Faites attention ! Les secrets de notre attention

Lobes du cerveau (Crédits : Allan Ajifo, licence CC-BY 2.0), via http://aboutmodafinil.com/ Flickr

Qu’est-ce donc que l’attention ? Ce petit mot qu’on emploie de plusieurs manières, un mot qui semble avoir une grande importance et un grand pouvoir… celui de changer le monde ?

Par Bénédicte Cart.

Lobes du cerveau (Crédits : Allan Ajifo, licence CC-BY 2.0), via http://aboutmodafinil.com/ Flickr
Lobes du cerveau (Crédits : Allan Ajifo, licence CC-BY 2.0), via http://aboutmodafinil.com/ Flickr

Faites attention !

Attention, voilà bien un mot incontournable dans notre vie quotidienne. Nous l’employons tous dans de multiples situations comme : mon mari n’est pas très attentionné, mes enfants manquent d’attention et de concentration, les images défilent à toute vitesse sur nos écrans et nous stimulent de tous les côtés, les pays organisent un sommet pour faire attention à la nature, les troubles de l’attention sont reconnus comme une pathologie médicale… Mais que se passe-t-il ? Pourquoi notre attention est-elle au centre de nos préoccupations ?

Il y a quelques temps, nostalgique de mes montagnes, des sports d’hiver, des sensations fortes, de l’ambiance particulière des stations de ski, mon homme préféré, plein de bonnes attentions, me propose une soirée James Bond au ski. Et j’étais touchée par tant d’attention à mon égard, comme si faire attention à l’autre était la plus belle forme de reconnaissance.

Confortablement installée, je restais concentrée sur le film, luttant contre mon envie de m’endormir, en faisant attention aux moindres détails, aux paysages, l’intrigue, cherchant presque à ressentir les sensations de glisse dans les courses-poursuites.

Malgré la fatigue, j’étais très attentive et bien éveillée, réclamant presque une suite. Surprise, je commençais à me demander comment mon intérêt pour ce film avait gagné la bataille sur mon précieux sommeil.

Mais alors qu’est-ce donc que l’attention ? Ce petit mot qu’on emploie de plusieurs manières, un mot qui semble avoir une grande importance et un grand pouvoir… celui de changer le monde ?

Pour bien comprendre l’impact de ce mot, faisons une plongée dans notre cerveau. Il existe de nombreuses recherches sur l’attention cérébrale, en passant par Freud et son état conscient/inconscient, et plus actuellement l’intérêt pour la « chimie cérébrale » développée par Jean-Pierre Changeux notamment. Il développe le principe « d’espace de travail global » qui serait comme un grand écran où se déroule le film de notre vie. Et l’attention joue le rôle de scénariste. À chaque moment, de multiples informations arrivent sur cet écran, elles viennent de notre environnement extérieur mais aussi de l’intérieur. Sauf que notre capacité à être conscient de plusieurs choses en même temps est limitée, une hiérarchie s’effectue alors sur le grand écran, pour construire notre film. Et ainsi, des neuroscientifiques émettent l’hypothèse que les réseaux neuronaux de l’attention interagissent avec toutes les informations qui nous arrivent.

Reprenons l’image du scénariste : il est celui qui décide quel élément, quel acteur mettre au premier plan, ce qui peut rester en périphérie, ce que qui n’est pas utile de dévoiler au spectateur pour le moment. Eh bien l’attention a le même fonctionnement. Elle permet de donner du sens en hiérarchisant les informations, dans le but de comprendre un contexte (une intrigue sur grand écran), et de résoudre un problème ou atteindre un but.

En terme plus scientifique, nous parlons d’attention descendante : nous avons des réseaux intentionnels qui vont diriger notre attention, comme une caméra, pouvant demander un gros plan ou un zoom. Nous ne serions alors attentifs qu’à certains éléments de notre environnement, opérant des coupes sèches dans le champ d’informations pour ne conserver que celles qui nous intéressent.

Mais alors si notre attention choisit la manière dont nous traitons le monde et induit nos actions, qui est ce scénariste qui nous guide ?

Eh bien ce scénariste, c’est nous, chacun d’entre nous, nos souvenirs, nos préférences, nos goûts, tous nos apprentissages, nos schémas, nos comportements. C’est lui qui guide notre réseau attentionnel et dirige les caméras, le jeu des acteurs.

Cependant, dans un souci d’économie notre cerveau met en place des stratégies, l’attention se divise en 3 niveaux nous permettant d’interagir avec plus de souplesse (l’attention sélective, l’attention soutenue et l’attention divisée).

Revenons-en à notre point de départ : notre attention nous ferait-elle défaut ?

Les neuroscientifiques d’aujourd’hui, à l’image du chercheur Jean-Philippe Lachaux nous expliquent l’intérêt d’apprendre à être attentif. En effet, comme le scénariste guide ses acteurs, nous pouvons nous laisser complétement guider par notre attention, en oubliant notre liberté de voir et d’agir différemment, ne prenant en compte qu’une seule réalité comme véridique. L’attention est un réseau qui fonctionne en anticipant les focus, et ne laissant plus la place au libre choix de faire attention. C’est donc une habilité que chacun doit apprendre à gérer et travailler tout au long de sa vie.

Mais aujourd’hui, si notre attention est autant sollicitée, n’est-ce pas un signal d’alarme ? Une manière de faire comprendre que les acteurs doivent eux aussi exercer un feed-back positif sur le scénariste pour produire le meilleur film possible ? Mais aussi, peut-être celui de prendre soin de ce bien si précieux et rare qu’est notre attention, car elle est le scénariste de nos vies, celui qui donne toute sa beauté au film.