« Dernier dimanche de mars » de Thierry Luterbacher

Une rencontre, un rendez-vous raté, et plusieurs années à s’attendre, voilà le destin des protagonistes de Dernier dimanche de mars.

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« Dernier dimanche de mars » de Thierry Luterbacher

Publié le 25 novembre 2014
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Par Francis Richard.

dernier_dimanche_mars_luterbacherDepuis près de quarante ans, chaque dernier dimanche de mars, c’est le passage à l’heure d’été. Cette mesure, néfaste et inutile, est maintenue arbitrairement sur le continent par l’Union Européenne… Ce méfait n’est toutefois pas complètement perdu puisqu’il fournit un magnifique argument romanesque à Thierry Luterbacher.

En effet le début de son roman, celui de Blandine Théia et d’Auguste Geste – leurs patronymes ne sont pas fortuits – se passe un Dernier dimanche de mars. Les deux se sont rencontrés ce jour-là pour se perdre aussitôt. Ils assistaient l’un comme l’autre à un concert de rue, interrompu par un quarteron de flics, au grand dam des badauds, dont les poings s’étaient levés pour protester.

Auguste raconte : « J’ai vu se lever un poing gracieux. Une nuée de bracelets tintinnabulaient sous mon nez. J’ai suivi le bras vêtu de sombre et je suis tombé sur Lune, une coiffure sage des années trente, noir de corbeau, une peau de porcelaine, ciselée par une cicatrice poignante qui déchirait le sourcil de son oeil-mouche et reprenait son sillon sur la joue gauche, une fêlure qui racontait un roman. »

Il se souvient : « Elle était ma moitié féminine sans laquelle, jusqu’à cet instant, je n’avais pas été homme. »

Blandine raconte : « J’ai tourné la tête et j’ai rencontré des yeux sombres, qui n’étaient là que pour absorber la lumière, des yeux dans lesquels se reflétait une demi-lune, des yeux paisibles où je lisais une plénitude de solitude. La carrure solide, de longues mèches brunes en désordre qui effleuraient les yeux, le visage ovale au sourire délicat. »

Elle se souvient : « Nous nous sommes regardés et nous étions amis d’enfance. »

Auguste reçoit des coups de matraques de la part des pandores. Il est séparé d’elle, mais, instinctivement, il suit Blandine disparue et la retrouve dans une gare, quai n°2, à la fenêtre du train de 19 h 11 qui s’ébranle.

Blandine lui crie, à plusieurs reprises : « Comment faire… ». Il lui répond, en courant à côté du wagon : « Ici, même heure, même train… ». Mais sa montre à lui indique encore 18 h 11… Ce décalage du temps, d’une heure tout juste, sera suffisant pour qu’ils se perdent…

Pendant les trois ans que dure le récit, ils vont l’un comme l’autre poursuivre leur route. Leurs chemins vont se croiser plusieurs fois sans qu’ils ne se rencontrent vraiment. Pour lui, elle est Lune. Pour elle, il est Visage. Des noms aimés qu’ils se donnent, chacun de leur côté, pour s’invoquer.

Lui ne cessera de penser à sa moitié d’âme: quoi qu’il fasse tous les jours seront des jours sans elle. Elle, qui finit par accepter qu’elle voit l’inexplicable (que les autres ne voient pas : cette vision divergente s’immisce à sa seule réalité), ne cessera de penser que : « ce quelque chose de supérieur, d’indéfinissable » peut rendre possibles leurs retrouvailles.

En attendant ces hypothétiques retrouvailles, l’un comme l’autre traversent des tribulations et connaissent des émois avec d’autres : « Parfois le corps ressent le besoin de faire diversion pour libérer le cœur et la tête. » Mais cela ne les empêche pas de toujours s’imaginer un jour ensemble.

Jusqu’à la fin, indécise, le lecteur peut se demander si Auguste et Blandine sauront illustrer cette sentence, plus profonde qu’il n’y paraît : « L’important n’est pas avec qui on vit, mais sans qui il est impossible de vivre. »


Sur le web.

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