« Deux jours, une nuit » : que vaut le film anti-capitaliste des frères Dardenne ?

Le film montre involontairement comment des secteurs subventionnés par les pouvoirs publics se cassent la figure.

Par Thierry D.

2 jours 1 nuit

Dans leur dernier film « Deux Jours, Une Nuit », les frères Dardenne se penchent une fois de plus sur les méfaits du capitalisme tueur d’oursons et, plus particulièrement ici, la capacité de ce dernier à diviser le monde des travailleurs en les montant les uns contre les autres.

Le pitch est insoutenable : l’héroïne, déprimo-pleurnicharde, travaille dans une entreprise wallonne en difficulté et, tout au long du film, la pauvre fille devra aller de maison en maison pour tenter de convaincre ses collègues de renoncer à une prime de 1000 euros pour lui permettre de rester dans la boîte. Le capitalisme cynique et destructeur dans toute son horreur !

Vraiment ?

Dans le scénario, l’entreprise en question (SolWal, ça ne s’invente pas) monte et vend des panneaux solaires. Elle survit grâce aux certificats verts et n’aurait très probablement jamais existé sans ces derniers. Des études sérieuses ont d’ailleurs démontré que pour chaque emploi créé par un système de certificats verts ou, plus généralement, des subsides directs aux énergies renouvelables, entre 2 et 4 emplois sont détruits dans le reste de l’économie et le prix de l’électricité grimpe en flèche.

Bien sûr, nos Che Guevara Brothers dispendieux et opportunistes écartent ces considérations ridicules pour remettre une bonne petite couche de racisme économique. « C’est la faute des Chinois ! », font-ils dire au patron de la boîte désemparé. Le péril jaune qui menace l’économie wallonne. Il fallait y penser !

En réalité, le film montre de façon incroyablement candide (et involontairement) comment des secteurs choisis et subsidiés par les pouvoirs publics se cassent systématiquement la figure lorsque l’argent des autres vient à manquer.

Mais bon, c’est tellement plus facile de mettre ces problèmes sur le dos des étrangers et du marché libre sans foi ni loi que sur plus de cinquante ans de collectivisme et de planification économique.

En parlant de subsides, on notera que ce film-révélation n’aurait jamais existé sans le concours généreux bien qu’involontaire des contribuables belges et européens dont l’argent fut si judicieusement redistribué aux deux frères via la RTBF, le Centre du Cinéma et de l’Audiovisuel de la Fédération Wallonie-Bruxelles, France Télévisions, le Vlaams Audiovisueel Fonds, Eurimages et VOO.

  • Deux jours, une nuit, drame belge de Jean-Pierre et Luc Dardenne (sortie le 21 mai 2014), avec Marion Cotillard, Fabrizio Rongione, Pili Groyne. Durée : 1h35.


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