« Au-delà des abîmes – Triptyque » de Georg de Muralt

Les amateurs de poésie apprécieront ces trois livres mélancoliques

Partager sur:
Sauvegarder cet article
Aimer cet article 0

Promouvoir la liberté n’est pas gratuit

Mais cela peut aider à réduire vos impôts de 66%

Faites un don dès maintenant

Faire un don

« Au-delà des abîmes – Triptyque » de Georg de Muralt

Publié le 22 novembre 2014
- A +

Par Francis Richard.

richardComme le sous-titre de triptyque ne l’indique pas, puisque d’ordinaire ce mot désigne un tableau composé de trois panneaux, il s’agit de trois livres que Georg de Muralt a publié ce printemps sous le titre d’Au-delà des abîmes.

À la décharge de l’auteur, il faut dire que le mot de trilogie, en l’occurrence, n’aurait pas vraiment convenu. Car ces trois livres, réunis en un seul volume, n’en forment qu’un. Ce tout insolite, onirique, est d’un genre indéfini, puisque poésies libres, proses allégoriques et poésies classiques se succèdent.

Tout de vers libres composé, le moteur du Livre I, De temporibus, est à trois temps, précédés d’un prologue, suivis d’un épilogue.

L’homme décrit dans le prologue est au bord de l’abîme :
« L’as de pique en main noir
d’une touche plein cœur il s’enfonce »

Le premier temps confirme la possibilité d’une chute :
« Un dernier battement puis le trou noir. »

L’évocation d’une arme à feu, avec laquelle la vie se joue quand le barillet tourne, fait se demander à celui qui appuiera sur la détente :
« Aurai-je entendu un dernier coup ? »

Le deuxième temps est celui du voyage commencé après que sa mère l’a abandonné à la nuit, dans sa chambre, et de la chute, depuis, du globe dans l’univers.

Le troisième temps est celui de la main, mi-velours mi-fer, qui est là, dont l’ombre s’éloigne au milieu des tribulations, qui, en juge, un jour, a tranché :
« Pour pendre
la lettre aux barreaux traître »

À la fin
« Au milieu de la piste
entre les genoux
la main aime
mais n’a plus d’encre. »

Il ne reste plus qu’une issue – et c’est l’épilogue – dedans ses lacs bleu tendre, demander (à l’aimée ?) :
« Englace-moi
– Qu’au sein du gel atemporel
Nos cœurs s’arrêtent. »

Le livre II, Clair-obscur, est écrit en prose allégorique. Il comprend quatorze textes indépendants les uns des autres. Deux de ces textes, relatifs à l’écriture et au livre, sont emblématiques de l’ensemble.

Dans la cour d’une porcherie, trois plumes tombent au milieu de la bauge. Un verrat gavé renifle l’une d’entre elles et s’éloigne dégoûté :
« Le bec de la plume était enduit d’encre et propageait une fragrance déplaisante ».

Un être non identifié, qui s’avère monstrueux, sort d’une bibliothèque et y met le feu. Il suffit qu’au cours de ses périgrinations il rencontre un obstacle pour qu’il le détruise, qu’il s’agisse de l’humanité ou de la végétation… D’une chaîne de montagnes ce monstre s’élance dans l’espace et atterrit sur la première planète venue. En cherchant de quoi satisfaire sa faim, il trébuche sur un objet :
« Quand il se retourna enfin, la découverte fut si brutale qu’il se liquéfia littéralement sur place.
Il avait aperçu un livre. »

Le livre III, 279 et des poussières, est un retour à la forme poétique affirmée, classique cette fois. L’épigraphe d’Horace est une piste sur laquelle le poète s’est engagé: les années dans leur course enlèvent aux hommes tous les avantages, y compris le goût de la poésie. Rien ne serait possible là-contre.

Par exemple, la mémoire devrait flancher :
« Tire la corde et coule enfin – ressouvenir!
Soldat de plomb sous la guillotine mémoire,
Du tronc sans tête, un mot force d’ensevelir
La bien-aimée et crosse en croix sur l’avenir. »

Mais le goût de la poésie est-il perdu par celui qui compose de tels vers ?

Ces vers-là ne sont pas moins révélateurs de ce goût de la poésie persistant :
« J’ai attendu que chute le zéphyr
Et que le jour disparaisse au nadir,
Pour délivrer enfin mon vague à l’âme
Comme déferle et se brise une lame
Sur les rochers amarrés de soupir. »

C’est pourquoi, pour les optimistes, dont je suis, il est préférable, à tout prendre, au-delà des abîmes, que le poète frôle sans cesse dans ce triptyque, d’écouter sa musique plutôt que ses paroles :
« Quand la gangrène atteint la muse et l’idéal,
Il ne reste qu’à rajuster le point final. »

 Georg de Muralt, Au-delà des abîmes, éditions Baudelaire, 94 pages.

Promouvoir la liberté n’est pas gratuit

Mais cela peut aider à réduire vos impôts de 66%

Faites un don dès maintenant

Faire un don
1
Sauvegarder cet article

Imaginez. Victime d’un accident de bus, vous vous réveillez dans un monde où l’idéologie woke, c’est-à-dire progressiste et socialiste, a totalement triomphé.

C’est ce qui arrive à Michelangelo, le héros du premier roman de Michel Kelly-Gagnon, Base Type Null. Pour les amis de la liberté et les défenseurs des droits individuels, le nom de Michel Kelly-Gagnon n’est pas inconnu : avocat de formation, ancien chef du Conseil du Patronat du Québec, il est le dynamique président de l’Institut économique de Montréal, le plus important think t... Poursuivre la lecture

0
Sauvegarder cet article

J'ai découvert ce jeune homme fascinant et extraordinaire qu'est Mahmud Nasimi en le voyant dans l'émission La Grande Librairie de François Busnel, lui-même fasciné à juste titre (de même que les autres invités sur le plateau) par l'itinéraire et la personnalité hors normes de cet auteur. Aussitôt j'ai eu envie d'acheter son livre.

Un homme qui ne parlait pas un mot de français en 2017

Il faut bien imaginer (et on a peine à le croire en le lisant et en l'entendant) qu'après avoir été contraint de fuir son pays du jour au lendemain en 2... Poursuivre la lecture

0
Sauvegarder cet article

Par Gérard-Michel Thermeau.

Ce fichu Covid a tout bouleversé : même la quinzaine de la Pléiade en a été retardée. Cette année la collection rend hommage à Joseph Kessel dont romans et récits viennent d’être publiés en deux volumes sous la direction de Serge Linkès. Ce joli cadeau, offert pour l’achat de trois volumes de la prestigieuse bibliothèque de la Pléiade, offre comme à l’ordinaire une biographie richement illustrée de l’écrivain retenu. Gilles Heuré a ainsi signé cet album Joseph Kessel.

Peut-être un peu oublié, cet écri... Poursuivre la lecture

Voir plus d'articles