Kepco : nouveau scandale lié au nucléaire

Carte des centrales nucléaires coréennes

Nouveau scandale lié à la filière nucléaire, en Corée du Sud cette fois-ci. Ce que la presse ne mentionne d’ailleurs pas explicitement, c’est qu’une fois de plus l’origine de l’affaire est à rechercher dans l’intervention étatique.

Par PLG, de la rédaction de Contrepoints.

Carte des centrales nucléaires coréennes

Dans un article paru hier, nos confrères du Monde ont fait part au public d’un scandale lié à la filière nucléaire, en Corée du Sud cette fois. Celui-ci a d’ailleurs été étonnamment peu repris en France, où pourtant les détracteurs de l’atome sont légion. Ce que l’on vous dira encore moins, et ce que l’article initial ne mentionne d’ailleurs pas explicitement, c’est qu’une fois de plus l’origine de l’affaire est à rechercher dans l’intervention étatique.

Résumons brièvement les faits tels qu’ils sont rapportés par le Monde : le 16 juin 2009, Areva annonce avoir remporté le contrat de remplacement des 6 générateurs de vapeurs destinés aux réacteurs 1 et 2 de la centrale nucléaire d’Ulchin. La société française indique alors que cet accord « va [lui] permettre de déployer en Corée du Sud les meilleures pratiques, ressources et technologies du groupe, en faisant appel à ses filiales françaises, allemandes et américaines […] et de renforcer la coopération entre le groupe et les industriels sud-coréens du secteur de l’énergie nucléaire ». Sauf que dès 2009,  un des responsables de la centrale de Kori aurait subtilisé des pièces « assurant la transmission de données entre le cœur du réacteur et la salle de commande de la centrale », contre pot-de-vin. Ces pièces, normalement produites par Areva, ont été revendues à un industriel coréen, qui les a copiées, légèrement modifiées pour déposer un brevet, puis a fait livrer ces copies à la centrale de Kori. Ce ne serait en plus pas la première fois puisque d’autres éléments suspects ont été recensés dans une autre centrale, à Yonggwang, et un autre dirigeant est actuellement en prison pour le même type d’affaire.

De cette histoire, finalement assez banale, certains ne manqueront pas d’incriminer l’affreux capitalisme qui, favorisant la courte-vue, fait courir à la population d’immense risques sanitaires pour les juteux profits de quelques entreprises (de leurs patrons, pas de leurs salariés exploités, bien entendu). Après tout, on comprend l’intérêt financier immédiat pour les contrefacteurs qui ont pu revendre à bon prix des composants imités rapidement, évitant par là-même tout le couteux travail de recherche et développement. De même, Kepco a pu économiser quelques wons dans la manœuvre.

A ceci près que Kepco est une entreprise contrôlée par l’Etat Sud-Coréen, à la manière d’EDF. De fait le prix de vente de l’électricité fait l’objet d’un encadrement strict de la part des autorités publiques. Et qui dit encadrement strict dit prix en-dessous du prix du marché. En bon libéral, faisons appel à Frédéric Bastiat pour comprendre la suite : ce que l’on voit, ce sont les bas prix de l’énergie Sud-Coréenne, qui profitent à l’ensemble des ménages et des entreprises, ce qui contribue au développement du pays. Ce que l’on ne voit pas, c’est que d’une part Kepco est en déficit, et souffre d’autre part d’un sous-investissement chronique très fréquemment observé dans les grandes entreprises publiques (on se souvient de l’exemple des chemins de fer au Royaume-Uni). Ceci conduit ses dirigeants à une recherche désespérée de petites économies. Dans cette situation borderline, il n’est pas étonnant de voir certains managers franchir la ligne rouge et tomber dans l’illégalité, de la plus banale à la plus dangereuse.

Cela étant ne soyons pas naïfs. Il serait en effet absurde d’affirmer que ce genre de comportements ne peut arriver que dans le secteur public. Mais il serait tout aussi absurde de nier le fait que dans un fonctionnement normal de marché, une entreprise pouvant librement fixer son prix, cela limite à défaut d’empêcher totalement ce type de dysfonctionnements. En effet, ces scandales nuisent largement aux entreprises de cette filière sensible. Suffisamment pour que leur intérêt économique soit de respecter les règles en vigueur et de renforcer les contrôles internes. On peut aussi retourner l’argument en relevant le fait que, contrairement à ce qu’affirment les chantres de la nationalisation, une entreprise publique n’est en aucun cas plus vertueuse. Une chose est sûre : l’État Sud-Coréen a décidé en 2011 de mettre en place une Commission de sûreté et de sécurité nucléaires. Le Ministère des sciences, bien qu’ayant jugé toutes les centrales du pays sures, a néanmoins décidé l’année dernière un plan de 700 millions d’euros pour renforcer leur sécurité. On ne sait jamais.