Bitcoin, la monnaie qui dérange

Bitcoin (Crédits : Antanacoins, licence Creative Commons)

Le bitcoin suscite un nouvel intérêt médiatique et des inquiétudes chez les banquiers centraux. Pourquoi ? Analyse d’une monnaie qui dérange.

Par Jérémy Berthet.

Bitcoin (Crédits : Antanacoins, licence Creative Commons)Les récents soubresauts de la valeur de change du Bitcoin (BTC) ont conduit les médias et les politiques à s’intéresser de plus près à ce phénomène. Un conseiller national suisse a récemment déposé un postulat demandant au conseil fédéral d’étudier le sujet. Les banques nationales frémissent face à cette concurrence malvenue en période de politique monétaire « accommodante ». Ainsi, la Banque de France se fend d’un communiqué mettant en garde contre les dangers de la monnaie virtuelle. Les banques commerciales ne sont pas en reste, biberonnées en particulier par la Fed, elles s’attaquent frontalement à ceux qui oseraient réaliser des transactions avec des Bitcoins. En résumé, pendant que les acteurs politiques s’interrogent, la nomenklatura de la haute finance s’active à présenter le Bitcoin comme l’incarnation du diable et s’apprête à utiliser toutes ses munitions pour le descendre en flèche.

Avant que la pléthore de fonctionnaires fédéraux bardés de diplômes ne réponde au postulat susmentionné, il risque de s’écouler quelques mois, voire des années. Ainsi, regardons de plus près les craintes du politique et tentons d’y répondre plus rapidement. Le postulat suppose que le Bitcoin est très volatile, faciliterait le blanchiment d’argent, menacerait le système financier et fonctionnerait selon une pyramide de Ponzi. L’éditorialiste de Contrepoints h16 répond déjà partiellement à ces accusations en un paragraphe :

Autre grief : cette vilaine monnaie alternative ne garantirait d’aucun remboursement lors d’un achat, serait utilisé par des mafieux, peut être refusée lors d’un achat par un commerçant suspicieux (si, cela existe !) et surtout, alimenterait la spéculation. Il est vrai que le non remboursement lors d’un achat en euro, cela ne s’est jamais vu, que les billets de 500€ ne sont jamais utilisés par les gangs de trafiquants divers, que ces mêmes billets sont acceptés partout en zone Euro (mais si, c’est l’article 642‑3 du Code pénal qui le dit, et d’abord on ne peut pas le refuser nan mais), et qu’il n’y a actuellement aucune spéculation à la hausse ou à la baisse sur l’euro comparé au dollar, au yen ou à la livre anglaise. Vraiment, ce bitcoin est très particulier.

Reste à répondre à la problématique supposée du « jeu de l’avion ». Le Bitcoin est une monnaie déflationniste. Elle est souvent comparée à l’or qui possède cette propriété dans le sens que la création monétaire infinie est impossible. Le précieux minerai existe en une certaine quantité sur Terre, il deviendra de plus en plus difficile de trouver de nouveaux filons à miner jusqu’au jour où les stocks auront été intégralement extraits. Il en va de même pour le Bitcoin dont le nombre maximal est connu : 21 millions, ni plus, ni moins.

Cependant, ce nombre maximal, tout comme l’or, doit être miné. C’est ce processus de minage, entre autres, qui qualifie le Bitcoin de « cryptomonnaie ». Effectivement, pour pouvoir obtenir un Bitcoin par minage, votre ordinateur va devoir résoudre une série d’exercices cryptographiques. Ces exercices, en termes de puissance de calcul nécessaire, étaient faciles à résoudre pour extraire les premiers BTC et deviennent de plus en plus difficiles. Tout comme une mine d’or est plus facile à exploiter au début qu’à la fin. Cette augmentation de difficulté est naturelle et sa courbe est connue publiquement. Elle a été implémentée génétiquement par le créateur du Bitcoin et n’est pas modifiable.

Ainsi, il est vrai que les nouveaux arrivants auront plus de difficultés à obtenir des Bitcoin. Cependant, il n’y a pas d’enrichissement des premiers mineurs, ou du créateur du système, aux dépens de nouveaux mineurs. Ceux qui ont pu acquérir leurs premiers BTC en quelques heures il y a deux ans, quand l’exercice cryptographique était très simple à résoudre, se retrouvent aujourd’hui devant les mêmes difficultés que les autres pour miner des nouveaux BTC.

En réalité, la nature déflationniste et décentralisée du système Bitcoin le rend complètement étranger aux mécanismes d’une pyramide de Ponzi. On ne peut pas en dire autant de nos monnaies d’État, réputées sûres et régulées, mais contrôlées par une entité centrale au sommet très accommodante avec les premiers arrivants que sont les banques et qui ne paient pas le contrecoup de l’inflation, à la différence des citoyens en bas de l’échelle.

Tout comme l’échange « peer to peer » de fichiers devrait amener l’industrie culturelle à revoir son modèle, le Bitcoin, pour autant qu’on le laisse vivre, devrait conduire les acteurs de la finance à s’adapter à un « nouveau » paradigme monétaire plus sûr et plus fiable que l’actuel. Internet est une technologie dont l’évolution permet de réduire drastiquement le nombre d’intermédiaires commerciaux. Si Bitcoin n’y parvient pas pour la monnaie, suite à une réaction de peur des États, vous pouvez être certain que d’autres y arriveront plus tard, ce n’est qu’une question de temps.


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