L’euro, vice de conception ou vice de gouvernance ?

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L’euro, vice de conception ou vice de gouvernance ?

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l'auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.
Publié le 10 novembre 2014
- A +

Par Thierry Godefridi

chute de l'euro rené le honzecPoursuivons la réflexion sur les moyens pour l’Union européenne de sortir du marasme économique et social avec l’auteur du livre Du bon génie de l’inflation à l’ogre de la déflation dont il était déjà question dans l’article précédent. « L’excès d’endettement, écrit Bruno Colmant, devrait être le seul problème qui préoccupe nos dirigeants » et, prévient-il, faisant écho à l’argument marxiste d’abolition de la propriété privée, ce sera l’inflation ou la révolution ! Tout et n’importe quoi plutôt que la déflation ?

À cet égard, selon Bruno Colmant, l’euro poserait problème : il favoriserait une désinflation compétitive pour les économies du nord de l’Europe et, la monnaie commune empêchant une dévaluation à la carte dans les pays du sud de l’Europe, il pousserait leurs économies dans une déflation « récessionnaire ».

Cet argument, entendu de tous bords, est-il fondé ? Certes, le caractère commun de l’euro empêche les dévaluations à la carte auxquelles certains de ses membres procéderaient si la monnaie leur était propre comme ils les pratiquèrent au temps de la drachme, de la lire, de la peseta, du franc français. Ce procédé leur permettait de déprécier le poids réel de leurs dettes publiques dans leurs économies et de stimuler les exportations au prix d’une inflation importée qui, elle aussi, contribuait à réduire le coût réel des engagements, extérieurs et intérieurs, de ces pays pour autant que lesdits engagements soient libellés dans leurs monnaies nationales et ne soient pas indexés.

S’agissait-il pour autant d’un cercle vertueux ? Ne s’agissait-il pas plutôt d’un cercle vicieux ? Les pays qui s’adonnaient à ce genre d’expédients n’y étaient-ils pas finalement contraints à intervalles réguliers et, au bout du compte, le solde économique était-il positif, nul ou négatif compte-tenu, notamment, du différentiel de taux d’intérêt que le manque de confiance monétaire entraînait ? Un deutsche mark de plus en plus fort a-t-il empêché l’Allemagne de devenir une puissance économique de tout premier rang mondial et un franc français dévalué à répétitions en a-t-il fait autant pour la France ?

L’euro a-t-il fait l’objet d’une erreur de conception, comme le prétendent beaucoup qui pour le reste ne s’entendent sur rien (nationalistes, populistes, socialistes et autres réactionnaires et conservateurs de tout crin, voire même quelques libéraux égarés) ? L’euro n’a-t-il pas plutôt été victime d’une erreur de gouvernance dès lors que les gouvernements des pays les plus faibles ont profité de l’aubaine de taux d’intérêt de l’euro alignés sur ceux du deutsche mark pour s’endetter plus encore et pour financer leurs dépenses de « fonctionnement » au lieu de réduire leurs déficits et d’assainir leurs économies ?

Que les « Euro-allergiques »1 se réjouissent : la BCE (Banque centrale européenne) s’est fixé un objectif d’inflation de 2% moyennant une politique d’assouplissement monétaire et la réduction des taux d’intérêt à court terme jusqu’à pratiquer des taux négatifs et l’euro s’est déjà fortement déprécié par rapport au dollar américain (la contribution de cette dévaluation en termes d’inflation importée est jusqu’à présent limitée du fait de la faiblesse des cours des matières premières, du pétrole entre autres).

Ce revirement de politique monétaire au niveau européen suffira-t-il à relancer toutes les économies de la zone euro ? Qu’il soit permis d’en douter ! Si l’Allemagne y retrouvera tout son aplomb sur les marchés à l’exportation, quel miracle (en termes de performance économique) la Grèce, l’Espagne, l’Italie, la France peuvent-elles espérer d’un euro dévalué par rapport au dollar que la drachme, la peseta, la lire et le franc français d’antan ne leur avaient, de fait, jamais procuré dans la durée, même lorsque leurs anciennes monnaies assuraient aux économies de ces pays un illusoire et éphémère surcroît de compétitivité sur le marché intérieur européen ?


Sur le web.

  1.  Le terme « Eurosceptique » est réservé à qualifier ceux qui, comme le parti indépendantiste UKIP, abhorrent tout ce qui touche à l’Union européenne à l’exception des rétributions et prébendes qu’ils en soutirent…
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  • Aller courir avec un cheval et attacher vous à lui …

  • Votre question est toute rhétorique, et la réponse est bien entendu : « les deux mon général » !

    C’est bien parce que l’euro est un vice mental, une construction démente, que…. les erreurs de « gouvernance » ont été rendues possible.

    Inéluctables même.

    L’Euro a agi comme un bouclier pour protéger les turpitudes des gouvernements, qui ont pu faire tourner la machine à dettes sans craindre de conséquences… Dès lors, rien ne pouvait arrêter le mouvement.

    C’est parfaitement humain.

    Agir donc sur le premier facteur (tuer l’Euro) entraînerait du même coup la disparition de la mauvaise gouvernance.

    La destruction de l’Euro doit être notre priorité absolue.

    Il convient de noter que la preuve qu’il s’agit du point névralgique est l’obsession en miroir des bruxellois et des mafieux : ils feront TOUT pour sauver l’Euro, source de leur pouvoir.

    Il faut revenir sans cesse à la déclaration de Draghi : « whatever it takes ».

    A prendre au premier degré.

    Elle révèle dans une lumière crue la cible, notre cible : détruire l’Euro.

    C’est ça le point fondamental.

    • « tuer l’Euro entraînerait du même coup la disparition de la mauvaise gouvernance. »

      Ben voyons. Comme si la mauvaise gouvernance n’était apparue qu’avec l’euro. Arrêtons de vouloir jouer au billard à 3 bandes, c’est à la mauvaise gouvernance qu’il faut s’attaquer, directement.

      • C’est pourtant clair.

        -Sans euro, pas de bouclier.
        -Si mauvaise gouvernance, alors sanction des marchés, impossibilité de s’endetter
        -Donc réduction de facto de la mauvaise gouvernance

        Vous ne changerez jamais l’homme : s’il peut monter une entourloupe pour son profit, il le fera.

        Mais si vous lui enlevez les outils pour monter son entourloupe, alors de facto…

        • Quand l’Argentine et le Venezuela sortiront de l’euro, leurs politiciens deviendront enfin responsables et la prospérité reviendra !

    • René de Sévérac
      10 novembre 2014 at 19 h 15 min

      En complément, je note que dans les années 90 (avant la généralisation du DM en Europe sous vocable €), la France était premier exportateur mondial par habitant.
      Il faut reconnaître que la RFA était emberlificotée dans la réunification.
      Il est des pays (e.g. la France) qui ne savent vivre qu’avec une « monnaie flottante » !
      Ou bien on le déplore, ou bien on s’adapte.

  •  » voire même quelques libéraux égarés » je connais pas mal de libéraux qui s’opposent à juste titre à l’euro. http://www.wikiberal.org/wiki/Euro il y a des articles sur contrepoints contre l’euro http://www.contrepoints.org/2014/05/27/167071-lenfer-est-pave-de-bonnes-intentions-9-leuro il y a également plusieurs articles sur contrepoints qui conseille (à juste titre) aux grecs de sortir de l’euro. milton friedman avait prédit l’échec de l’euro. attention, il ne s’agit pas de faire de l’euro le bouc émissaire de tous nos problèmes. le principal problème en france c’est l’état francais qui prend trop de place. sortir de l’euro n’est pas une bonne solution, cela aura pas mal d’impact négatifs mais la question est de savoir si ce n’est pas la moins pire ??? en tout cas pour les pays d’europe du sud (grèce, espagne, portugal,…..) la réponse est clairement oui la sortie de l’euro est la moins pire des solutions pour ces pays

    • je ne connais pas la proportion exacte de libéraux favorables à l’euro et de libéraux qui y sont défavorable. mais il ne fait aucune dute qu’une bonne partie (voire la majorité ???) des libéraux s’opposent à l’euro

      • C’est plus compliqué que ça
        Pour ce qui me concerne par exemple, et comme je suppose beaucoup de libéraux,
        * j’aime l’idée d’une monnaie universelle qui ne soit pas manipulable par un pouvoir politique ou économique (justement parce qu’universelle). A ce titre l’Euro est moins bon qu’une monnaie physique (métallique, dont l’or par exemple), mais meilleur qu’une monnaie nationale.
        * je n’aime pas le caractère fiduciaire de l’Euro, ni la façon dont il est géré, ni son caractère « unique » (obligatoire et exclusif de toute autre monnaie)
        * j’estime qu’une bonne monnaie est essentiellement neutre sur l’économie, et que c’est le mieux qu’elle puisse être : toute politique monétaire ne peut que dégrader l’économie, plus ou moins gravement ; une amélioration par politique monétaire n’est possible que par élimination de la mauvaise gestion précédente.

        Est-ce que vous me classez comme favorable ou défavorable à l’Euro ?

        • je sais pas. perso, moi je pense qu’un bon système serait d’avoir l’euro tout en ayant des monnaies locales dans chaque pays. je suis favorable au pluralisme monétaire. je sais plus quel économiste défendait ce système mais je me souviens avoir lu il y a quelques années une interview d’un économiste dans un journal où cet économiste défendait ce système

        • malheureusement, je doute que le système de pluralisme monétaire soit appliqué un jour. je doute fortement que l’euro aujourd’hui est viable. il faut au moins virer les économies les plus faible (les économies d’europe du sud) pour ne garder que quelques pays avec des économies semblables. l’un des problème de l’euro s’est la france. la france est l’une des plus grande économie de la zone euro. or quand la france sera au bord du gouffre (comme la grèce) cela risque de déstabiliser l reste de la zone euro

  • michel audiard a dit , un con qui marche ira toujours plus loin que deux intellectuels assis , je craint fort que vous avez n’ayez beaucoup usé vos souliers

  • Vice de gouvernance, pour moi.

    Seule leur mauvaise gouvernance empêche la Grèce ou la France de s’adapter à une monnaie stable.
    S’il y a eu un vice de conception, il a consisté à ignorer les particularités culturelles, en supposant que les pays mal gouvernés surmonteraient leur atavisme.

    Si vous écoutez Charles Gave, par exemple, critiquer la conception de l’Euro, il en viendra rapidement aux cultures, dira que les buveurs de vin sont moins raisonnables que les buveurs de bière.
    C’est donc bien un problème de gouvernance, et non de technique monétaire.

    « Un deutsche mark de plus en plus fort a-t-il empêché l’Allemagne de devenir une puissance économique de tout premier rang mondial et un franc français dévalué à répétitions en a-t-il fait autant pour la France ? »

    Au contraire.
    La création monétaire bénéficie aux clientèles des politiciens et à la finance, au détriment de l’industrie.
    L’Allemagne doit sa domination industrielle pour partie à la force du DM.

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