Lectures sur la Guerre de Sécession

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L’Amérique célèbre en ce moment le 150ème anniversaire de la Guerre de Sécession [Civil War]. De 1861 à 1865, les États-Unis ont vécu un conflit certes fratricide mais aussi fondateur.

L’Amérique célèbre en ce moment le 150ème anniversaire de la Guerre de Sécession [Civil War]. De 1861 à 1865, les États-Unis ont vécu un conflit certes fratricide mais aussi fondateur.

Par George Weigel [*], depuis les États-Unis.
Un article du Bulletin d’Amérique.

Si je ne m’abuse, le centenaire de la guerre civile, qui a coïncidé avec mes premières années à l’Université, a davantage retenu l’attention du public que le 150ème. Bien sûr, la bataille de Gettysburg (1–3 juillet 1863) a été fêtée par une nuée d’articles et de critiques d’ouvrages le mois dernier, et la Civil War Daily Gazette offre un rappel, dans le détail et toutes les 24 heures, du drame qui se déroulait dans notre pays il y a 150 ans. Aussi Tommy Lee Jones a t-il réalisé l’impossible pour faire de Thaddeus Stevens un personnage attrayant dans Lincoln, le film de Spielberg. Mais il serait exagéré de dire que cet événement colossal, qui a rendu possible de parler des États-Unis par la troisième personne du singulier plutôt que du pluriel, occupe une place importante dans la conscience de la Nation en cette période d’anniversaire.

Cela me paraît être une honte. Et pas seulement parce que je suis un mordu de la guerre civile, capable d’imaginer une sorte de pèlerinage plusieurs fois par an pour visiter les hauteurs et le [point de l’avancée maximale des troupes confédérées] au parc national militaire de Gettysburg [NdT: Round Tops et High Water Mark]. En réalité, les problèmes qui ont conduit au sacrifice de plus de 600.000 vies américaines en quatre ans sont aujourd’hui vivaces et profondément contestés : la nature de l’égalité, affirmée dans le certificat de naissance de notre pays qu’est la Déclaration d’indépendance, les relations entre le gouvernement national et les gouvernements fédérés et locaux, la moralité des diverses formes d’intrusion et de contrainte publiques afin d’assurer la défense commune et le bien-être général. En effet, les divisions entre nous sont telles que certains diront que notre vie nationale aujourd’hui n’est en réalité qu’une guerre civile menée par d’autres moyens.

Apprendre du passé pourrait — simplement pourrait — nous donner un aperçu de la liberté ordonnée, garantissant la justice pour tous, que nous nous sommes engagés à chercher en tant que Nation.

Si vous ne faites que commencer, la première lecture idéale pour en savoir davantage à propos de la guerre civile est Battle Cry of Freedom, de James McPherson (Oxford University Press) : cet ouvrage est le meilleur aperçu de la Guerre de Sécession. C’est une merveille de concision, même si les interprétations de l’auteur tombent facilement dans le point de vue canonique (c’est-à-dire celui du vainqueur) quand il s’agit de comprendre pourquoi ce qui est advenu est advenu. McPherson montre aussi comment la guerre du Mexique a rendu la guerre civile pratiquement inévitable, un point crucial qui est, je pense, tout aussi absent ces jours-ci dans les programmes d’histoire enseignés à la prochaine génération que quand j’étais petit garçon.

La trilogie de Shelby Foote, The Civil War (Modern Library) est l’Iliade américaine : un chef d’œuvre littéraire écrit par un fils du Mississippi. Celui-ci avait la grandeur de perspective et d’esprit de dire au cinéaste Ken Burns que la guerre civile avait produit deux hommes de génie, Abraham Lincoln et l’officier de cavalier confédéré Nathan Bedford Forrest. Les premières pages du premier volume de Foote, le discours d’adieu de Jefferson Davis au Sénat américain, sont l’un des passages les plus évocateurs que vous pourrez trouver dans la littérature historique.

La nouvelle histoire sociale a mis à mal un large pan de la discipline de Clio. Mais dans les mains de Gary Gallagher, Professeur à l’Université de Virginie, les méthodes de l’histoire sociale ont donné naissance à deux volumes, The Confederate War et The Union War (Harvard University Press), qui éclairent pour quoi et pourquoi les uns et les autres se battaient, par l’utilisation de lettres et de journaux intimes jusque-là inexplorés, et une étude approfondie du journalisme de l’époque. Les œuvres de Gallagher, qui insistent sur l’expérience et les motivations des Américains ordinaires, engagés des deux côtés, sont des compléments essentiels aux ouvrages de Foote et McPherson.

J’ai passé le 150ème anniversaire de la bataille de Gettysburg à lire Noah Andre Trudeau : Gettysburg : A Testing of Courage (Harper Perennial), un bel ouvrage publié il y a une dizaine d’années. L’éloge quasi unanime que j’ai vu pour la nouvelle étude d’Allen Guelzo des plus importantes campagne et bataille, Gettysburg: The Last Invasion (Knopf), suggère qu’il y aura toujours plus à apprendre et à réfléchir sur ce point-charnière de l’histoire, non seulement américaine mais aussi du monde.

Et enfin, le livre de Charles Bracelen Flood Lee, The Last Years (Houghton Mifflin) est un récit émouvant de l’acte final d’une noble vie, exemple qui présageait une réconciliation nationale qui n’était en rien garantie, mais qui a finalement donné une nouvelle force morale à l’expérience démocratique américaine.


Titre original : The Civil War Sesquicentennial: Summer Reading. Initialement publié par First Things et traduit de l’Anglais par Le Bulletin d’Amérique.

[*] George Weigel est Senior Fellow de l’Ethics and Public Policy Center. Il a été le biographe officiel du Pape Jean-Paul II.