La vérité sur la Grande Dépression et le New Deal (1)

Quelle est la véritable histoire de la Grande Dépression et du New Deal? Une histoire loin des idées reçues, comme le montre notre auteur.
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Herbert Clark Hoover (1874 - 1964) et Franklin Delanoo Roosevelt (1882 - 1945) ont-ils joué dans l'histoire le rôle que la tradition leur prête ?

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La vérité sur la Grande Dépression et le New Deal (1)

Publié le 19 septembre 2012
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Quelle est la véritable histoire de la Grande Dépression et du New Deal ? Une histoire loin des idées reçues, comme le montre notre auteur.

Par Domi.

Herbert Clark Hoover (1874 – 1964) et Franklin Delanoo Roosevelt (1882 – 1945) ont-ils joué dans l’histoire le rôle que la tradition leur prête ?

La situation actuelle rappelle à certains égards la grande dépression survenue à partir de 1929 aux États-Unis et l’impact qu’elle eut sur l’ensemble des pays développés de l’époque. Aussi, est-il logique que cet épisode, et la manière dont il a été reçu et compris, inspirent aujourd’hui des recommandations politiques pour faire cesser la crise commencée en 2007.

La réception populaire de cette histoire a été la suivante : « suite à la crise provoquée par l’éclatement de la bulle spéculative irrationnelle inhérente à un système de capitalisme dérégulé, le président Hoover s’entêta avec dogmatisme dans une politique de laissez-faire attendant la reprise du seul libre marché. Devant l’échec évident de cette politique, le président Roosevelt fut élu. Il réussit à remettre l’économie américaine sur le chemin de la croissance par une politique de grands travaux et par la dépense publique qui, conformément aux prédictions de John Meynard Keynes, permirent de pallier à l’insuffisance de la demande privée. »

Une version de l’histoire aussi édifiante n’est plus guère reconnue par la majorité des économistes. Elle continue cependant d’avoir une grande influence sur l’opinion aujourd’hui comme le prouve la création du collectif Roosevelt 2012.

Cette histoire est fausse ou contestable à maints endroits. La crise a bien d’autres explications que la seule avidité spéculative (comme la politique de la réserve fédérale et le protectionnisme), la politique de Hoover ne fut pas une politique de laissez-faire (même si, par ces écrits il s’insurgea ensuite contre l’interventionnisme de Roosevelt) et il est contestable d’appliquer le qualificatif de Keynesien aux politiques de Roosevelt.

Le point sur lequel nous concentrerons notre attention est le suivant : l’augmentation des dépenses publiques a-t-elle permis de faire cesser la Grande Dépression ? Cela implique de savoir au préalable si les présidences de Roosevelt au cours des années 30 ont réellement vu la fin de la Grande Dépression.

Présidence de Roosevelt : la fin de la grande dépression ?

Les avis divergent sur ce point. Traditionnellement le récit évoqué plus haut avait la faveur des commentateurs. Les critiques se sont développées depuis au point de considérer que l’Amérique était encore dans la Grande Dépression au moment de l’entrée en guerre.

Le graphique suivant (issu de Wikipedia) reproduit l’évolution du PIB américain entre 1920 et 1940.

Pour la période qui nous occupe, de 1933 à 1939, nous constatons qu’il est marqué par une hausse. La présidence de Roosevelt ne fut donc pas l’échec complet qu’aurait constitué le prolongement de la chute de la production inaugurée en 1930. Toutefois, avec une nouvelle récession en 1938, elle est loin d’être une réussite totale.

L’évolution du taux de chômage est quant à elle retracée par le graphique ci-dessous (repris d’un article du Minarchiste mentionné en bas de l’article, la source d’origine étant le census bureau) :

Sur ce terrain, le commentaire sera proche du précédent mais un peu plus sévère. Malgré des taux de croissance assez forts, le taux de chômage n’est jamais redescendu en dessous de 13 % contre des taux inférieurs à 5 % avant la Grande Dépression. Durant la présidence de Roosevelt la tendance à la hausse du chômage a pris fin mais le taux de chômage y fut en moyenne plus élevé que durant la présidence de Hoover. On s’attendrait à ce que l’évolution du taux de chômage représente une image inversée de celle du taux de croissance mais elle serait plutôt une image inversée de celle du PIB.

Quelles que soient les insuffisances de ces résultats, il reste que les courbes ont vu leur orientation s’inverser au cours de la période 1933 – 1939 par rapport à la période précédente.

La dépense publique est-elle à l’origine de cette évolution ?

Dépense publique et grande dépression

Le graphique suivant, établi à l’aide du site US Government spending, reproduit l’évolution des dépenses publiques à l’époque en dollars constants de 2005.

La tendance est clairement linéaire sur la période. La dépense publique a autant augmenté avec Hoover qu’avec Roosevelt. Comment dans ce cas-là attribuer à cette politique le redressement inauguré en 1933 ?

Nous aurons peut-être plus de chance en retraçant l’évolution de la dépense publique en pourcentage du PIB.

Ici, le constat chiffré devient presque comique. Le keynésien, c’est Hoover, qui a tant augmenté les dépenses publiques alors que Roosevelt les a stabilisées. La discordance entre ce graphique et le suivant provient de ce que sous Hoover, les dépenses augmentaient à un rythme soutenu tandis que le PIB était orienté à la baisse alors que sous Roosevelt la hausse du PIB compensait celle, maintenue, des dépenses publiques.

Revenons à notre question. Peut-on à partir de ces chiffres, soutenir le rôle de l’augmentation de la dépense publique dans le PIB ? Y répondre implique une certaine discipline chronologique. Sur la croissance, le point d’inflexion pourrait être 1934, première année où elle redevient positive ou 1933, car la chute de la production fut beaucoup moins rapide qu’en 1932.

La dépense publique a culminé en 1933 (où la hausse fut très modeste). Attribuer à cette hausse le retournement de la conjoncture reviendrait à croire que la dépense publique ait été assorti d’une sorte d’effet de seuil pile au-delà de 20 points de PIB sans avoir eu aucun effet auparavant.

Autre hypothèse : ce sont les effets différés de la hausse de 1932 (la plus importante de toutes qui correspond à l’année la plus difficile de la crise) qui sont à l’origine de la reprise. Le délai de reprise, grosso modo un an et demi semble pourtant assez long au regard des conséquences attribuées traditionnellement à de telles politiques par leurs partisans. Si cette idée devait séduire, je proposerai de renommer le collectif évoqué plus haut « Hoover 2012 » en reconnaissance du rôle méconnu de ce président dans la résolution de la crise.

Dans les deux hypothèses, il faudrait expliquer pourquoi la baisse des dépenses publiques survenue en 1934 n’a pas eu d’effets dépressifs alors que la reprise était plus que fragile (1933 fut encore une année de récession).

Le résultat de l’analyse de l’évolution des déficits publics est assez proche de la précédente.

L’augmentation des déficits a précédé la reprise de deux années, le décalage est trop long pour retenir un lien de causalité.  De plus, le niveau des déficits jusqu’en 1934 n’a guère dépassé les 3 % du PIB, niveau qui, de l’aveu des adeptes d’une politique de relance budgétaire, est nettement insuffisant pour lutter contre une récession de cette ampleur et qu’ils associeraient aujourd’hui à une « politique d’austérité ».

L’analyse des chiffres ne met à aucun moment en évidence le rôle de la dépense publique dans la reprise relative connue par l’économie américaine à partir de 1933.

Cette idée n’est d’ailleurs plus guère populaire chez les économistes. En 1976, Milton Friedman a reçu le prix Nobel d’économie pour « l’analyse de la consommation, l’histoire monétaire et la démonstration de la complexité des politiques de stabilisation »

Sa version de l’histoire monétaire des États-Unis a en conséquence une grande autorité académique. Or Friedman explique que c’est la politique monétaire de la réserve fédérale qui, bien plus que le krach boursier, explique l’ampleur de la récession. Ainsi déclare-t-il dans Two lucky people : Memoirs

La Fed est largement responsable de [l’ampleur de la crise de 1929]. Au lieu d’user de son pouvoir pour compenser la crise, elle réduisit d’un tiers la masse monétaire entre 1929 et 1933… Loin d’être un échec du système de libre entreprise, la crise a été un échec tragique de l’État. »

Il estime que c’est le retournement de cette politique qui a permis de restaurer la croissance.

Ce point de vue n’est pas nécessairement représentatif de celui des libéraux. Pour une vue plus large, il est possible de consulter les articles consacrés par Le Minarchiste, Vincent Bénard ou Lawrence W Ried (première et deuxième partie) au sujet. Cet ouvrage de Florin Aftalion peut-être lui aussi très éclairant. Ces liens permettent également de rendre compte de la complexité du phénomène New Deal qui ne s’est pas résumé à la question des dépenses publiques, sujet unique que j’ai choisi de traiter ici.

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  • En guise de complément, une tres bonne video de 10 min de Thomas DiLorenzo : The FRD Myth
    http://en.wikipedia.org/wiki/Thomas_DiLorenzo
    video: http://www.youtube.com/watch?v=M6GOkL5oYGQ

  • Le quantitatif n’est pas suffisant quand on analyse les dépenses publics. Il faut aussi regarder le qualitatif. En France par exemple, primo l’Etat s’adjuge la primauté dans l’utilisation du PIB (bien loin des modestes 20% de Roosevelt …) mais en plus il l’emploie en grande partie à mauvaise escient. Au lieu de faire de l’investissement productif, il investit massivement dans le papier, les procédures administratives, la discussion en boucle, les incitations au non travail et les freins au travail productif. Il est alors facile de comparer le taux de prélèvement à celui des pays nordique qui eux emploie l’argent public à meilleur escient …

    • C’est bien le problème. Cela prouve qu’on ne peut déléguer à l’Etat certaines activités sous peine de gabegie!

    • C’est certain, mais il est très difficile de faire la différence entre un travail utile (qui apporte de la valeur ajoutée) et un travail inutile dans la comptabilité publique : il n’y a pas de « bottom line », et tout est noyé dans une gigantesque masse ou par exemple on ne distingue pas le prof qui s’occupe d’une classe de 40 et celui qui glose en pédagole dans un UIFM.
      Pour ce qui est du new deal, il a financé quantité de bon projets ; ces bons projets se seraient-ils réalisé même sans le new deal ? ont-il pris la place de meilleurs projets privés ? C’est affaire d’opinion, impossible à prouver.

      • Là où il y a un « bon » projet, il y a un ou plusieurs individus pour le concrétiser. Le problème étant de se mettre d’accord sur ce qu’est un bon projet. En ce qui me concerne, sur un plan économique stricto sensu, un bon projet est celui qui satisfait toutes les parties prenantes : investisseurs, financeurs, producteurs et consommateurs.
        Le problème c’est qu’avec l’Etat, en effet, on ne peut chiffrer précisément dans quelle mesure le projet est bon ou pas. Toutefois, par une analyse logique, on peut se douter que l’Etat sera globalement plus mauvais investisseur et exploitant que le secteur privé. Il serait trop long ici d’en exposer les raisons.

        • pourquoi trop long ? ça tient en une phrase : ce qui fait la spécificité de l’état c’est sa capacité à user de contrainte, donc à ne pas avoir besoin de convaincre, donc à pouvoir réaliser de mauvais projets. De deux projets par ailleurs semblables, celui qui a besoin de plus de contrainte est le plus mauvais et sera plus difficile à réaliser … sauf pour l’état pour qui l’usage de contrainte n’est pas un problème.

  • « Le keynésien, c’est Hoover, qui a tant augmenté les dépenses publiques alors que Roosevelt les a stabilisées. »

    Pour rappel, Hoover est celui qui a réinstauré laCorporation de Financement de Guerre avec laquelle il empêche les baisses de salaires et fait gonfler la masse monétaire de 10% dans le seul mois d’octobre 1929 (les taux d’intérêt ont chuté de 6 à 4,5%). En pleine campagne électorale il se vantait d’avoir fait plus de grands travaux en 4 ans qu’il n’y en avait eu en 30 ans avant lui.

    Le plus « drôle » était peut-être que Roosevelt s’est fait élire sur un programme démocrate classique de maîtrise des dépenses publiques… ce qu’apparemment il fit au bout de quelques années d’après le graphe des dépenses / PIB.

    Pour un bon exemple de politique libérale face à une crise, il faut plutôt regarder du côté de Harding en 1921: non-intervention stricte, et la crise fut résolue en trois mois.

  • Une remarquable explication du New Deal

    http://www.wikiberal.org/wiki/New_Deal

  • Erreur d’aiguillage, le bon lien est celui-là

  • En ce qui concerne le collectif ROOSEVELT 2012, la motivation première qui a amené à la création du mouvement était la volonté politique de F.D. Roosevelt à vouloir sortir le pays de la crise, et ce de manière rapide et radicale, plus que le résultat des mesures elles-mêmes.

    Il est évident que tout n’a pas fonctionné comme prévu dans le New-Deal et notre objectif n’est absolument pas de le copier à la lettre, mais plus de s’inspirer fortement de la « méthode Roosevelt », et de tenter de l’insuffler à nos dirigeants politiques actuels.

    • En somme, peu importe le résultat, l’important c’est la « volonté politique » et une « méthode », sachant que question méthode Roosevelt est connu pour ses manipulations médiatiques et ses passages en force…. « Roosevelt 2012 », ce sont des nostalgiques de Sarkozy ? 🙂

    • Ahhh la volonté, ce truc magique qui fait tout. Le délire constructiviste dans sa splendeur. Il suffit de faire la bonne politique pour sauver le pays.
      « Il est évident que tout n’a pas fonctionné comme prévu ». Ah bon, comme c’est bizarre.

    • ben oui, la france est surendetté. endettons nous encore plus. le problème de l’europe aujourd’hui s’est un problème de dette car on a suivi pdt des décennies ds politiques keynésiennes

  • il y a « Crise, Dépression, New Deal, Guerre » de Florin Aftalion. un livre très intéressant qui démonte les mensonges concernant cette crise.

  • Les commentaires sont fermés.

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Par Karl Eychenne.

N’est ce pas un peu excessif ? Une simple annonce, évoquant une signature probable à une date inconnue d’un pre-deal (entre les États–Unis et la Chine) aux contours encore incertains, et déjà près de 8 % de hausse des marchés d’actions.

Pourtant, il y a un mois à peine, la Terre avait de nouveau tremblé : les indicateurs de confiance les plus surveillés au monde avaient franchi un nouveau cap critique, anticipant un ralentissement important de la croissance économique.

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