnaie mondiale du FMI et accéder au statut de « devise de réserve ».

Évidemment, tout serait beaucoup plus simple si les monnaies étaient « équitables » au lieu d’être réduites à de la création de crédit manipulé par des banques centrales et des gouvernements.

Mais les Empires se font avec des murs et des impôts. Or le contrôle de la monnaie permet de lever toutes sortes d’impôts arbitraires. Attendez-vous aussi à des mesures de contrôles des capitaux dès que l’euro paraîtra trop vulnérable à la Parasitocratie.

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