Bac 2015 : un corrigé possible pour le texte de Spinoza

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Baruch Spinoza - Franz Wulfhagen 1664 - CC

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Bac 2015 : un corrigé possible pour le texte de Spinoza

Publié le 18 juin 2015
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Correction en temps limité d’un texte de Spinoza, extrait du Traité théologico-politique, posant la démocratie comme meilleur mode de gouvernement possible. Ce corrigé n’est qu’une indication de traitement, non un passage obligé. Il n’existe pas de plan type en philosophie, nous cherchons les argumentations cohérentes.

Par Rara’, pour Contrepoints

Baruch Spinoza - Franz Wulfhagen 1664 - CC
Baruch Spinoza – Franz Wulfhagen 1664 – CC

« Dans un État démocratique, des ordres absurdes ne sont guère à craindre, car il est presque impossible que la majorité d’une grande assemblée se mette d’accord sur une seule et même absurdité. Cela est peu à craindre, également, à raison du fondement et de la fin de la démocratie, qui n’est autre que de soustraire les hommes à la domination absurde de l’appétit et à les maintenir, autant qu’il est possible, dans les limites de la raison, pour qu’ils vivent dans la concorde et dans la paix.
Ôté ce fondement, tout l’édifice s’écroule aisément. Au seul souverain, donc, il appartient d’y pourvoir ; aux sujets, il appartient d’exécuter ses commandements et de ne reconnaître comme droit que ce que le souverain déclare être le droit.
Peut-être pensera-t-on que, par ce principe, nous faisons des sujets des esclaves ; on pense en effet que l’esclave est celui qui agit par commandement et l’homme libre celui qui agit selon son caprice. Cela cependant n’est pas absolument vrai ; car en réalité, celui qui est captif de son plaisir, incapable de voir et de faire ce qui lui est utile, est le plus grand des esclaves, et seul est libre celui qui vit, de toute son âme, sous la seule conduite de la raison. »

SPINOZA, Traité théologico-politique (1670)

L’être humain, par nature, doit vivre en société, ce qui implique un mode d’organisation commun et reconnu par chacun des membres de celle-ci : c’est la fonction qui est initialement attribuée à la politique – de polis, la Cité. La politique, en effet, désigne initialement l’organisation des rapports humains selon l’idéal de la justice. Par conséquent, et somme toute mécaniquement, la philosophie pose depuis son origine la question du meilleur mode d’organisation des hommes entre eux.

Si l’Antiquité et la Chrétienté semblent avoir vu dans les peuples uniquement des masses qu’il convenait que le bon législateur guide, voire assure le salut de leur âme et les fasse accéder à la béatitude finale, la Renaissance sous l’influence de Machiavel, puis le XVIIème siècle vont venir fragiliser cette conception du politique qui aboutira le siècle suivant à la modernité et l’émergence de l’État de Droit. C’est dans ce contexte intellectuel et politique que Spinoza rédige le Traité théologico-politique dans lequel il conteste d’une part le lien entre religion et vertu, soutenant qu’une République d’athées ne serait pas moins vertueuse qu’une République Chrétienne et dans lequel il soutient, notamment dans cet extrait, que le meilleur modèle d’organisation des communautés humaines est le régime démocratique, c’est-à-dire un gouvernement du peuple par le peuple. Ainsi, dans une première partie, allant jusqu’à « (…) être le droit », il montre qu’au contraire de ce que pensait la tradition, la foule ne prend pas des décisions déraisonnables parce qu’elle est avant tout guidée par le bon sens, pour revenir encore sur ce que Hegel qualifiera deux siècles plus tard d' »éternel malentendu » : les lois ne limitent pas la liberté dès lors qu’elle se bornent à enseigner à ne pas satisfaire immédiatement ses impulsions premières mais sont, bien au contraire, condition de la liberté dès lors qu’elles favorisent l’usage de la réflexion.

Platon émettait les plus vives réserves concernant le régime démocratique athénien, lequel avait en effet abouti à la condamnation de Socrate, l’homme le plus juste de la Cité. Et force est de constater que la démocratie athénienne se corrompait chaque jour davantage depuis la mort de Périclès. Le système des délibérations publiques imposait l’usage de la rhétorique, laquelle n’est jamais qu’un « discours d’ignorants s’adressant à des ignorants » (Gorgias), les lois étaient votées et la justice était rendue sur des fondements arbitraires et « absurdes ». Ainsi, Platon estimait nécessaire de confier la direction de la Cité à un « Philosophe-Roi », dont toute l’éducation aurait concouru à ce but, d’autant qu’il est sans doute plus facile d’éduquer selon les lois de la raison un seul individu que tous.

C’est à cette conception verticale de l’exercice du pouvoir, perpétuée par les Empereurs, les Rois et les Papes, que s’oppose Spinoza. En effet, à l’ignorance individuelle il objecte la quantité des voix en présence, et affirme :  » dans un État démocratique, des ordres absurdes ne sont guère à craindre, car il est presque impossible que la majorité d’une grande assemblée se mette d’accord sur une seule et même absurdité. » D’une façon, qui peut sans doute paraître naïve, Spinoza s’appuie ici sur une forme de raison partagée par suffisamment des membres constituant le corps des électeurs pour reconnaître des propositions de lois qui y seraient contraire. Pour autant, il est logique d’envisager qu’une masse d’individus raisonnables soit moins aisément manipulable et corruptible qu’un individu détenant un pouvoir absolu : plus le nombre de consciences en accord pour prendre une décision est élevé, plus il devient mécaniquement difficile d’obtenir un consensus.

D’autre part, Spinoza s’appuie sur le fait que dans son « fondement » comme dans sa « fin » la démocratie est destinée à être un rempart contre l’arbitraire et le caprice individuel du souverain, et qu’il ne saurait exister dès lors aucun point de contact entre les deux régimes qui justifierait que l’on envisage que les dérives de la monarchie puissent s’étendre à un régime démocratique. L’histoire, en effet, ne manque pas de tyrans, ni de despotes n’ayant pas hésité à sacrifier tout ce qui les entourait à leur seul profit. Tous les chefs d’État n’étaient pas Périclès et tout souverain, quel qu’il soit, reste un homme, doué d’une volonté infinie. Dès lors, il devient cohérent d’envisager qu’il puisse être préférable d’opposer à une volonté unique ce que Rousseau appellera le siècle suivant la « volonté générale ».

Ainsi, Spinoza démontre qu’à bien considérer la façon dont les choses se passent, la démocratie se présente comme un mode d’organisation préférable à la monarchie parce qu’elle s’appuierait sur la raison de la majorité ; c’est pourquoi il explique ensuite comment la démocratie, par l’intermédiaire de la loi, doit permettre l’accès de chacun à l’exercice de la raison, donc de la liberté.
En réalité, contre Platon et la tradition, Spinoza pose que la démocratie ne repose pas sur l’éducation de ses citoyens pour fonctionner mais repose, bien au contraire, sur l’ambition d’instaurer un règne de la raison présidant les rapports humains, au sein d’un État dont le but ne serait ni la liberté – prônée par Locke – ni la sécurité – prônée par Hobbes – mais « la concorde et la paix ». Anticipant en cela l’État de droit, Spinoza objecte à Platon que l’élévation collective à l’usage de la raison peut se faire par l’intermédiaire de la loi.

Ainsi, ce qui incombe et incombe seulement au « souverain », c’est-à-dire à l’autorité suprême d’un peuple, c’est d’instaurer des lois justes afin d’entraîner l’esprit à la justice, afin que ce qui n’était qu’une disposition se concrétise dans une habitude selon l’antique principe selon lequel la morale est un Hexis, c’est-à-dire une habitude acquise par la répétition (Aristote, Éthique à Nicomaque).

De même en est-il pour la liberté, laquelle n’est pas d’ « [agir] selon son caprice », tel le tyran qui agit selon son bon vouloir, mais selon les impératifs de la raison. Si l’opinion estime que la liberté se résume à faire ce qui nous passe par la tête, Spinoza en réaffirme une conception plus haute, comme la capacité à refuser l’utile pour viser le bien, refuser l’absurdité des lois pour promouvoir la paix et la concorde, à cesser d’être esclave de soi et  » captif de son plaisir ». La liberté est une conquête de la raison, contre soi et contre l’immédiateté de l’impulsion, afin d’effectuer un véritable calcul rationnel, seul à même de prendre conscience de ce « qui [lui] est utile ». La loi, dès lors qu’elle se présente comme un frein à la réaction permet d’instaurer et « autant qu’il est possible » de pérenniser l’instant d’humanité qui existe entre un stimulus et sa réponse.

Certes, on pourrait reprocher à Spinoza d’avoir écrit au XVIIème siècle et d’avoir, dans une époque dominée par l’arbitraire individuel, ignoré les spasmes auxquels la démocratie moderne sera confrontée. Son angélisme apparent n’est que l’effet d’une volonté de soustraire le politique aux aléas des caprices d’individus désignés par la naissance et il expose une conception du phénomène politique basée sur la responsabilité qui favorisera l’émergence des penseurs libéraux tels que Montesquieu ou Bastiat.

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  • Votre réflexion est intéressante, merci.

    Je reviens juste sur un propos :

    « Dans un Etat démocratique, des ordres absurdes ne sont guère à craindre, car il est presque impossible que la majorité d’une grande assemblée se mette d’accord sur une seule et même absurdité. » D’une façon, qui peut sans doute paraître naïve, Spinoza s’appuie ici sur une forme de raison partagée par suffisamment des membres constituant le corps des électeurs pour reconnaître des propositions de lois qui y seraient contraire. Pour autant, il est logique d’envisager qu’une masse d’individus raisonnables soit moins aisément manipulable et corruptible qu’un individu détenant un pouvoir absolu : plus le nombre de consciences en accord pour prendre une décision est élevé, plus il devient mécaniquement difficile d’obtenir un consensus. »

    Dans l’absolu, il peut sembler difficile qu’une assemblée d’individus raisonnable se mette d’accord sur une seule et même absurdité. Pour autant, je pense qu’aujourd’hui nous sommes un peu à la limite de cette logique à cause de la logique de parti. Prenez l’exemple récent du 49.3 : toute l’assemblée râle comme un seul homme, que ce soient les députés de gauche, de droite, et d’autres partis.
    Pour autant, la motion de censure ne passera probablement pas car les députés de gauche vont tous voter dans le même sens afin de respecter une discipline de parti. Idem pour toutes les lois farfelues qui sont passées ces dernières années, dès qu’un parti est majoritaire à l’assemblée, alors même si un député est contre une loi, il ne s’y opposera pas.
    Du coup, j’ai tendance à penser qu’une assemblée ne peut se mettre d’accord sur une absurdité à condition qu’elle soit constituée d’hommes libres et indépendants, et que la conviction de chacun prenne le pas sur la discipline de parti. Sans quoi, que l’on ait 600 députés ou seulement une dizaine représentant chacun un parti ne change strictement rien.

    • Quand Spinoza parle d’une grande assemblée, il parle d’une grosse fraction du peuple entier, pas d’un groupe de députains aussi nombreux soient-ils.
      Ce qui ne veut pas dire que Spinoza a raison. Il a même tort : il n’est pas difficile de trouver des exemples où « la majorité d’une grande assemblée [s’est mis] d’accord sur une seule et même absurdité. » exemples évidents : des déclarations de guerre enthousiastes. Il en est bien d’autres …

      Curieusement, le texte soumis au commentaire des section L soutient l’opinion inverse de celle de Spinoza :

      « Pour qu’il y ait société, […] il faut donc que tous les esprits des citoyens soient toujours rassemblés et tenus ensemble par quelques idées principales ; et cela ne saurait être, à moins que chacun d’eux ne vienne quelquefois puiser ses opinions à une même source et ne consente à recevoir un certain nombre de croyances toutes faites. « 

      • Si on est bien d’accord, c’est que « puiser ses opinions à une même source et ne consentir à recevoir un certain nombre de croyances toutes faites. « , c’est vraiment cela qui n’est ni le rôle de « l’interprète d’une communauté d’électeurs », ni réellement « raisonnable ».

        Il n’y a pas de doute qu’un élu qui abandonne ses électeurs pour suivre son propre groupe d’appartenance, trahit évidemment ceux qu’il représente. Il corrompt donc le principe démocratique.

        • si le principe démocratique c’est « un homme = une voix », en pratique à travers une élection il devient toujours (et forcément !) « un homme = une voix SI il est d’accord avec la décision finale (i.e. dans le camps vainqueur), zéro dans le cas contraire ». Le principe démocratique est corrompu à la base, les élus n’y sont pour rien et les électeurs non plus… Montesquieu, pour qui la démocratie était un régime pourri, n’était pas un imbécile.
          C’est pour ça que je suis libéral et que je considère que la seule véritable démocratie c’est le marché dont on a éliminer une marchandise : la capacité de nuisance, de violence, de menace. Malheureusement cette marchandise est bien trop répandue, elle a trop de valeur et se vend trop bien.

  • le 16 juin 2015 à 13 h 27 min, j’avais écrit ailleurs  » ‘une rue de la Juiverie (ou même tout un quartier, comme à Meaux)’ ça me rappelle qu’à Trèves (Trier) il y en eut un aussi et, à ma connaissance, la ‘Judengasse’ existe toujours. Maintenant je vais confesser une horreur. Tout petits mais très turbulents, mes frères et moi parvînmes sans trop de mal à souvent excéder ma grand-mère qui criait – pour surpasser le vacarme – ‘dat is jo hei wie in der Judeschul!!! // mais c’est ici comme à l’école juive!!!’ ce qui dès mon plus tendre âge me remplit d’une admiration pour les Juifs qui depuis lors, ne s’est jamais démentie. »
    Et pour cause. Que serions-nous sans les Juifs? Ne pas oublier que Jésus fut Juif, lui qui fut l' »inventeur » de la fraternité humaine (« Dieu est notre père à tous », donc – )
    Ce que le Juif Spinoza devait à Nicolaus Cusanus (qui n’était pas Juif), j’en ai parlé autre part

    (http://www.contrepoints.org/2015/05/29/209107-entretien-avec-un-libertarien-thierry-falissard ),

    tandis que ce qu’il devait à un autre Juif, Maïmonide, il en parle lui-même, p. 164 Garnier-Flammarion 1965 du Traité théologico-politique: « Maïmonide eut une toute autre manière de voir; d’après lui chaque passage de l’Ecriture admet plusieurs sens et même des sens opposés, et nous ne pouvons savoir quel est le vrai sens d’aucun passage, qu’autant que nous savons qu’il ne contient rien, tel que nous l’interprétons, qui ne s’accorde avec la Raison ou qui lui contredise. S’il se trouve, pris dans son sens littéral, contredire à la Raison, tant clair paraisse-t-il, il faut l’interpréter autrement. » Suffit de penser aux ravages qu’ une interprétation strictement littérale de certains textes religieux a produits (inquisition) et continue de produire (ISIS/Daesh) pour voir le bien-fondé de cette pensée – – qui d’ailleurs n’était pas du tout étrangère aux penseurs musulmans: ainsi des Mu’tazilites comme ‘Amr b. ‘Ubayd et surtout Wâsil b. Atâ avaient-ils rejeté l’interprétation du Qur’ân par voie traditionnelle et ce, cinq siècles avant St Tholmas d’Aquin et dix siècles avant Kant. Malheureusement les Mu’tazilites, on sait ce qu’il leur advint.
    Bien entendu, Spinoza admet qu’il n’existe nulle croyance qui n’ait sa vérité, qui ne soit justifiée en un sens (Ethique II, prop. 35 + scolie); mais la soumission aveugle est la déraison même càd la ‘passion’, l’esclavage, aussi ne peut-elle être justifiée en aucune manière.

    • Ce que vous expliquez est bien ce qu’on appelle « l’exégèse », indispensable simplement parce que le contexte de l’époque n’est pas celui de maintenant, particulièrement sur le plan des « sciences », au sens très large de « connaissances ».

      Il est donc aussi sot de prendre ces textes à la lettre que de n’y pas voir l’intérêt de l’ensemble des textes rassemblés, en tout cas si on adopte le regard de ceux pour qui cet ensemble est une base solide.

      L’exégèse ou interprétation « plus exacte » est donc essentielle pour les lecteurs intéressés « qui ne savent pas tout »… et ridiculise un peu ceux qui ont besoin de s’en moquer, sur base de l’un ou l’autre extrait isolé ou qui confondent le but de ces écrits: encourager un comportement spirituel et moral ou bien imposer des obligations et interdictions dont certains prennent prétexte pour se hisser au pouvoir de juger les autres et écarter les gêneurs de leurs ambitions bien concrètes. Pas besoin de dessin, je pense.

      Dans la démocratie, Il y a un élément que je ne vois pas cité très souvent: bien sûr, je ne nie pas que le système traditionnel (électif) donne le droit au groupe majoritaire d’imposer son point de vue, surtout dans les systèmes majoritaires.

      Dans les systèmes proportionnels, une (fréquente) coalition oblige aux négociations et aux concessions. Pourtant, ce qu’une coalition vote, moins sûrement qu’un ensemble majoritaire homogène, est souvent moins radical ou univoque et convient à plus de population.

      Cela se voit quand un système majoritaire change de bord: le suivant d’une autre couleur détricote ce qui a été fait. C’est bien plus rare dans les coalitions où une « couleur » n’acceptera pas de voter « noir puis blanc », pendant une législation puis la suivante, sauf en cas d’échec flagrant.

      Alors oui, ce sont bien les idéologies qui paient le plus grand tribut car plus aucune n’est suivie strictement. Cela ne me dérange pas, tant je crois que l’idéologie déjà écrite n’aura pour destinée que l’échec de son manque d’universalité et d’adaptation aux réalités: bien sûr, les convaincus de cette idéologie diront que l’idéologie n’a pas été assez suivie! Facile!

      Mais non! La vraie noblesse de la démocratie ce n’est pas la seule loi de la majorité, mais bien la protection des minorités qui ne sont pas oubliées. Quand on voit le président français élu, au second tour avec moins de 52%: peut-on ignorer 48% de la France, quand on gouverne?

  • Concernant la loi Spinoza a totalement tort, les seules lois nécessaires à l’établissement de la civilisation sont connus des Hommes depuis bien longtemps et figurent toutes dans le décalogue et sont les commandements de 6 à 10 de la tradition juive qui sont toujours présentés séparés des 5 premiers (relatif à Dieu)

    Tu ne tueras point. (la traduction tu n’assassineras point est à mon sens préférable)
    Tu ne commettras pas d’adultère.
    Tu ne voleras pas.
    Tu ne feras pas de faux témoignage.
    Tu ne convoiteras ni la femme, ni la maison, ni rien de ce qui appartient à ton prochain.

    Confier aux hommes le droit de faire d’autres lois et quelque soit la forme dont sont faites ces lois par un Monarque absolue, des humains désignés par élection ou par le sort ne peut conduire qu’à l’asservissement des humains par d’autres, et jamais les hommes qui font la loi ne sont privés de le faire.

    Toutes les dérives dont sont capables les Hommes dès lors qu’ils se croient autorisé à faire la loi sont mentionnés dans le Livre des Juges (17:6)
    En ce temps-là, il n’y avait point de roi (comprendre de législateur) en Israël. Chacun faisait ce qui lui semblait bon.

    Depuis qu’il y a des rois et donc des Hommes qui font des lois, ce n’est plus chacun qui fait ce qui lui semble bon, mais un ou quelques-uns qui imposent par le monopole légal de violence, dans le meilleur des cas (expression de la raison du législateur), ceux qui leurs semblent bon.

    Spinoza est pour moi hors sujet en commettant l’erreur de penser, j’oserai dire de croire ,que l’Homme est autorisé à faire la loi et qu’il faut donc trouver le bon système pour qu’elle soit le fruit de la raison, alors que pour moi tout Homme doté de raison sait que l’ensemble des lois nécessaires au bon fonctionnement de la civilisation existent, qu’il est inutile d’en écrire d’autres, et que c’est aux juges et à eux seuls d’écrire le droit (jurisprudentiel) en les interprétants selon chaque cas qui se présente devant eux.

    • Les 10 commandements sont la raison même et en tout état de cause, valent bien les > 80.000 lois belges (existant en 2002 selon le ministre de la justice Verwilghen).

      Ceci dit, vous savez probablement que Moïse n’a jamais existé, ni Abraham non plus d’ailleurs [« in der Bibelwissenschaft besteht ein Konsens darüber, dass es Abraham nicht gegeben hat // dans les sciences bibliques existe un consensus qu’Abraham n’a jamais existé », dans: ‘Der frühe Islam’, K-H Ohlig et al, Verlag Hans Schiler, Berlin 2007, p. 310, et « (…) konstitutive religiöse Neuanfänge und Zäsuren werden oft mit Erzählungen über ihre Begründer verbunden, seien sie gänzlich fiktiv wie bei Laotse, den biblischen Patriarchen oder Mose, oder (usw) // les recommencements religieux et césures constitutifs sont souvent reliées à des histoires sur leurs fondateurs, fussent-elles complètement fictives comme pour Laotse, les patriarches bibliques ou Moïse, ou (etc) », ibid. p. 346].

      Lesdits commandements sont le fruit d’une longue et dure expérience qu’il serait trop long de développer ici; suffit qu’ils ne contredisent pas la raison – – ce qui, dans mon exposé ci-dessus, apparaît comme la pierre de touche proprement dite

    • Désolé mais le décalogue ne suffit pas. La liste des conflits qu’il ne tranche pas est infini (par exemple : le conflit entre Cain l’agriculteur sédentaire et Abel le pasteur nomade). Et même quand il fixe des idées générales, il laisse quantité de modalités pratiques qui se valent toutes a priori mais ne sont pas compatibles (par exemple pour un héritage : Testament Vs fixation coutumière ou légale, qui elle-même peut fonctionner selon le droit d’ainesse ou un partage plus ou moins égal entre les héritiers, dont la désignation ne va d’ailleurs pas de soi). Les juges restent des hommes.

      libres

      • La raison, càd « la pierre de touche proprement dite » dont je viens de parler, n’est-elle pas trop souvent absente de ces « > 80.000 lois » qui en aucune façon non plus, ne parviennent à couvrir cette « liste des conflits » qui comme vous dites si bien, « est infinie »? Fabriquer une loi ad hoc pour chaque petite infraction ne me semble pas une voie idéale non plus.

      • Le conflit entre Cain et Abel se tranche à partir des lois suivantes :
        Tu ne voleras pas.
        Tu ne convoiteras ni la femme, ni la maison, ni rien de ce qui appartient à ton prochain.

        Si le nomade ne sait pas qu’il se trouve sur la propriété d’autrui il ne peut être tenu pour responsable du vol car il n’a en rien convoité pour l’acquérir en mal ce qui appartient à son prochain.

        Cain assassinant par la suite Abel enfraint la loi.

        Pour l’héritage cela à fonctionné pendant des siècles sans lois mais pas sans droit, le droit de l’héritage dépendant de la façon dont les juges en cas de conflit entre héritiers ont tranché les litiges.

        Il est toujours préférable d’avoir affaire à un juge qui tout humain qu’il est commet une erreur qu’à un législateur qui fait une loi s’appliquant uniformément sur tout un territoire sans autre moyen de recours quand elle est mauvaise qu’une nouvelle loi.

        • Caïn N’a PAS enfreint la loi : le décalogue n’est pas encore écrit, aucune loi n’a été proclamer contree un événement que ne s’est encore jamais produit ! C’est le premier meurtre, un moment ou un inimaginable, un indicible se produit contre toute attente. C’est le moment où l’imprévu du genre horrible se révèle, et qu’il faut y faire face, juridiquement si possible. Et on y fait face comment ? en posant un principe et en écrivant une loi qui tâche de donner une force pratique à ce principe.
          Il n’est pas difficile de reconnaitre le principe et de considérer qu’il vient de Dieu. le décalogue fera facilement l’unanimité. Mais après, sur les modalité donnant force à ce principe, il y aura des divergences, certaines très légitime.
          La façon dont la loi sera écrite, d’un coup par délibération d’une assemblée, ou petit à petit au fil du temps par jurisprudence, ça n’a guère d’importance.
          Le décalogue pose des principe, et sur le principe convoiter la femme la maison ou ne serait-ce qu’un jouet, c’est pareil, c’est mal. Et même, et c’est mal que cela ait été réalisé ou pas. Mais en pratique personne de sensé n’ira imposer le même châtiment pour avoir convoité un œuf ou un bœuf, ou pour l’avoir simplement convoité ou avoir été jusqu’à le prendre.
          Bref, comme je disais le décalogue ne suffit pas.

  • « Dans un Etat démocratique, des ordres absurdes ne sont guère à craindre, car il est presque impossible que la majorité d’une grande assemblée se mette d’accord sur une seule et même absurdité. »
    Mon cher Spi. regardez la loi sur la sécurité informatique.
    L’homme obéit également à des lois non-écrites : comme la prohibition de l’inceste.

    • La prohibition de l’inceste qui reste pourtant bien, semble-t-il, l’acte pédophile le plus fréquent

    • PARTIRUNJOUR: « Mon cher Spi. regardez la loi sur la sécurité informatique. »

      Votée par 0,0008% du peuple.

      Démocratie= « pouvoir du peuple ».
      En France quelques princes votent 70 lois par année sans même que le peuple soit informé la plupart du temps, c’est une monarchie bureaucratique élective.

  • Cela pourrait être pire : genre 100%; Mais c’est la loi non-écrite la plus respectée dans le monde ; d’ailleurs Lévi Strauss y voyait une forme de développement des villages et peuplades, obligés de quitter le sein familial, les aînés devaient quitter le village familial pour procréer avec d’autre sang et éviter une « mogolisation » du village.

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