« Effets secondaires » d’Anne May

Le roman d’Anne May s’intéresse aux aspects formalistes de la réglementation du médicament et de la reconnaissance scientifique des universitaires.

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« Effets secondaires » d’Anne May

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l'auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.
Publié le 15 mai 2015
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Par Francis Richard

effets-secondaires-mayNos sociétés occidentales sont grandes consommatrices de médicaments, et ce de plus en plus. Aussi, sous prétexte de protéger les patients, les États interviennent-ils sur les échanges de plus en plus volumineux entre eux et l’industrie pharmaceutique. Ce sont les fameuses autorisations de mise sur le marché qui ne sont pourtant pas de réelles garanties pour eux.

De récents scandales ont même montré que ce sont des leurres. Toute réglementation a en effet pour corollaires formalisme, contournement de son objet, et corruption. Et, comme dans le domaine de la pharmacie, les enjeux sont énormes, ces corollaires sont d’autant plus importants. À cela s’ajoute la fameuse propriété intellectuelle, qui n’a de propriété que le nom et qui est, en fait, la protection de privilèges monopolistiques, accordés par les États à ceux qui sont les plus rapides et les plus puissants à la faire enregistrer pour l’opposer aux autres.

Dans Effets secondaires, Anne May, sous la forme d’un roman aux allures de thriller, s’intéresse à un des aspects formalistes de la réglementation du médicament, celui des études cliniques, qui, théoriquement, sont faites pour, auprès de patients consentants, tester l’innocuité ou non d’un médicament et qui sont versées à l’appui des dossiers d’autorisation de mise sur le marché. Elle s’intéresse aussi à un autre aspect formaliste qui peut lui être lié, celui de la reconnaissance scientifique des universitaires, jugée à l’aune du nombre de publications par eux dans des revues de référence.

Tom Jackson est avocat, spécialisé au sein du cabinet qui l’emploie dans la défense des fabricants de tabac. Cette spécialité l’amène à voyager dans le monde et plus particulièrement en Asie, à Hong-Kong et au Japon. Il est divorcé de sa femme Catherine, avec laquelle il a eu une fille, Jennifer, restée très proche de lui, et complice, qui fait des études supérieures. Il entretient des relations épisodiques avec Hermana, élégante employée de l’OMS.

Quelques semaines après, Tom est encore sous le choc de la mort de son ami Inoue Saitoh, savant japonais, faisant des recherches sur la maladie d’Alzheimer à l’Université de Genève. Saitoh est mort après avoir fait une chute de deux cents mètres lors d’une ascension alpine, au-dessus de Zermatt. Quelques semaines auparavant cet ami, alpiniste chevronné, lui avait fait part d’une grande découverte dans son domaine de recherche, en lui demandant d’être discret.

Or, après sa disparition, chose étrange, il n’y a plus trace nulle part des travaux de Saitoh, ni à l’Université de Genève, ni chez lui. Il devrait pourtant y avoir au moins des cahiers de laboratoire, dans lesquels tout bon scientifique consigne les éléments de preuve qu’il recueille pour étayer ses thèses. Seule trace qui va conduire Tom à mener l’enquête, un article qui n’a pas été publié par la revue Nature, et que lui envoie Michiko, la fille de Saitoh, à laquelle son ami l’avait présenté lors d’un passage à Tokyo.

Cette enquête se déroule à Genève, à Londres, au Japon, à Hong-Kong et même au Vietnam. Au cours de cette enquête, Tom et le lecteur apprennent l’existence de tout un monde où les scientifiques et les big pharmas sont amenés à se croiser, joyeux euphémisme. La réputation de certains de ces scientifiques et de certaines de ces big pharmas en sort évidemment écornée. On retrouve là encore le formalisme sans vérité de fond qui permet la reconnaissance publique, aussi bien pour les uns que pour les autres.

Pour être reconnu, un scientifique doit publier dans des revues de prestige et ses articles doivent être revus par des pairs. Or, parmi eux, il en est qui signent des articles qu’ils n’ont tout simplement pas écrits, ce sont les ghostauthors, que d’autres, les ghostwriters, ont écrits à leur place. Les premiers en récoltent prestige et places académiques émérites, et pourquoi pas espèces sonnantes et trébuchantes, que touchent assurément les seconds.

Pour être reconnu, un médicament doit avoir fait l’objet de tests scientifiques sur un échantillon de population. Il s’agit de savoir si son administration aura des effets secondaires ou non sur les malades. Or, parmi ces études cliniques, il en est qui sont officielles, et publiées, et servent de faire-valoir, il en est qui sont officieuses, et non publiées, et servent surtout à se défendre éventuellement contre les attaques futures de victimes. La réalisation de ces études ne se fait pas toujours avec le libre consentement de ceux qui acceptent de servir de cobayes…

Cette enquête de Tom est menée sur un rythme haletant. Elle est pleine de rebondissements. Tom et ses proches sont soumis à de rudes épreuves. Finalement il semble bien que le fabuliste avait raison qui disait que la loi du plus fort était toujours la meilleure, surtout s’il bénéficie de la connivence des pouvoirs politique et médiatique. Cependant, l’épilogue se termine sur une lueur d’espoir, auquel ce livre contribue certainement en levant un coin du voile sur des pratiques rien moins que morales.


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