Attentat à Boston : pourquoi Tsarnaev ne sera pas condamné à mort

Notre correspondant à Boston donne son analyse du jugement de l’auteur de l’attentat de Boston, attentat qu’il a vécu en tant que témoin direct…

Par Daniel Girard, depuis Boston, États-Unis.

Tsarnaev dessin

L’attentat terroriste du marathon de Boston restera à jamais gravé dans ma mémoire. J’étais dehors, à Boston, le 15 avril 2013, un dimanche ensoleillé, quand la sonnerie du téléphone m’a fait entrer chez moi. Des bombes explosent chez vous ? ai-je entendu. J’ai alors été aspiré pendant cinq jours dans cet univers traumatique dans lequel on cherchait qui avait bien pu infliger des blessures sévères et mortelles à des gens qui n’étaient là que pour encourager des marathoniens. Trois morts et 264 blessés, dont 17 amputés…

L’arrestation, le 20 avril, de Dzhokar Tsarnaev 19 ans, après la mort de son frère aîné de 26 ans, Tamerlan, avait permis aux citadins de mieux respirer. Mais, dernièrement, les blessures à peine cicatrisées ont été ravivées par seize jours de témoignages au procès pour meurtre de Dzhokar Tsarnaev. Des souvenirs pénibles, des preuves douloureuses, pour une conclusion combien inévitable. Après seulement onze heures de délibérations, Dzhokar Tsarnaev a été reconnu coupable des trente chefs d’accusations qui pesaient contre lui.

Les jurés doivent maintenant décider si Dzhokar Tsarnaev purgera une peine de prison à vie ou s’il sera exécuté. La peine de mort s’applique dans ce cas, même si le Massachusetts l’a abolie en 1984. Pourquoi ? Parce que l’affaire a été saisie par un tribunal fédéral. Et la poursuite fédérale ne manquera pas d’éléments pour réclamer la peine capitale. L’attentat a été soigneusement planifié et conçu de manière cruelle pour infliger des blessures permanentes et mortelles. Plusieurs personnes blessées lors de l’attentat ont assisté au procès. Les parents de la victime la plus connue, Martin Richard, 8 ans, étaient aussi sur place.

La poursuite bénéficie aussi d’un jury acceptant le principe de la peine de mort. Lors du processus de sélection, il a été demandé aux candidats jurés s’ils étaient partisans de la peine de mort pour des crimes graves. Ceux qui ont répondu par la négative ont été écartés. Peine de mort, donc ? Pas si vite. La poursuite aura besoin d’une décision unanime pour l’obtenir. On connaît déjà les arguments – appelés facteurs atténuants – qui seront invoqués par la défense pour demander plutôt la prison à vie. On dira, comme on l’a fait au procès, que Dzhokhar Tsarnaev était sous le joug de son frère aîné Tamerlan, que c’est Tamerlan qui avait planifié l’attentat et l’on rappellera que c’est lui qui a tué le policier Sean Collier près du MIT. La défense soulignera que Dzhokhar Tsarnaev n’avait que 19 ans lors du crime, qu’il n’avait aucun dossier criminel et qu’il était le plus jeune de quatre enfants d’une famille d’immigrants. Mais, ironiquement, le facteur qui joue le plus contre la peine de mort, est l’opinion exprimée par certains jurés potentiels, lors du processus de sélection, selon laquelle exécuter Dzhokhar Tsarnaev ferait de lui un martyr au lieu de le laisser en plan avec ses crimes, un sentiment qui prévalait aussi sur les réseaux sociaux.

Certains jurés potentiels ont exprimé qu’on ferait à Dzhokhar Tsarnaev la même faveur qu’à un chien malade endormi par piqûre pour lui permettre d’échapper à la souffrance. Alors que s’il est condamné à la prison à vie, il sera fort probablement transféré vers la prison à sécurité maximum de Terre Haute au Colorado où il sera détenu dans une petite cellule 23 heures sur 24 sans pouvoir contacter d’autres détenus. L’Unabomber Ted Kaczynski et d’autres auteurs notoires d’attentats sont déjà internés là-bas.

Pour un ancien gardien de prison de la « Super Max de Terre Haute », cet établissement pénitentiaire est une version édulcorée de l’enfer.

Une prison qui accueillera probablement bientôt Dzhokhar Tsarnaev.