Destitution de Dilma Rousseff : la présidente brésilienne est-elle finie ?

dilma roussef _ Rede Brasil Atual(CC BY-SA 2.0)

La destitution de Dilma Rousseff est désormais probable. Comment la présidente brésilienne en est-elle arrivée là ?

Par Rachel Cunliffe.

La destitution de Dilma Rousseff est encore loin d'être acquise. Malheureusement
dilma roussef _ Rede Brasil Atual(CC BY-SA 2.0)

 

Le 11 avril, la présidente brésilienne Dilma Rousseff fait face à « son premier vrai baromètre sur la perspective de sa destitution ». La commission lancée pour enquêter sur les accusations portées contre elle s’apprête à faire une recommandation officielle à la chambre basse. Et le pays est en plein chaos.

La destitution de Dilma Rousseff suscite les passions dans la population

Sur le terrain, le public brésilien est divisé. Dans les villes, les gens veulent que Rousseff et ses acolytes disparaissent. Le modèle à fiscalité élevée et haute protection sociale de son Parti des travailleurs, et de Luiz Inacio Lula da Silva avant elle, a provoqué la colère de la classe moyenne grandissante du Brésil, spectateur horrifié devant le gaspillage des plus grands biens du pays.

Le Brésil possède la deuxième plus grande réserve de minerai de fer au monde, est le deuxième plus grand producteur de soja, et est parmi les dix premiers producteurs de pétrole. Aujourd’hui il est en crise, faisant face à sa plus grande récession en vingt ans. Le real brésilien a perdu 24% de sa valeur face au dollar depuis 2014, l’inflation est à son plus haut niveau depuis 13 ans, et le déficit ne cesse d’augmenter.

Les gouvernements socialistes successifs ont dilapidé le potentiel du Brésil. Un mélange de corruption, de mauvaise gestion, et une incompréhension fondamentale des mécanismes économiques de base ont transformé ce qui aurait dû être une locomotive économique en un pays sinistré. Les politiques soi-disant « développementalistes », tels que le contrôle des prix, des mesures de relances, et des taux d’intérêt artificiellement bas ont eu un impact dévastateur sur la compétitivité du Brésil. Et suite à la chute des prix des produits de base, la réponse de Dilma Rousseff a été de maintenir les dépenses.

Un rapport l’accuse maintenant d’avoir contourné le Congrès et d’avoir manipulé les comptes du budget avant l’élection de 2014 pour masquer le déficit croissant du Brésil, tandis que son nom reste associé au plus grand scandale de corruption de l’histoire du Brésil : l’investigation à l’encontre de la compagnie pétrolière publique Petrobras, qu’elle a autrefois dirigée. Des manifestants continuent d’exiger sa démission depuis août, certains en appelant même à l’armée pour remplacer le gouvernement démocratiquement élu.

Comment Dilma Rousseff peut-elle encore avoir des supporters ?

Alors, comment la présidente Rousseff peut-elle toujours compter sur un certain degré de soutien public ? Ces derniers jours, le pourcentage de sondés soutenant la destitution de Dilma Rousseff ou sa démission a diminué respectivement jusqu’à 61% (auparavant 68%) et 60% (auparavant 65%). En préparation pour le vote de ce soir, la capitale Brasilia a intensifié son dispositif de sécurité, érigeant des barricades afin de contenir les factions rivales, qui sont tout autant passionnées.

Il est facile de voir pourquoi les manifestants veulent le départ de la présidente, mais que dire de ceux qui font campagne pour son maintien ? Beaucoup, bien sûr, sont les bénéficiaires directs des généreux programmes de protection sociale mis en place par elle et Lula, tels les transferts d’argent conditionnels pour envoyer leurs enfants à l’école et les faire vacciner. (Un guide touristique de Rio de Janeiro me dit dédaigneusement que ce programme est devenu un moyen pour les familles pauvres d’accroître leur revenu mensuel en ayant autant d’enfants que possible). Les prix fixes du Brésil sur des produits tels que l’électricité et le carburant sont aussi très populaires, en dépit des ravages qu’ils ont causés sur le marché intérieur.

En tant que successeur du bien-aimé Lula, Dilma Rousseff profite toujours du reflet de la gloire de l’ancien président, bien que celle-ci se fane vite. La propre popularité de Lula continue à chuter dans le sillage du scandale Petrobras, et la tentative de Rousseff de lui accorder l’immunité en le nommant à son cabinet a été accueillie avec davantage de manifestations.

Mais pour les Brésiliens qui ne participent aux manifestations d’aucun côté de l’Esplanade des ministères à Brasilia, ou à travers Rio et São Paulo, l‘avenir semble terriblement incertain. La procédure de destitution de Dilma Rousseff est soutenue avec le plus d’entrain par le vice président Michel Temer, chef du Parti du Mouvement Démocratique Brésilien (Partido do Movimento Democrático Brasileiro, PMDB). Temer, qui a ordonné au PMDB de quitter le gouvernement de coalition il y a deux semaines, a lui-même clairement des vues sur la présidence, mais il est presque autant entaché par des rumeurs de corruption que Dilma Rousseff. 58% des personnes interrogées dans un sondage pour Datafolha soutiennent sa destitution, tandis que 60% pensent qu’il devrait aussi démissionner.

Qui pour remplacer Dilma Rousseff ?

Si à la fois Rousseff et Temer sont destitués, le prochain en lice pour la présidence est Eduardo Cunha, le président de la chambre basse. Cunha est un adversaire déclaré à Rousseff, et a été le seul à lancer officiellement une procédure contre elle en décembre, en acceptant la pétition appelant à sa destitution. Mais Cunha lui-même est mêlé à l’affaire de corruption Petrobras et est accusé d’avoir accepté 5 millions de dollars en pots de vin. Il est le représentant le plus impopulaire des trois, avec une majorité écrasante de 77% des Brésiliens appelant à ce qu’il soit démis de ses fonctions.

Il semble que personne parmi l’élite politique ne soit à l’abri. Bien que Rousseff espère toujours résister à la tempête, les appels à de nouvelles élections se font de plus en plus forts  – 79% de la population y est favorable, si elle et le vice-président sont destitués. Avec de difficiles décisions à venir pour le Brésil sur des questions allant de la dette aux soins de santé, il sera presque impossible à un nouveau président de gouverner sans la confiance de son peuple.

Dès lors, si le vote en commission se déroule comme prévu ce soir, et que la chambre basse vote en faveur de la destitution de Rousseff la semaine prochaine, les Jeux Olympiques d’été de Rio seront peut être éclipsés par une compétition encore plus spectaculaire.